Au-delà d’une simple cérémonie protocolaire, la signature de la convention entre la Fédération camerounaise de football et le ministère de l’Éducation de base, ce 25 mars à l’école publique de Bastos, marque l’entrée du Cameroun dans un programme mondial aux ambitions considérables. Lancé par la FIFA en collaboration avec l’UNESCO, Football for Schools vise à intégrer le football dans les systèmes éducatifs pour former, à travers le jeu, des millions d’enfants aux compétences de vie. Présent dans plus de 150 pays et déjà déployé auprès de dizaines de millions d’élèves, le projet s’inscrit désormais dans le paysage éducatif camerounais, avec en ligne de mire une transformation de l’apprentissage dès le primaire.
Une signature au cœur d’un dispositif mondial
Sous le regard de plusieurs personnalités du monde du sport, de l’éducation et des institutions internationales, la cérémonie de Bastos a consacré l’adhésion du Cameroun à un programme pensé à l’échelle globale. Initié en 2019 par la FIFA et l’UNESCO, Football for Schools repose sur une idée simple : utiliser le football comme outil pédagogique.
Ce programme, aujourd’hui présent dans 153 pays, ambitionne de toucher à terme près de 700 millions d’enfants. Il s’adresse prioritairement aux élèves âgés de 4 à 14 ans, avec une approche inclusive, où filles et garçons participent sans distinction.
À Bastos, cette dimension internationale était palpable. À la veille de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce à Yaoundé, la présence de responsables liés aux sphères du commerce et du développement a renforcé la portée de l’événement.
Dans son intervention, le représentant de l’OMC a d’ailleurs établi un parallèle entre le commerce mondial et le football, évoquant un système où « chacun peut gagner », insistant sur la nécessité de former des enfants capables de saisir les opportunités offertes par un monde en mutation.
La signature du protocole d’accord entre la FECAFOOT et le MINEDUB s’inscrit ainsi dans une logique de structuration. Elle ne se limite pas à une initiative ponctuelle, mais ouvre la voie à une intégration progressive du football dans le curriculum scolaire. Le Cameroun rejoint ainsi le cercle des pays pilotes sur le continent africain, avec pour ambition d’adapter le programme aux réalités locales tout en respectant son architecture globale.
Le football comme outil d’éducation et de formation
Au cœur du programme Football for Schools, le football n’est pas envisagé comme une fin, mais comme un moyen. La philosophie centrale — « que le jeu soit l’enseignant » — repose sur des séances ludiques où l’apprentissage passe par l’expérience.
Dans les écoles, les activités proposées ne se limitent pas à des exercices techniques. Elles visent à développer des compétences essentielles : confiance en soi, esprit d’équipe, leadership, discipline ou encore prise de décision.
Le ministre de l’Éducation de base Laurent Serges Etoundi Ngoa a insisté sur cette dimension, rappelant que le football, au Cameroun, dépasse largement le cadre sportif pour devenir un véritable fait social, capable de rassembler au-delà des clivages.
Pour les autorités éducatives, il s’agit désormais de structurer cette pratique spontanée. Les enfants jouent déjà au football dans les cours d’école ; l’enjeu est de transformer cette pratique en un outil pédagogique organisé.
Le programme prévoit ainsi des séances adaptées aux différentes tranches d’âge, avec des contenus pensés pour favoriser l’inclusion et la participation de tous, quel que soit le niveau. À travers cette approche, le football devient un vecteur d’apprentissage global, reliant éducation physique, développement personnel et valeurs sociales.
L’ambition affichée est claire : former, dès le plus jeune âge, des citoyens capables d’évoluer dans un environnement complexe, en s’appuyant sur les valeurs du sport.
Des moyens concrets pour une ambition structurée
Au-delà des principes, Football for Schools repose sur des outils et des moyens concrets. La FIFA a déjà distribué plus de trois millions de ballons à travers le monde, accompagnant le déploiement du programme.
Au Cameroun, cette dynamique se traduit par la mise à disposition d’équipements adaptés, mais aussi par la formation des enseignants. Près de 5 000 éducateurs ont déjà été formés à l’échelle mondiale selon un modèle dit “en cascade”.
L’un des piliers du dispositif reste également l’application mobile dédiée, qui propose des centaines de vidéos pédagogiques et des séances prêtes à l’emploi pour les enseignants, même non spécialistes du football.
Chaque activité est conçue pour être flexible, en tenant compte des réalités locales : taille des terrains, nombre d’élèves, disponibilité du matériel. La création d’un groupe national de pilotage permettra d’assurer le suivi et l’évaluation du programme, garantissant son adaptation aux spécificités du système éducatif camerounais.
Dans son discours, Samuel Eto’o a insisté sur la nécessité de saisir cette opportunité, évoquant un projet qui va « au-delà du football » pour toucher aux valeurs fondamentales de la société. Le président de la FECAFOOT a également rappelé que le football, loin des considérations sociales, reste un espace où seul le mérite compte — une idée que le programme entend transmettre aux plus jeunes.
Former une génération, entre sport, économie et avenir
La mise en œuvre de Football for Schools s’inscrit dans une vision à long terme. Il ne s’agit pas uniquement de former de futurs footballeurs, mais de préparer une génération à relever les défis de demain. Le lien établi avec les acteurs du commerce international n’est pas anodin. Le sport, aujourd’hui, constitue une industrie globale, génératrice d’opportunités économiques.
Le ministre de l’Éducation de base l’a rappelé sans détour : le football est devenu un secteur où circulent des ressources considérables, et il est essentiel de préparer les jeunes à y prendre part. Mais au-delà des perspectives professionnelles, c’est aussi une question d’équilibre social. Le programme vise à maintenir les enfants à l’école, à renforcer leur engagement et à leur offrir un cadre structurant.
L’accent est également mis sur l’inclusion des filles, dans un environnement où le sport peut devenir un levier d’émancipation. En combinant éducation, sport et développement, Football for Schools s’inscrit dans les objectifs mondiaux de développement durable, en lien avec les politiques internationales en matière de santé, d’éducation et de jeunesse.
À Bastos, derrière les sourires des enfants alignés sur le tapis rouge, ballon en main, se dessinait déjà une ambition plus large : celle d’un système éducatif où le jeu devient un langage universel, et où chaque terrain d’école peut, à sa manière, ouvrir sur le monde.

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