Acceuil Société Cameroun|Guerre des ego : Entre Owona Nguini et Samuel Eto’o, un fossé… nommé Félicité Owona
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Cameroun|Guerre des ego : Entre Owona Nguini et Samuel Eto’o, un fossé… nommé Félicité Owona

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Le clash entre le politologue Mathias Éric Owona Nguini et le président de la FECAFOOT Samuel Eto’o avait tout d’un débat entre hommes publics. Mais le 23 juin 2026, un événement inattendu lui a donné une saveur particulière : la sœur cadette du professeur recevait chaleureusement son « ennemi » déclaré autour d’un déjeuner caritatif. Entre les deux frères ennemis, Kourra Félicité Owona Mfegue s’est placée — consciemment ou non — au cœur d’une bataille qui dépasse désormais le football.

Le 23 juin 2026, pendant que son frère multiplie les sorties virulentes contre Samuel Eto’o sur tous les plateaux du pays, Kourra Félicité Owona Mfegue, professeure de droit international de réputation mondiale, ouvre les portes de sa fondation au président de la FECAFOOT. L’occasion : la 16e Journée internationale des veuves, célébrée sous le thème « Justice, dignité et autonomisation économique pour les veuves ». L’événement prend la forme d’un déjeuner caritatif organisé à Yaoundé, en présence de plusieurs personnalités du monde politique, universitaire et de la société civile, dont la sénatrice Françoise Puene. Samuel Eto’o répond présent. Personnellement.

La Fondation Owona Mfegue publie dans la foulée un message de remerciement qui ne laisse aucune ambiguïté sur la chaleur de l’accueil : « La Fondation Owona Mfegue exprime sa profonde gratitude à Monsieur le Président de la FECAFOOT, Samuel Eto’o Fils, pour sa présence remarquable aux côtés des veuves. Par ce geste d’attention, d’humilité et de proximité, Monsieur le Président a témoigné d’un humanisme éclairé, fidèle aux valeurs de solidarité, de dignité et de respect des plus vulnérables ». Le communiqué va plus loin encore, saluant en Eto’o « le fils de l’illustre Joseph Owona, figure majeure de l’État camerounais, auquel il a récemment rendu un vibrant hommage ». Joseph Owona — c’est-à-dire le père de Félicité. Et le père de Mathias Éric Owona Nguini.

La scène a quelque chose de cinématographique. Pendant que le frère pourfend Eto’o sur les antennes, la sœur lui remet publiquement un brevet d’humanisme. Pendant que le professeur l’accuse d’arrogance et de standards insuffisants, la fondation de sa sœur le décrit comme un homme « fidèle aux valeurs de solidarité et de dignité ». Deux récits. Deux regards sur le même homme. Portés par deux membres de la même famille.

Eto’o, Owona Nguini et la bataille du plateau : quand la famille s’invite dans le ring

Pour comprendre ce que cet épisode du 23 juin a d’explosif, il faut remonter quelques semaines en arrière. Félicité Owona Mfegue n’était pas seulement présente au déjeuner caritatif. Elle avait déjà été vue aux côtés de Samuel Eto’o lors d’un événement autrement plus symbolique : l’inauguration du nouveau siège de la FECAFOOT. Une cérémonie que son frère Mathias Éric Owona Nguini n’avait pas manqué de commenter avec amertume, balayant les insinuations selon lesquelles il aurait été blessé de ne pas y avoir été convié. « Je suis un seigneur, monsieur. Pensez-vous que j’ai besoin de ces invitations ? » avait-il lancé sur le plateau d’Obama Times sur A1, le 26 juin 2026, face au journaliste Ernest Obama.

