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Cameroun| Au MRC, Okala Ebode et Willy Mengue : éternels contestataires, éternels adversaires, éternels perdants

À force de contester la direction du MRC, Okala Ebode et Willy Mengue accumulent les revers. Leur demande de mandataire ad hoc a été rejetée, et leur opposition n’a pas empêché la convention du 17 octobre ni l’élection de Tiriane Balbine Noah. Des batailles répétées, pour des résultats qui se font toujours attendre.

Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) a choisi une nouvelle présidente le 17 octobre 2026. Tiriane Balbine Noah a pris la succession de Maurice Kamto à l’issue d’une convention nationale extraordinaire organisée à Yaoundé. Cette transition intervient après plusieurs mois de turbulences, marqués par la démission de l’ancien président, des désaccords sur la régularité de certaines décisions internes et une série de procédures judiciaires. La nouvelle direction hérite ainsi d’un parti dont les débats internes ont parfois débordé le cadre militant pour s’installer durablement dans l’espace public.

Parmi les acteurs les plus visibles de cette contestation figurent Joseph Thierry Okala Ebode et Willy Mengue. Le premier, membre fondateur et ancien secrétaire national chargé de la réforme et de la modernisation de l’État, s’est opposé au retour de Maurice Kamto à la tête du parti en décembre 2025. Le second, ancien membre du Directoire, a également contesté cette reconduction et engagé, avec deux autres requérants, une procédure visant à faire intervenir la justice dans le fonctionnement du MRC.

Leurs démarches ont emprunté plusieurs voies : prises de parole médiatiques, contestation des décisions disciplinaires, recours judiciaires et interpellations de l’administration territoriale. Les deux hommes ont défendu leurs arguments sur la régularité des instances du parti. La direction du MRC, elle, a considéré leurs initiatives comme des remises en cause de son autorité et a engagé ou soutenu des démarches pour faire respecter ses décisions internes.

Le bilan de cette confrontation est contrasté. Les contestataires ont obtenu un écho administratif sur certains points, particulièrement dans le dossier de la convention de décembre 2025. Mais ils n’ont pas réussi à empêcher la tenue de la convention du 17 octobre 2026 ni l’élection de Tiriane Balbine Noah. Une demande de désignation d’un mandataire ad hoc a également été rejetée en référé, sans que le tribunal se prononce sur le fond de toutes les contestations.

Okala Ebode, la contestation portée sur la place publique

La rupture entre Okala Ebode et la direction du MRC s’est cristallisée autour du retour de Maurice Kamto à la présidence en décembre 2025. L’ancien cadre a contesté la régularité de cette séquence et mis en cause la légitimité des instances dirigeantes. Le désaccord ne portait plus seulement sur des choix politiques ou organisationnels : il concernait la capacité des organes du parti à prendre des décisions engageant l’ensemble de la formation.

Le 2 septembre 2026, invité de l’émission Sacré Matin sur Radio Balafon, Okala Ebode a exposé publiquement sa position. Il a notamment affirmé : « Le MRC n’a pas de président en ce moment ». Cette déclaration résumait sa contestation du retour de Maurice Kamto à la tête du parti. Elle montrait aussi que, malgré son exclusion, l’intéressé entendait continuer à intervenir dans le débat sur la direction du mouvement.

Le Comité national de médiation et d’arbitrage du MRC avait prononcé son exclusion le 7 novembre 2025, décision approuvée par le Directoire le 18 novembre, selon les informations publiées sur le dossier. Okala Ebode a contesté cette sanction devant le Tribunal de grande instance du Mfoundi, à Yaoundé. Il a demandé la nullité de la décision et la suspension de son exécution. Le parti a, de son côté, soutenu que ses textes prévoyaient des mécanismes internes de règlement des différends et a contesté la compétence de la juridiction saisie.

L’affaire a connu plusieurs renvois. Le 24 septembre 2026, le tribunal a renvoyé le dossier au 22 octobre pour des observations et plaidoiries sur le déclinatoire de compétence soulevé par la défense. Cette étape ne constituait pas un jugement définitif sur le fond du recours. Elle montre néanmoins que la bataille judiciaire engagée par Okala Ebode s’est poursuivie bien après la rupture politique avec le parti. À ce stade, il faut distinguer la contestation de son exclusion, qui demeure une question judiciaire, de son objectif politique plus large : faire reconnaître l’irrégularité des décisions qu’il remet en cause.

Le parcours d’Okala Ebode ne se résume pas à des démarches restées sans écho. Le 19 août 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, lui a adressé une correspondance indiquant que son département n’avait pas jugé opportun de prendre acte des travaux de la convention extraordinaire du MRC tenue le 21 décembre 2025. Cette convention avait reconduit Maurice Kamto à la présidence. La position du MINAT a donc apporté un argument administratif important à ceux qui contestaient la régularité de cette reconduction.

La lettre a été versée au débat judiciaire dans la procédure visant à faire désigner un mandataire ad hoc. Elle a permis aux contestataires d’affirmer que leurs interrogations ne relevaient pas uniquement d’un conflit personnel avec Maurice Kamto, mais soulevaient également une question de reconnaissance administrative. Sur ce point précis, Okala Ebode a donc obtenu un élément favorable à sa position.

