Acceuil Actualités Cameroun| Prix Ramsès 2026 : FAD Architectures couronne la deuxième édition d’un concours qui veut réinventer les villes camerounaises
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Cameroun| Prix Ramsès 2026 : FAD Architectures couronne la deuxième édition d’un concours qui veut réinventer les villes camerounaises

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Samedi 28 février 2026, le Hilton Hôtel de Yaoundé a vibré au rythme de l’excellence architecturale. La deuxième édition du Prix Ramsès, concours panafricain dédié aux nouvelles urbanités, a sacré le cabinet FAD Architectures grand vainqueur, emportant 11 millions de francs CFA devant Saré Architecture et Studio 127.1. Une soirée d’exception qui confirme que ce prix, né en 2024, est en train de s’imposer comme la référence de l’architecture camerounaise.

Ramsès, un prix qui porte une vision

Les lumières magenta et violettes baignaient la salle de banquet du Hilton d’un éclat presque théâtral. Tables rondes aux nappes immaculées, chaises gainées de blanc, marque-tables numérotés avec élégance — tout concourait à installer l’atmosphère d’une soirée hors du commun. Costumes sombres, boubous blancs et beiges, robes de soirée, chapeaux : la profession s’était mise sur son trente et un. Au premier rang, représentants du Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain, directeurs généraux, maires et cadres du secteur bancaire occupaient les meilleures places. Sur les tables, verres scintillants et seaux à champagne rappelaient que cette nuit n’était pas seulement celle des idées, mais aussi celle de la célébration.

C’est dans ce cadre que le Prix Ramsès a tenu sa deuxième édition. Avant d’être une remise de trophées, ce concours est une idée. Celle que les villes africaines méritent mieux que des copies de modèles étrangers. Organisé par l’agence Eventify de Douala en partenariat avec l’Ordre National des Architectes du Cameroun, le prix se donne pour mission de connecter jeunes talents, institutions étatiques et experts du secteur autour d’un objectif commun : bâtir un Cameroun urbain ancré dans ses réalités culturelles et environnementales.

Comme le résume son slogan, il s’agit de « repenser les villes africaines de demain », non pas en important des solutions clé en main, mais en puisant dans l’identité profonde de chaque territoire pour en faire une architecture. Cette deuxième édition, placée sous le thème « The Original Place », invitait les candidats à concevoir trois complexes hôteliers multifonctionnels, raffinés et durables dans trois villes du pays : Nkongsamba, Ngoumou et Sangmélima. Trois sites, trois identités, trois défis architecturaux distincts.

Le tout en cinq mois, un délai que tous les participants ont qualifié de court, mais qui a paradoxalement stimulé la créativité. Après le succès de la première édition en 2024, qui avait enregistré la participation de 51 architectes, cette deuxième édition a reçu 17 dossiers, dont 9 projets effectivement présentés au jury et 4 retenus en finale.

FAD Architectures, ou l’art de faire parler les territoires

Quand le nom de FAD Architectures est prononcé comme grand vainqueur, c’est une équipe d’une dizaine de personnes qui monte symboliquement sur scène. Leur directeur général, Serges Fokoua, architecte inscrit à l’ONAC sous le numéro d’ordre 353, résume en quelques mots ce qui a fait la différence : « La particularité réside dans le fait que chaque site a une architecture particulière, propre au site et propre au commanditaire. Si vous prenez ce site et que vous le posez ailleurs, il n’existe plus. C’est ça qui donne l’originalité du projet ». Une philosophie de l’enracinement qui a guidé cinq mois de travail intensif, mobilisant des ressources humaines considérables pour répondre à un cahier des charges triple et exigeant.

Pendant ces cinq mois, le cabinet a travaillé à retranscrire l’identité de chaque territoire dans la pierre et les lignes. Nkongsamba, c’est la montagne et le café, l’histoire d’une ville que FAD a voulu inscrire jusque dans la façade de son hôtel. « Nous avons voulu remettre l’histoire de Nkongsamba dans l’architecture de son hôtel », explique Serges Fokoua. Sangmélima, c’est la transmission des valeurs culturelles, fil conducteur d’une architecture pensée comme un récit multigénérationnel. Ngoumou, c’est la forêt — et c’est la feuille, « essence même de la verdoyance forestière », qui en devient le motif architectural central, visible dans chaque ligne du projet. Trois langages distincts pour trois villes distinctes, mais une seule et même conviction : l’architecture ne peut pas être générique quand le territoire est unique.

