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Cameroun | 9 février 2026 : Yaoundé ouvre officiellement le plus grand congrès africain de l’eau

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« C’est sur cette note pleine d’espoir que je déclare ouverte la 23ème édition du Congrès international et exposition de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement ». Par ces mots solennels, Gaston Eloundou Essomba, ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, a donné le coup d’envoi lundi 9 février au Palais des Congrès de Yaoundé d’une semaine historique pour le continent. Face à une salle comble, réunissant 3 000 participants venus de 50 pays, l’Afrique de l’eau s’est donnée rendez-vous pour transformer l’urgence en action concrète. 411 millions d’Africains sans eau potable, 800 millions privés d’assainissement adéquat, cinq ans avant l’échéance de 2030 : les chiffres rappellent la gravité du défi. Mais à Yaoundé, l’heure n’est plus au constat. Elle est à la mobilisation.

« L’eau ne constitue pas une simple dépense sociale, mais un investissement stratégique »

Le Palais des Congrès de Yaoundé n’avait jamais vibré avec autant d’intensité. Dès les premières heures de la matinée du 9 février, les délégations affluaient de toutes parts, convergeant vers l’imposante enceinte qui, pour cinq jours, deviendrait l’épicentre continental des solutions durables pour l’eau et l’assainissement. Dans les travées, on parlait swahili, wolof, arabe, français, anglais. Des directeurs généraux d’opérateurs de services publics côtoyaient des chercheurs, des ministres discutaient avec des innovateurs, des représentants de la Banque africaine de développement échangeaient avec des porteurs de projets. L’Afrique de l’eau était réunie, dans toute sa diversité et son effervescence.

Sur la tribune d’honneur, la solennité du moment se lisait sur les visages. Blaise Moussa, Directeur Général de la CAMWATER, société hôte de l’événement, incarnait la fierté camerounaise d’accueillir cette grand-messe continentale. À ses côtés, Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’Énergie, Célestine Ketcha Courtès, ministre de l’Habitat et du Développement Urbain, et Joseph Le, ministre de la Fonction Publique, formaient le bloc gouvernemental camerounais mobilisé pour la réussite de ce rendez-vous stratégique. Mais au-delà des frontières nationales, la tribune affichait également l’ambition panafricaine du congrès : Cheikh Tidjane Dieye, ministre sénégalais de l’Hydraulique et président du Conseil des ministres africains de l’eau (AMCOW), Olivier Gosso, Directeur exécutif de l’AAEA, et Michera Chirwa, représentant de la Banque africaine de développement, complétaient ce plateau de prestige.

La cérémonie d’ouverture s’est déroulée selon un protocole millimétré, mêlant solennité institutionnelle et intermèdes culturels. Après les hymnes nationaux et les allocutions de bienvenue, Olivier Gosso a pris la parole pour poser le cadre d’une semaine qu’il voulait décisive. « Nous ne sommes pas ici pour produire des instruments ou des cadres de référence supplémentaires, a-t-il martelé. Nous sommes ici pour bâtir une résilience politique et opérationnelle, orientée vers les besoins réels des populations ». Son discours, dense et structuré, a insisté sur la nécessité de faire de l’AAEA « le bras opérationnel des politiques publiques africaines », appelant à une reconnaissance formelle de l’association auprès de l’Union africaine et à un soutien renforcé des institutions financières continentales.

Blaise Moussa, prenant la suite, a lancé un appel vibrant aux partenaires du développement. « Nous demandons aux institutions d’envisager des modalités flexibles à l’effet d’accompagner les opérateurs dans la mise en œuvre de leur stratégie », a plaidé le patron de la CAMWATER, insistant sur l’urgence de la situation. Citant les mots du président Paul Biya dans son adresse à la nation du 31 décembre 2025 – « Les travaux de réhabilitation et d’expansion des réseaux de distribution d’eau potable vont s’intensifier afin de répondre aux besoins » –, il a érigé l’exemple camerounais en référence continentale. « Ces propos traduisent une vision de long terme et une constance d’investissement public qui mérite d’être saluée et érigée en référence sur l’ensemble du continent », a-t-il ajouté, sous les applaudissements nourris de la salle.