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Il serait toutefois inexact d’en conclure que le MINAT a validé l’ensemble de ses revendications, son opposition à la direction ou toutes les procédures qu’il a engagées. La correspondance concernait la convention du 21 décembre 2025. Elle ne constituait ni une décision judiciaire annulant la convention ni une reconnaissance automatique de toutes les prétentions des contestataires. La nuance est essentielle : l’administration a pris une position sur un acte déterminé, tandis que les litiges internes et judiciaires ont leur propre parcours.

Cette intervention a néanmoins donné un nouveau souffle au conflit. Elle a compliqué la défense politique de la convention de décembre 2025 et fourni aux requérants une pièce qu’ils pouvaient opposer à la direction. Mais le débat administratif n’a pas suffi à atteindre l’objectif le plus ambitieux des contestataires : obtenir la mise sous tutelle judiciaire du parti ou imposer une réorganisation de ses instances par un mandataire extérieur.

L’épisode révèle ainsi la limite de la stratégie d’Okala Ebode. Une prise de position administrative peut conforter une argumentation et prolonger une bataille. Elle ne garantit pas, à elle seule, la victoire judiciaire ou politique. La contestation a obtenu un appui sur la question de la convention de décembre 2025, mais le MRC a continué à fonctionner, a préparé une nouvelle convention et a finalement élu une présidente.

Willy Mengue et la bataille du mandataire ad hoc

Willy Mengue a choisi, lui aussi, de porter le conflit devant la justice. Avec Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II, il a saisi le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou afin d’obtenir la désignation d’un mandataire judiciaire ad hoc chargé de « normaliser » le fonctionnement du MRC. Les requérants contestaient notamment les conditions du retour de Maurice Kamto à la tête du parti en décembre 2025. Leur démarche visait à faire intervenir une juridiction dans l’organisation interne de la formation politique.

La procédure a été marquée par plusieurs audiences et renvois. Lors de certaines audiences de juillet, les comptes rendus de presse ont signalé l’absence de deux requérants et le fait que Willy Mengue se présentait sans avocat. Ces circonstances ne suffisent pas, à elles seules, à établir la faiblesse d’un dossier. Elles ont cependant constitué des épisodes visibles d’une procédure qui n’a pas rapidement produit le résultat recherché par les demandeurs.

Le 17 septembre 2026, le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou s’est déclaré incompétent pour statuer en référé sur la demande de réorganisation du parti. Les requérants ont été renvoyés à mieux se pourvoir et condamnés aux dépens, selon les comptes rendus publiés. Le tribunal n’a pas tranché le fond de toutes les questions soulevées par les contestataires. Il a toutefois fermé cette voie procédurale devant cette juridiction. Pour Willy Mengue et ses co-requérants, le résultat était un revers concret : la mesure sollicitée n’a pas été obtenue.

La portée de cette décision doit être mesurée avec précision. Elle ne signifie pas que toutes les critiques adressées à la direction du MRC ont été jugées infondées. Elle ne règle pas non plus toutes les questions relatives à la régularité des conventions et à la gouvernance du parti. Mais elle prive les requérants, dans cette procédure, de l’intervention judiciaire qu’ils espéraient obtenir. Le MRC, de son côté, a pu poursuivre la préparation de sa convention sans mandataire ad hoc imposé par le tribunal.

Après la bataille autour du mandataire ad hoc, Willy Mengue a ouvert un autre front. À l’approche de la convention extraordinaire du 17 octobre 2026, il a contesté son organisation auprès de l’administration territoriale et sollicité son interdiction. Cette démarche menaçait de perturber le calendrier retenu par le MRC pour désigner le successeur de Maurice Kamto. Le conflit avait donc quitté le seul terrain de la légitimité de la direction sortante pour toucher directement à la tenue du rendez-vous censé permettre au parti de tourner la page.

Le MRC lui a fait signifier une sommation interpellative le 30 septembre. Dans sa réponse, rapportée le 5 octobre, Willy Mengue a contesté « avec la plus grande fermeté » toute intention de troubler la convention par la violence, des voies de fait ou un acte matériel de perturbation. Il a déclaré ne pas avoir « ni les moyens, ni l’intention » de recourir à de tels actes, tout en maintenant ses contestations administratives. Cet engagement ne signifiait donc pas qu’il renonçait à contester la convention ; il portait sur la manière dont il entendait agir pendant les travaux.

Le 28 septembre, selon les comptes rendus de presse, l’administration avait délivré le récépissé de déclaration de réunion publique relatif à la convention. Willy Mengue a néanmoins maintenu ses démarches auprès du sous-préfet de Yaoundé IV. L’épisode illustre le décalage entre sa volonté de faire obstacle au processus et la capacité du MRC à poursuivre son organisation. Les démarches de contestation n’ont pas abouti à l’interdiction de la réunion.

