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Cameroun| Miss Cameroun 2025 : La couronne aux épines

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En sept mois à peine, le règne de Josiane Harangada Golonga aura ressemblé à un chemin de croix. Couronnée dans la ferveur, destituée dans la controverse, l’ancienne Miss Cameroun 2025 laisse derrière elle une institution ébranlée, des questions sans réponse et une couronne que personne ne semble plus vouloir porter sans se blesser.

Le conte de fées qui vire au cauchemar

Le 12 juillet 2025, au Palais des Congrès de Yaoundé, Josiane Harangada Golonga monte sur le trône du concours Miss Cameroun sous les ovations. Originaire de Yagoua dans le Mayo-Danay, bachelière scientifique et archiviste de formation à l’ESSTIC, elle incarne une première historique : jamais une fille du Septentrion n’avait décroché la couronne nationale. La fierté est immense, les espoirs aussi. Mais dès les premières semaines, le vernis commence à craquer.

Entre décembre 2025 et janvier 2026, le Comité d’Organisation Miss Cameroun (COMICA) lui adresse une avalanche de courriers disciplinaires : sept lettres d’avertissement en l’espace de quelques semaines, toutes datées entre le 3 et le 27 décembre 2025, suivies d’une demande d’explication le 2 janvier 2026. Des courriers notifiés par exploit d’huissier le 6 janvier 2026. Le ton est donné. La relation entre la Miss et son comité, officiellement scellée par un code de conduite signé au soir du couronnement, est désormais un champ de bataille.

Le COMICA dresse un tableau accablant : retard jugé préjudiciable lors d’un rendez-vous à l’Ambassade de Turquie, refus de participer le 27 décembre 2025 à un événement de Canal 2 International — partenaire officiel du comité —, attitude qualifiée d’« irrespectueuse et méprisante » envers la présidente Mme Amougou Solange Ingrid, et surtout, la décision de s’adjoindre un manager personnel, perçue comme une violation frontale de la clause d’exclusivité contractuelle.

À ces griefs s’ajoute une question financière lourde : le comité réclame des comptes sur la gestion de deux enveloppes — 7.830.350 FCFA pour un projet en Extrême-Nord et 6.180.000 FCFA pour Miss Cosmos. Josiane Golonga, elle, ne se laisse pas faire. Par exploit d’huissier du 9 février 2026, elle saisit à son tour Maître Tchimtchou Mékiage Michelin pour dénoncer ce qu’elle qualifie d’« acharnement » et de « diffamation ».

Elle réclame ses arriérés de salaire de décembre 2025 et janvier 2026, la restitution de son véhicule de fonction retiré selon elle en violation des articles 2 et 3 du code de conduite, et dénonce le blocage de ses pages Facebook aux mains du COMICA. Surtout, elle formule une accusation qui dépasse le cadre contractuel : des injures répétées de la présidente-fondatrice remettant en cause son éducation et, par extension, ciblant implicitement ses origines septentrionales.

Elle parle de « marginalisation », de « sabotage numérique » et d’une institution qui, dit-elle, a toujours préféré mettre en avant ses dauphines au motif « qu’elle venait du grand Nord ». 

Le couperet tombe

Le 25 février 2026, le COMICA tranche. Dans un communiqué officiel signé de la présidente-fondatrice Mme Amougou Solange Ingrid, l’institution prononce la « destitution immédiate » de Josiane Harangada Golonga, invoquant des « manquements graves et répétés aux obligations contractuelles ». Josiane perd tout : écharpe, couronne, véhicule, domicile de fonction, primes. Le communiqué est lapidaire, clinique, sans concession. Le COMICA se dit guidé par la défense de « l’intégrité et de la crédibilité » du concours.

Ce que le communiqué ne dit pas, c’est que la Miss avait anticipé le coup. Dans son exploit d’huissier du 9 février, elle avait déjà pris les devants en dénonçant « purement et simplement » la convention d’adhésion et tous les actes qui en découlent, prévenant que tout acte contraire à cette dénonciation engagerait « la responsabilité pénale et civile de son auteur ».

La destitution du COMICA intervient donc dans un contexte où les deux parties ont déjà rompu juridiquement, chacune à sa manière. Le terrain judiciaire est désormais ouvert.

2018 : le fantôme qui revient

La crise ne surgit pas dans un vide institutionnel. Elle réveille un précédent que beaucoup croyaient enterré. En décembre 2018, le Ministère des Arts et de la Culture avait publié un communiqué radio-presse retentissant, affirmant vouloir se « réapproprier, au nom du Gouvernement, le concept Miss Cameroun », estimant que cet événement, placé sous le Haut Patronage de la Première Dame et financé par l’État, ne pouvait être abandonné à des « intérêts obscurs ».

Le MINAC avait alors explicitement désavoué toute initiative privée d’organisation du concours, précisant que l’État détenait un « droit de préemption » sur le concept même de Miss Cameroun, indépendamment de l’enregistrement de la marque COMICA à l’OAPI.

Huit ans plus tard, le gouvernement est aux abonnés absents. Aucune réaction officielle. Aucun communiqué ministériel. Pourtant, le COMICA arbore toujours la mention « Sous le Haut Parrainage du Ministère des Arts et de la Culture » sur ses propres documents officiels, y compris celui annonçant la destitution.

Quand la société civile monte au créneau

Dans ce silence institutionnel, d’autres voix se font entendre. Le journaliste Steve Fah est l’un des premiers à prendre position publiquement. « On peut retirer une couronne. Mais on ne doit pas salir une génération », écrit-il, interpellant directement la Première Dame pour que le COMICA cesse, selon ses mots, de « gâter » son nom et celui du Cameroun. Il pointe une question de fond : quelle image veut-on donner de la femme camerounaise, entre « vitrine mondaine » et « valeur, intelligence, intégrité » ?

Le Professeur Félicité Owona Mfegue, juriste, y va de son propre éclairage, entre droit et humanité. Elle rappelle qu‘« un titre peut être retiré si un contrat le prévoit expressément, si la procédure est régulière, si le manquement est grave et prouvé » — avant d’ajouter aussitôt : « Mais Miss Cameroun n’est pas une arabesque qu’on efface d’une toile hérétique. C’est notre fille ». Elle salue au passage le choix de Josiane de n’avoir jamais eu recours à des produits éclaircissants, « dans un pays où trop de filles croient encore qu’il faut s’éclaircir pour exister », et lui propose publiquement un mentorat.

Audrey Black, reine d’une couronne sous surveillance

Pendant que le débat enfle, le COMICA, lui, tourne la page. Dès le 25 février 2026, Audrey Black Moutongo, première dauphine lors de la finale du 12 juillet 2025, est officiellement promue Miss Cameroun 2025. Représentante du Littoral, canton Bonambela d’Akwa, 27 ans, 1,82 m, titulaire d’un Bac+2 en Management et avicultrice de profession, elle incarne un profil entrepreneurial et culturel revendiqué.

Elle est d’ores et déjà pressentie pour représenter le Cameroun à Miss Univers 2026 et se distingue par un projet de consultations gynécologiques gratuites mené en partenariat avec la Polyclinique Ottou à Yaoundé.

Audrey Black hérite d’une couronne intacte dans sa forme, mais alourdie par tout ce qui vient de se passer. Elle prend ses fonctions sous les projecteurs d’une opinion publique divisée, dans une institution fragilisée, et alors que son prédécesseur prépare vraisemblablement la suite de ses recours juridiques. La couronne est passée. Le dossier, lui, reste grand ouvert… Et Afrik-Inform suivra de prêt.

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