Lors de cette même inauguration du siège, Samuel Eto’o avait rendu un hommage public et appuyé au Professeur Joseph Owona, père de la fratrie, décédé le 6 janvier 2024, le qualifiant de véritable « monument du droit » pour son rôle dans la normalisation du football camerounais entre 2013 et 2015. Félicité Owona était présente ce jour-là. Elle a entendu cet hommage rendu à son père défunt, dans cette grande cour du nouvel édifice, par cet homme que son frère aîné combat publiquement depuis des semaines. Et visiblement, ce geste ne l’a pas laissée indifférente — au point que sa fondation le mentionne explicitement dans son message de remerciement du 23 juin, comme pour en faire la clé de lecture de cette proximité ancienne avec le président de la FECAFOOT. Rendre hommage au père devant la fille, c’est une manière de construire un pont que les polémiques peinent à démolir.

C’est dans ce contexte que trois jours plus tard, le 26 juin, Mathias Éric Owona Nguini sort visiblement de ses gonds sur le plateau d’Obama Times. Lorsque le présentateur Ernest Obama évoque les proches du professeur qui auraient pris position dans sa querelle avec Eto’o, la réponse qui suit révèle un homme à la fois blessé et déterminé à ne pas le paraître. « Monsieur, voilà donc les méthodes de cette personne. Parce que quelqu’un a un avis divergent avec lui, il s’immisce dans des affaires familiales. Au nom de quoi ? Il est qui ? » Puis, lorsque le journaliste objecte qu’Eto’o n’a fait que répondre à une invitation, Owona Nguini recadre avec une insistance qui trahit l’irritation : « Il s’est immiscé, monsieur. Moi je ne savais même pas. Il fait ses lettres d’invitation ».

Le ton monte encore d’un cran quand il en vient à évoquer sa sœur directement : « Quelqu’un attaque vos parents, que ce soit père, mère, frère, sœur. Bon, même si vous n’aimez pas votre frère, le minimum de décence, c’est de rester tranquille. Mais celui qui, de manière manifeste, parce que c’est en pleine crise avec moi, qu’il va là où il est allé, c’est ça qu’on appelle l’arrogance ». Des mots lourds, prononcés publiquement, à l’adresse de sa sœur. Le professeur, qui se targue d’immunité face aux attaques « J’ai le cardio, monsieur. Ça peut durer même dix ans » , montre ici une fissure que ses adversaires n’ont pas manqué de relever.

Sur le fond de sa guerre avec Eto’o, il reste dans ses dispositions habituelles. « Si vous faites la métaphysique avec les loups, ils vous dévorent. Le loup vous attaque, vous répondez par l’attaque », dit-il, avant de dénoncer ce qu’il appelle une « inquisition de type mafieuse » et un « système financé » dont l’objectif serait d’intimider toutes les voix dissonantes. Mais à ce stade, l’œil du téléspectateur attentif a déjà enregistré l’essentiel : c’est la première fois depuis le début du conflit qu’Owona Nguini paraît vraiment atteint. Et c’est sa sœur qui, sans le vouloir peut-être, a fourni le point de pression.

Félicité Owona Mfegue : une femme de stature, prise entre deux feux

On ne peut pas comprendre le poids de cet épisode sans mesurer ce que représente Kourra Félicité Owona Mfegue dans le paysage intellectuel et juridique camerounais et au-delà. Fille cadette du Professeur Joseph Owona — longtemps fille unique au sein d’une fratrie de sept garçons, surnommée « fille-garçon » par son père et familièrement appelée « Inna » —, elle naît le 6 novembre 1980 à la polyclinique de Tsinga à Yaoundé. Son enfance se partage entre le Cameroun et la France, dans un environnement familial marqué par l’excellence académique et l’engagement pour l’État.

Sa formation suit une trajectoire rigoureuse et internationale. Après sa scolarité secondaire au collège catholique de la Retraite puis au lycée français Fustel-de-Coulanges à Yaoundé, elle rejoint Bordeaux où elle obtient son baccalauréat à l’internat dominicain du Cours Albert-le-Grand. Elle poursuit à l’Université Bordeaux IV, décroche une maîtrise en droit public des affaires et une maîtrise en droit à l’Université Paris XII en 2002-2003, un DEA en droit public des activités économiques en 2004, puis un diplôme de troisième cycle en stratégie diplomatique au Centre d’études diplomatiques et stratégiques de Paris en 2005.