Le 17 octobre, la convention s’est effectivement tenue à Yaoundé. Tiriane Balbine Noah a été élue présidente du MRC. Willy Mengue n’a donc pas obtenu l’objectif central de sa tentative : empêcher la tenue du rendez-vous qui devait renouveler la direction. Sa contestation de la légalité de la convention et de ses résolutions s’est poursuivie après l’élection, mais elle n’a pas empêché le vote ni la désignation de la nouvelle présidente.

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La séquence dessine un bilan politique difficile pour le contestataire : une demande de mandataire ad hoc rejetée en référé, une convention qui a reçu son récépissé administratif et qui s’est tenue à la date prévue, puis une nouvelle contestation après l’élection. Ces faits ne préjugent pas de l’issue de toute procédure ultérieure. Ils montrent toutefois que, jusqu’à présent, la stratégie de blocage n’a pas empêché le MRC de renouveler sa direction.

Deux contestataires, un parti qui poursuit sa route

Okala Ebode et Willy Mengue ont multiplié les démarches pour remettre en cause des décisions prises par les instances du MRC. Leurs arguments ont parfois trouvé un écho dans le débat administratif, notamment à travers la correspondance du MINAT sur la convention du 21 décembre 2025. Leurs initiatives ont également donné lieu à des procédures judiciaires qui ont prolongé la crise et exposé publiquement les divisions du parti. Il serait donc réducteur de prétendre que toutes leurs démarches ont été sans effet.

Mais les résultats obtenus doivent être confrontés aux objectifs affichés. La demande de mandataire ad hoc n’a pas abouti devant le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou. La tentative de faire empêcher la convention du 17 octobre n’a pas empêché sa tenue. Et malgré les contestations persistantes, le MRC a élu une nouvelle présidente. Le contraste entre l’intensité des affrontements et leurs résultats politiques visibles nourrit l’idée d’une stratégie qui, jusqu’ici, n’a pas réussi à ébranler durablement les structures du parti.

Le MRC n’est pas pour autant débarrassé de ses difficultés. La correspondance du MINAT a fragilisé la reconnaissance administrative de la convention de décembre 2025 ; les contentieux judiciaires ne sont pas tous clos ; et l’élection de Tiriane Balbine Noah n’efface pas les désaccords sur les textes et la gouvernance. La solidité du parti ne peut donc être déduite du seul échec d’une requête. Elle se mesurera aussi à sa capacité à clarifier ses procédures internes, à gérer les contestations et à maintenir sa présence politique.

Pour Okala Ebode, l’affaire judiciaire relative à son exclusion devait encore franchir l’étape du débat sur la compétence, annoncée pour le 22 octobre. Pour Willy Mengue, la contestation de la convention et de ses résolutions se poursuivait après l’élection. Les présenter comme des perdants définitifs sur tous les terrains serait donc aller au-delà des faits disponibles. En revanche, le bilan de leurs principales initiatives depuis la fin de 2025 est clair sur un point : elles n’ont pas empêché le MRC de poursuivre son fonctionnement ni de procéder à une nouvelle élection à sa tête.

Tiriane Balbine Noah a placé sa présidence sous le signe de la continuité. Ce choix signifie qu’elle entend inscrire son action dans le prolongement de la ligne politique du MRC, plutôt que de faire de la rupture avec la direction précédente le point de départ de son mandat. Dans le contexte des conflits avec Okala Ebode et Willy Mengue, cette orientation laisse présager le maintien de la défense des décisions internes du parti et de ses instances, dans le respect des procédures applicables.

La nouvelle présidente devra cependant distinguer la fermeté politique de la réponse aux procédures en cours. Les recours ne peuvent être considérés comme clos parce qu’un adversaire a subi un revers dans une affaire précise. Ils devront être suivis jusqu’à leur terme par les voies appropriées. La continuité peut donc signifier que la direction ne renoncera pas à défendre les décisions du MRC, mais elle ne saurait tenir lieu de jugement sur les litiges pendants.

Au terme de cette séquence, Okala Ebode et Willy Mengue apparaissent comme deux adversaires persistants du leadership du MRC, dont les initiatives n’ont jusqu’ici pas permis de prendre le contrôle du calendrier politique du parti. L’un a obtenu un appui administratif ponctuel sur la convention de décembre 2025, l’autre a vu sa demande de mandataire ad hoc rejetée et n’a pas empêché la convention du 17 octobre. La bataille se poursuit, mais le parti a franchi une étape majeure avec l’élection de Tiriane Balbine Noah.

En plaçant sa présidence sous le signe de la continuité, Tiriane Balbine Noah donne à penser qu’elle ne compte pas abandonner le combat engagé par la direction pour défendre ses instances face aux contestations d’Okala Ebode et de Willy Mengue. Reste à savoir jusqu’où cette fermeté ira dans les procédures encore ouvertes. Une chose est établie : malgré les fronts administratifs, judiciaires et médiatiques, les deux contestataires n’ont pas réussi à empêcher le MRC de renouveler sa direction. Leur opposition n’a pas, à ce stade, ébranlé le parti au point de lui faire renoncer à son calendrier.

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