« Près de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable de qualité »

Lorsque Gaston Eloundou Essomba s’est levé pour prononcer le discours d’ouverture officiel, un silence respectueux a envahi la salle. Le ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, porteur de la parole gouvernementale, allait donner le ton politique de cette édition 2026. Et dès les premiers mots, il a choisi la lucidité. « Force est de constater que malgré les efforts inlassables des gouvernements africains pour améliorer le taux d’accès à l’eau et à l’assainissement, près de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable de qualité et environ 800 millions vivent aujourd’hui sans assainissement adéquat ». Le diagnostic était posé, sans fard, sans complaisance.

Mais le ministre n’en est pas resté au constat. Reprenant le thème du congrès – « Eau et assainissement pour tous : des actions fortes pour l’Afrique » –, il en a fait le fil rouge de son intervention, insistant sur la nécessité de passer des engagements aux réalisations. « L’eau ne constitue pas une simple dépense sociale, mais un investissement stratégique, porteur de stabilité, de croissance et de résilience », a-t-il martelé, reprenant presque mot pour mot les termes employés par Blaise Moussa quelques minutes plus tôt. Cette convergence de discours entre opérateur et décideur politique illustrait la cohérence du message camerounais : l’eau est un levier de développement, pas une charge budgétaire.

Eloundou Essomba a également profité de cette tribune pour rappeler l’engagement du Cameroun dans l’atteinte de l’Objectif de développement durable n°6. « À travers la Stratégie nationale de développement 2020-2030, baptisée SND30, le Cameroun s’est résolument engagé à atteindre les objectifs de développement durable, en particulier l’ODD6, en accélérant la réalisation des infrastructures hydrauliques, la professionnalisation des services d’assainissement ainsi que la gouvernance multisectorielle et décentralisée de l’eau ». Un engagement qui trouve sa traduction concrète dans l’accueil de ce congrès, perçu par Yaoundé non comme un simple événement protocolaire, mais comme « une opportunité d’échange et de partage d’expérience » et « un cadre de dialogue stratégique avec ses partenaires africains et internationaux ».

Le ministre a également insisté sur la dimension prospective du congrès. « Les décisions que nous prenons aujourd’hui engagent notre responsabilité collective envers les générations futures, a-t-il rappelé. Garantir l’accès à l’eau et à l’assainissement, préserver les ressources, adapter nos systèmes au changement climatique, c’est préparer un avenir plus sûr, un avenir plus juste et plus prospère pour nos enfants ». Une vision de long terme qui a trouvé un écho favorable dans une salle où se côtoyaient jeunes professionnels et vétérans du secteur, tous conscients que l’eau constitue désormais un enjeu de souveraineté et de stabilité pour le continent.

« L’Afrique a un besoin urgent de changement d’échelle et d’accélération des investissements »

C’est au représentant de la Banque africaine de développement, Michera Chirwa, que revenait la lourde tâche de traduire ces ambitions politiques en perspectives financières concrètes. Parlant au nom de Sidi Ould Tah, président du Groupe de la BAD, il a d’emblée rappelé la gravité de la situation. « L’Afrique demeure considérablement en retard dans l’atteinte de l’Objectif de développement durable n°6, relatif à l’eau et à l’assainissement, à l’horizon 2030 », a-t-il déclaré, sans détour. Mais loin de s’en tenir à ce constat alarmiste, le représentant de la BAD a enchaîné sur une série d’annonces destinées à mobiliser les énergies et les financements.