Sa thèse de doctorat, soutenue le 14 octobre 2013 à l’Université Paris-Nanterre sous la direction du Professeur Alain Pellet ( ancien président de la Commission du droit international des Nations unies ) porte sur l’exécution des décisions de la Cour internationale de justice dans le différend frontalier Cameroun-Nigeria. En 2013 également, elle obtient le diplôme universitaire d’administrateur des élections à l’Université Panthéon-Assas.

Depuis 2008, elle est la première femme maîtresse de conférences à l’Institut des relations internationales du Cameroun, où elle enseigne dans plusieurs masters — contentieux international, coopération et développement humanitaire, Francophonie. Avocate au barreau de Paris depuis 2018, arbitre auprès du Comité national olympique et sportif du Cameroun, membre du CEDIN et de l’Académie africaine de la pratique du droit international, elle est également médiatrice au sein du réseau FemWise-Africa, une initiative du Panel des sages de l’Union africaine.

Ses missions la mènent en Somalie en 2012 dans le cadre d’une mission PNUD à Garowe, en Nouvelle-Calédonie de 2017 à 2020 comme Personnalité Indépendante Qualifiée des Nations unies, en Centrafrique en 2022 comme experte-personne ressource pour la MINUSCA dans le cadre de la révision du Code électoral. En 2021, elle est la première femme à prononcer une leçon inaugurale à l’IRIC. En décembre 2024, sa leçon inaugurale à Kinshasa sur le pouvoir juridictionnel en Afrique francophone est saluée comme un événement scientifique majeur.

Ce n’est donc pas une figure de second plan que Samuel Eto’o est allé chercher ce 23 juin. C’est une juriste de stature internationale, dont le patronyme porte tout le poids de l’héritage Owona — et dont la présence publique et assumée à ses côtés constitue un signal que personne dans le landerneau camerounais n’a manqué de décrypter. D’autant que les relations entre Félicité Owona Mfegue et son frère Mathias Éric sont, de notoriété publique, tendues depuis le décès de leur père en janvier 2024, sur fond de désaccords autour de l’héritage mémoriel de Joseph Owona et de questions de succession coutumière au sein de la fratrie. Ce contexte préexistant donne une résonance supplémentaire à chacun de ses gestes publics — et celui du 23 juin n’a pas échappé à la règle.

« Qui doit parler de football dans ce pays si ce n’est Samuel Eto’o ?

Ce que cet épisode révèle en creux, c’est une chose que les polémiques footballistiques avaient peut-être fait oublier : Samuel Eto’o n’est pas uniquement le président de la fédération camerounaise dont le management est largement contesté aujourd’hui par le Professeur Owona Nguini. C’est aussi un homme qui, lorsqu’il rend hommage à un père disparu devant ses enfants, lorsqu’il répond présent à un déjeuner pour les veuves, lorsqu’il pose pour des images d’accolades chaleureuses avec la sœur de son adversaire, construit quelque chose que les tribunes télévisées ne construisent pas.

David Eboutou, analyste, a formulé une question qui résonne bien au-delà du football : « Pour parler de football dans ce pays, qui doit parler si ce n’est Samuel Eto’o ? On est dans un monde à l’envers. En matière de football, avec tout le génie de Samuel Eto’o, lorsqu’il fait parler de football avec autorité, qui doit parler de football si ce n’est ce Samuel Eto’o ? » La question est pertinente et elle dit quelque chose que le débat autour d’Owona Nguini finit par occulter : il existe une légitimité que les plateaux de télévision ne confèrent pas.

Félicité Owona Mfegue, elle, n’a rien dit publiquement sur le conflit entre son frère et le président de la FECAFOOT. Elle a simplement organisé un déjeuner pour les veuves. Et invité Samuel Eto’o. À chacun d’analyser comme bon lui semble .. Y compris son grand frère.

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