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Sénégal| Dossier Wade- Conclusion • ON N’AVAIT PAS FINI : Raconter Wade, quelle gageure.

Sept volets. Soixante-dix points. Des centaines de paragraphes. Et l’impression, au bout du compte, de n’avoir fait qu’effleurer la surface d’un siècle. Voilà ce que l’on ressent quand on referme un dossier sur Abdoulaye Wade. Non pas la satisfaction du travail accompli, mais le vertige de ce qui reste encore à dire.

C’est Constantin Gonnang qui a ouvert ce dossier le 29 mai 2026, le jour même du centenaire, avec une conviction simple : un homme de cent ans qui a traversé l’histoire de l’Afrique postcoloniale mérite mieux qu’une notice encyclopédique. Il mérite d’être raconté. En entier. Dans ses grandeurs et dans ses failles. Sans complaisance, mais sans acharnement. Ce dossier est le résultat de cette conviction.

Wade,Dossier

Nous avons d’abord raconté l’homme ( Volet 1 ). Né le 29 mai 1926 à Kébémer dans une famille de l’aristocratie du nord sénégalais, fils d’un tirailleur sénégalais ayant combattu pour la France, formé à William-Ponty, à Paris, à Besançon, à Grenoble. Un jeune Africain qui traverse la Méditerranée avec une ambition dévorante et en revient docteur en droit et en économie, convaincu que l’Afrique ne se développera que si elle se pense comme un tout. Cette conviction-là, il l’a portée jusqu’à ses cent ans sans jamais fléchir.

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Nous avons ensuite raconté l’opposant ( Volet 2 ) . Vingt-six ans d’une bataille que beaucoup jugeaient perdue d’avance. Cinq candidatures à la présidentielle. Trois emprisonnements. Des meetings dans des stades pleins et des lendemains de défaite dans des permanences vides. Des alliances improbables, des trahisons assumées, des retours que personne n’attendait. Et au bout de tout ça, le 19 mars 2000, un coup de téléphone d’Abdou Diouf qui change l’histoire du Sénégal et de l’Afrique francophone. La première alternance pacifique par les urnes. Wade avait mis vingt-six ans à construire ce moment. Il aura suffi d’une nuit pour qu’il devienne éternel.

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Nous avons raconté le président ( Volet 3 ). Douze ans au Palais, entre grandeur et mégalomanie. Les routes, les hôpitaux, les lycées qui se multiplient, l’aéroport de Diamniadio, l’autoroute à péage. Mais aussi les constitutions modifiées à volonté, les généraux promus en masse, les libertés rognées, les émeutes de 2011. Un bilan contrasté que l’histoire jugera longtemps encore, parce que les hommes complexes méritent des jugements complexes.

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Nous avons raconté la guerre avec Macky Sall    ( Volet 4 ) . Cette histoire fascinante d’un mentor et de son protégé qui finissent par s’affronter avec une violence rare, avant de se retrouver dans un jardin de Dakar en boubous blancs pour sceller une paix que personne n’avait vraiment vue venir. Une histoire qui dit tout sur la politique africaine, sur la nature du pouvoir, sur ce que les hommes sont capables de se faire quand ils se connaissent trop bien.

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Nous avons raconté le père ( Volet 5 ) . Cette part-là de Wade que les analyses politiques peinent à saisir. Un homme qui a tout risqué pour Karim, qui a franchi des lignes qu’il n’aurait jamais dû franchir, qui a dit des mots impossibles à reprendre, qui a fait des voyages inutiles et des discours que ses propres partisans regardaient avec gêne. Un père. Aveuglé, parfois. Maladroit, souvent. Mais absolument, irréductiblement père.

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Nous avons raconté le mari ( Volet 6 ). Viviane, la Française de Besançon qui avait vingt ans quand elle a croisé Wade sur les bancs de l’université de Franche-Comté en 1952, et qui a tout quitté onze ans plus tard pour le suivre au Sénégal. Viviane qui a partagé les défaites, les exils, la gloire et la chute. Viviane qui faisait le voyage Paris-Dakar chaque semaine pour voir son fils derrière les barreaux pendant que son mari battaillait de vive voix. Viviane qui a levé les yeux vers Wade dans un jardin d’hiver à Versailles avec un sourire qui vaut tous les discours. Soixante-trois ans de mariage. Un siècle à deux.

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Et nous avons raconté le continentaliste ( Volet 7 ) . Celui qui disait en 2006, avec cette franchise qui désarme, que l’Afrique était balkanisée et qu’il fallait en finir avec ça. Celui qui a co-construit le NEPAD, négocié d’égal à égal au G8, érigé un monument de 52 mètres face à l’Atlantique pour dire au monde que l’Afrique se relevait. Celui qui a proposé à l’Europe en 2006 exactement ce que la Chine a fait ensuite, pendant que l’Europe regardait ailleurs. Ce Wade-là, le visionnaire, le panafricaniste, le docteur en économie qui n’a jamais renoncé à sa thèse de 1959, méritait d’être raconté pour lui-même.

Sept visages. Un seul homme. Et la certitude, en refermant ce dossier, qu’il en reste encore à découvrir. Cent ans. De Kébémer à Versailles, en passant par les prétoires de Dakar, les prisons de Diouf, le Palais de la République, les sommets du G8 et ce jardin d’hiver où Viviane lève encore les yeux vers lui. Wade a tout connu. Wade a tout risqué. Wade est encore là.

Son père est mort à 101 ans. Sa grand-mère à 121 ans. Dans la famille Wade, il le disait lui-même, on connaît la longévité.

Joyeux centenaire, Gorgui.

L’Afrique regarde. Afrik-Inform aussi.

Constantin GONNANG – Afrik-Inform ☑️

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