L’année 2026, a-t-il rappelé, a été désignée par l’Union africaine comme « l’Année de l’eau ». Cette décision politique majeure s’accompagne du lancement d’une nouvelle Vision africaine de l’eau à l’horizon 2063, « un cadre ambitieux et prospectif, fondé sur l’accès universel à l’eau et à l’assainissement, ainsi que sur un système durable de soutien aux opérateurs de services ». Pour traduire cette vision en projets concrets, un événement spécifique consacré au financement de la Vision 2063 se tiendra en mai prochain à Brazzaville, en marge des Assemblées annuelles du Groupe de la BAD.

Mais l’ambition ne s’arrête pas aux frontières africaines. Chirwa a également annoncé le lancement de « Mission Eau » (Mission Water), une initiative portée par dix grandes institutions internationales de développement, dont la BAD. « À travers cette plateforme, notre ambition est de permettre l’accès à l’eau à un milliard de personnes à l’échelle mondiale », a-t-il précisé, soulignant que l’Afrique, avec ses 411 millions de personnes sans eau potable, constituera naturellement une priorité géographique de cette initiative.

Ces annonces s’inscrivent dans la nouvelle stratégie de développement du Groupe de la BAD pour la période 2027-2033, structurée autour de quatre priorités : accroître la mobilisation des financements, réformer l’architecture financière de l’Afrique, tirer parti du dividende démographique du continent et construire des infrastructures résilientes à l’échelle africaine. « L’eau est au cœur de ces quatre priorités », a insisté le représentant de la BAD, signalant ainsi que le secteur ne serait plus traité comme un parent pauvre du développement, mais comme un levier stratégique de transformation économique et sociale.

Cette intervention, technique mais résolument optimiste, a permis de rassurer une salle qui attendait des signaux concrets sur la mobilisation financière. Car si les discours politiques fixent le cap, ce sont bien les mécanismes de financement qui détermineront, in fine, la capacité du continent à rattraper son retard.

Le ruban coupé, les stands s’ouvrent : l’innovation africaine dévoilée

Après près de deux heures de discours et d’allocutions, le moment était venu de passer à l’acte symbolique marquant officiellement le démarrage du congrès. Sous les flashs des photographes et les caméras de télévision, Gaston Eloundou Essomba, entouré des membres de la tribune d’honneur, s’est avancé vers le ruban tricolore tendu à l’entrée de l’espace d’exposition. D’un geste solennel, le ministre a coupé le ruban, déclenchant une salve d’applaudissements et ouvrant officiellement les portes du 23ème Congrès international de l’AAEA.

La délégation officielle s’est alors dirigée vers les stands d’exposition, déployés dans l’ensemble du Palais des Congrès. Entreprises locales et multinationales, start-ups innovantes et opérateurs historiques, institutions financières et bureaux d’études : tous avaient mobilisé leurs meilleurs atouts pour séduire les décideurs et convaincre les investisseurs. Le Village de l’innovation, pièce maîtresse de cette exposition, présentait des technologies low-cost de traitement de l’eau, des solutions de télégestion des réseaux, des systèmes de dessalement solaire et des applications mobiles de gestion clientèle adaptées aux réalités africaines.

À chaque stand, les échanges étaient nourris. Les ministres posaient des questions techniques, les directeurs généraux négociaient des partenariats, les chercheurs prenaient des notes. L’atmosphère était celle d’un laboratoire à ciel ouvert, où l’innovation rencontrait l’opérationnel, où la recherche croisait la politique publique. Dans les travées, on sentait une effervescence particulière, celle d’un secteur longtemps négligé qui retrouvait enfin une place centrale dans l’agenda continental.

La cérémonie s’est achevée par la remise de cadeaux symboliques aux personnalités présentes, marquant la reconnaissance du pays hôte envers ses invités de marque. Puis, progressivement, la foule s’est dispersée vers les différentes salles de conférence, où allaient débuter les sessions techniques, les ateliers et les forums thématiques. Le 23ème Congrès de l’AAEA était officiellement lancé. Yaoundé, pour cinq jours, devenait la capitale africaine de l’eau.

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