En portant publiquement la candidature de Gianni Infantino sur les antennes de CNN, le président de la FECAFOOT a provoqué un violent séisme politique à Yaoundé. Privé du parrainage de sa propre fédération malgré ses démarches officielles, le Dr Jean Crépin Soter Nyamsi — lui aussi candidat déclaré à la tête de la FIFA — dénonce un déni de soutien moral et ravive le souvenir de son alliance avortée avec la légende du football en 2021.
L’échiquier du football mondial offre parfois des paradoxes brutaux. Le 25 août 2026, la publication d’un communiqué officiel signé du Dr Jean Crépin Soter Nyamsi est venue percuter de plein fouet la diplomatie sportive déployée par la Fédération camerounaise de football. Alors que Samuel Eto’o a érigé Gianni Infantino en réformateur incontournable de la discipline, un autre citoyen camerounais revendique légitimement son droit à briguer le trône de la FIFA lors du congrès électif de mars 2027 à Rabat.
La colère du Dr Nyamsi repose sur un calendrier administratif précis. Le 28 mai 2026, son équipe déposait formellement contre décharge, au siège de la FECAFOOT à Tsinga ainsi qu’auprès du ministère des Sports et de la Présidence de la République, une demande de parrainage officiel pour son projet intitulé « FIFA RÉVOLUTION ». La démarche se voulait patriotique et méthodique : obtenir l’aval de son pays d’origine pour valider le premier des cinq parrainages fédéraux exigés par les statuts de la FIFA.
La réponse de la FECAFOOT n’est jamais venue par les canaux officiels, mais par écran de télévision interposé. En découvrant Samuel Eto’o sceller l’appui du football camerounais et africain au président sortant italo-suisse, Jean Crépin Soter Nyamsi a mesuré l’ampleur de la fin de non-recevoir opposée à sa démarche. Une posture passive que le candidat interprète comme un refus de soutenir l’émergence d’une expertise nationale au sommet du sport roi.
Le spectre de 2021 : l’ombre d’une dette politique non honorée
Pour saisir la nervosité qui entoure cette passe d’armes, il faut rembobiner le film de la politique sportive camerounaise jusqu’en décembre 2021. À l’époque, la bataille pour le fauteuil de président de la FECAFOOT fait rage. Face aux appareils en place, Jean Crépin Soter Nyamsi fait le choix stratégique de retirer sa propre candidature pour faire bloc derrière Samuel Eto’o, apportant sa pierre à la victoire de l’ancien capitaine des Lions Indomptables.
Cinq ans plus tard, le sentiment d’amertume est palpable. Dans l’entourage du Dr Nyamsi, on estime que le renvoi d’ascenseur moral et institutionnel aurait dû s’imposer naturellement au nom de la solidarité nationale et du passé commun. Voir la fédération nationale snober un dossier camerounais pour s’aligner immédiatement sur une candidature européenne est vécu comme un arbitrage au détriment des acteurs locaux.
Du côté des partisans de Samuel Eto’o, la grille de lecture est strictement géopolitique. À Warda, on rappelle que la gouvernance du football moderne ne s’embarrasse pas de sentimentalismes régionaux : Samuel Eto’o agit en cadre de la Confédération Africaine de Football (CAF), dont le Comité exécutif a choisi de faire bloc derrière Infantino pour sécuriser les acquis du continent (Coupe du monde à 48, hausse des dotations et des programmes de développement). Dans cette optique, appuyer une candidature camerounaise dissidente face au géant Infantino relevait, selon l’exécutif de la FECAFOOT, du suicide diplomatique.
Cinq parrainages à conquérir
L’absence du sceau de la FECAFOOT constitue un revers symbolique indéniable, mais elle ne scelle pas pour autant le sort juridique de la candidature du Dr Nyamsi. Les textes réglementaires de la FIFA sont clairs : chaque prétendant doit réunir le soutien écrit d’au moins cinq associations membres affiliées pour que son dossier soit validé par la commission de contrôle de l’instance internationale.
Le candidat camerounais a d’ores et déjà annoncé son intention de passer outre le refus de sa fédération d’origine. Son équipe de campagne accentue ses démarches auprès d’autres fédérations africaines, caribéennes et asiatiques pour engranger les signatures requises. Nyamsi entend faire de son projet « FIFA RÉVOLUTION » une tribune pour la transparence, le développement des infrastructures de base et la revalorisation de l’assistance financière aux nations émergentes.
Cet épisode expose crûment la fracture au sein du football camerounais. Entre d’un côté un Samuel Eto’o pleinement intégré aux jeux d’alliances des hautes sphères de Zurich et de la CAF, et de l’autre un Dr Nyamsi qui tente de forcer les portes du système par une posture de rupture, la route vers mars 2027 s’annonce électrique. Le débat est désormais posé : la FECAFOOT devait-elle primer le patriotisme de clocher ou la stratégie de bloc international ?

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