« Ce côté artistique, c’est ça la différence », insiste le directeur général de FAD. « On part d’une idée, d’une donnée, d’une identité, et on la retranscrit techniquement à travers notre architecture ». Une philosophie qui a convaincu le jury et emporté le premier prix de 11 millions de francs CFA. Derrière eux, Saré Architecture décroche la deuxième place et 7 millions de francs CFA, tandis que Studio 127.1 complète le podium avec 4 millions. Trois cabinets, trois approches, mais une même démonstration : quand on donne aux architectes camerounais une scène et un défi à la hauteur de leur talent, ils livrent des projets de haute facture.

Jean Christophe Ndongo, président de l’ONAC et membre du jury, n’a pas mâché ses mots à ce sujet : « Vous avez vu comment les architectes se sont dépassés, comment ils ont fait des recherches, parce que tout le monde voulait gagner. On a eu des projets de très, très haute qualité ».  Et d’ajouter, en s’adressant implicitement aux décideurs publics : « On arrête les appels d’offres, on lance des concours d’architecture. Quand on fait un concours d’architecture, on ne choisit pas la personne, on choisit le projet ». Une prise de position ferme, formulée face aux journalistes.

Quand les maires entrent dans le jury

Sept personnalités ont composé le jury de cette édition, représentant l’ensemble de l’écosystème concerné par le projet : Jean Christophe Ndongo pour l’ONAC, Sandrine Ngo Ngom pour Eventify, Maurice Enama Fouda pour la Cameroon Hotels Corporation en qualité de maître d’ouvrage, Hervé Ayissi pour Afriland First Bank, un représentant du MINHDU, et les deux maires directement concernés par les futurs chantiers — Jean Baptiste Atemengue pour Ngoumou et Frédéric Nzoki Epoh pour Nkongsamba.

La présence de ces élus dans le jury n’est pas anodine. Elle illustre la dimension concrète que le Prix Ramsès entend donner à ses lauréats : ce ne sont pas des projets de concours destinés à rester dans des cartons, mais des propositions architecturales appelées à transformer des territoires réels.

Frédéric Nzoki Epoh, édile de Nkongsamba, ne cache pas ses attentes ni la conviction qui l’a amené à faire le déplacement jusqu’à Yaoundé : « L’attractivité des territoires est au cœur des politiques de développement. Lorsque nous aurons une infrastructure de ce calibre, nous sommes convaincus que les touristes qui ont envie de venir auront la possibilité d’être logés dans des conditions internationales. Ça va booster le développement ». Des mots qui replacent la soirée dans sa dimension la plus concrète : derrière les maquettes et les rendus numériques, ce sont des économies locales et des populations entières qui attendent.

Une ville dotée d’un hôtel de standing international, c’est une ville qui entre dans le circuit du tourisme d’affaires, de la diplomatie régionale, de l’investissement privé. C’est une ville qui change de statut. Et c’est précisément cette transformation que le Prix Ramsès s’est donné pour mission d’accélérer, un concours après l’autre.

« On est qu’au début »

Il y a dans les mots de Sandrine Ngo Ngom, directrice générale d’Eventify et âme du projet Ramsès, quelque chose qui dépasse la satisfaction d’une belle soirée réussie. « Satisfaite ? Peut-être pas totalement. Tant que nos villes ne seront pas transformées, je ne pourrai pas parler de satisfaction complète. Le projet Ramsès n’est pas qu’un projet d’idées. C’est un projet qui se veut concret, réalisé, transformation ». Elle le dit clairement : ce soir n’est que la phase une. Récompenser les architectes, les sortir de l’ombre, leur donner une scène et une audience, c’est le point de départ, pas l’aboutissement.

Derrière, il y a une ambition plus vaste, presque intime dans la façon dont elle la formule. « Il est très normal quand on est à l’étranger de sortir le téléphone de sa poche pour se filmer parce qu’on est content de ce qu’on voit autour de nous. Parce que les rues nous disent quelque chose et nous racontent une histoire. Avec les architectes du Cameroun, je veux qu’on raconte la même histoire » . Une agence de communication qui prête sa voix à l’architecture , le raccourci est inattendu, mais il dit quelque chose d’essentiel sur ce que Ramsès est en train de construire : pas seulement des bâtiments, mais un récit national. Celui d’un pays qui regarde ses villes autrement, qui cesse d’importer l’esthétique des autres pour inventer la sienne.

Le Prix Ramsès a deux éditions au compteur, un partenariat institutionnel signé, trois villes candidates à la transformation et un grand gagnant qui a mis de la volonté pour dire ce que l’architecture camerounaise peut faire quand on lui en donne l’occasion. La troisième édition n’a pas encore été annoncée. Mais dans cette salle baignée de violet, ce soir-là, personne ne doutait qu’il y en aurait une.

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