Acceuil Sport Afrique| De 2 à 4 ans pour la CAN : la deuxième mort de Issa HAYATOU
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Afrique| De 2 à 4 ans pour la CAN : la deuxième mort de Issa HAYATOU

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Décédé le 8 août 2024, Issa HAYATOU, l’homme qui a façonné le football africain moderne et fait de la CAN bisannuelle une véritable fête continentale, a été frappé une seconde fois. À la veille du coup d’envoi de la CAN Total Énergies 2025 au Maroc, la Confédération africaine de football annonce que la compétition phare du continent ne se jouera désormais plus tous les deux ans, mais tous les quatre dès 2028. Une décision qui marque non seulement un alignement sur les intérêts de la FIFA et des clubs européens, mais qui efface une partie de l’héritage d’HAYATOU et bouleverse tout le football africain.

Infantino propose, Motsepe cède

L’idée d’une CAN tous les quatre ans n’est pas nouvelle. Dès 2021, Gianni Infantino, président de la FIFA, avait lancé devant les fédérations africaines : « Je propose d’organiser la CAN tous les quatre ans, afin de la rendre plus viable commercialement et plus attrayante sur le plan mondial ». Infantino n’avait pas manqué d’arguments financiers : « La CAN génère vingt fois moins de revenus que l’Euro. Est-ce bien, au niveau commercial, qu’elle ait lieu tous les deux ans ? Cela a-t-il développé les infrastructures ? Réfléchissez à la possibilité de l’organiser tous les quatre ans ». L’Italo-suisse faisait ainsi valoir que la compétition, en rythme bisannuel, ne répondait pas aux standards mondiaux, et qu’un passage au quadriennal renforcerait sa valeur commerciale.

À l’époque, Patrice Motsepe, président de la CAF, avait rappelé son attachement au calendrier en vigueur, refusant de céder à l’urgence des arguments internationaux. Mais en 2025, à Rabat, le Sud-Africain a finalement annoncé que la CAN 2028 se jouerait tous les quatre ans. L’édition 2027, programmée au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, restera bisannuelle pour clore cette transition.

Motsepe a accompagné ce changement de l’annonce d’une nouvelle compétition, la Ligue des Nations africaine, inspirée du modèle européen et prévue à partir de 2029. Cette création doit, selon lui, compenser l’espacement de la CAN, mais dans les faits, elle reste à l’étude et ne constitue donc pas une réelle compensation pour le football africain.

Le combat perpétuel d’Issa HAYATOU pour la CAN bisannuelle

Depuis sa création en 1957, la Coupe d’Afrique des Nations s’est imposée comme la vitrine et le cœur battant du football africain. Tous les deux ans, cette compétition ne célébrait pas seulement le talent des joueurs et la passion des supporters : elle consolidait l’économie du football africain, permettait aux pays hôtes de développer leurs infrastructures et renforçait la visibilité du continent sur la scène mondiale.

Issa HAYATOU, qui a dirigé la CAF de 1988 à 2017, a incarné cette vision. Son combat pour maintenir la CAN bisannuelle n’était pas une simple question de calendrier, mais une stratégie politique, culturelle et économique. HAYATOU avait compris que la périodicité bisannuelle constituait le socle de l’autonomie africaine dans le football. La CAN tous les deux ans, c’était une fête continentale, une manifestation où le football devenait instrument de rassemblement pour les jeunes Africains et vitrine du continent pour le monde.

Sous sa direction, la CAF a multiplié les droits de retransmission, les recettes et les partenariats commerciaux. Loin d’être un événement marginal, la CAN bisannuelle devenait ainsi une source de rentabilité et de prestige, démontrant que l’Afrique pouvait gérer ses propres compétitions sans se plier aux injonctions extérieures. HAYATOU avait également fait de la CAN un vecteur de développement pour les pays hôtes : stades modernisés, infrastructures sportives améliorées, hôtels et centres logistiques renforcés. Chaque édition devenait une opportunité pour les nations de se projeter sur la scène internationale.

Mais au-delà de l’économie et des infrastructures, le combat de HAYATOU portait sur la souveraineté et l’identité du football africain. Quand Gianni Infantino et la FIFA ont commencé à proposer un rythme quadriennal, HAYATOU s’y est opposé, fermement. Il savait que céder reviendrait à effacer la spécificité africaine, à aligner le continent sur un modèle européen, où les conditions logistiques et la densité des clubs professionnels rendaient le calendrier quadriennal viable. En Afrique, avec des joueurs dispersés dans le monde entier – en Europe, aux États-Unis ou dans des championnats moins connus – la CAN bisannuelle garantissait une régularité et une visibilité que rien d’autre ne pouvait offrir.

Martin Camus Mimb résume la situation avec acuité : « Passer à quatre ans, c’est répondre aux intérêts du football international, des clubs européens et de la FIFA, pas à ceux du football africain. La CAN tous les quatre ans, c’est la mort de la compétition, que l’on ne mesure jamais directement ». 

La bataille de HAYATOU n’a jamais été facile. Chaque négociation avec la FIFA, chaque pression des clubs européens, chaque suggestion de réforme impliquait un bras de fer permanent. HAYATOU comprenait que l’enjeu dépassait le simple football : il s’agissait de préserver la voix de l’Afrique, de protéger ses joueurs et de maintenir l’événement le plus rassembleur du continent. Pour lui, la CAN bisannuelle n’était pas négociable : elle incarnait l’histoire, la mémoire et l’avenir du football africain.

Aujourd’hui, ce rythme est brisé. La décision de Patrice Motsepe de céder aux arguments de la FIFA et des clubs européens marque, pour beaucoup, la deuxième mort symbolique de HAYATOU, qui avait déjà été marginalisé dans la prise de décision au moment de son départ de la CAF en 2017. Joseph Antoine Bell illustre ce sentiment d’abandon : « C’est comme si on vous disait que pour ceux qui vont à la messe tous les dimanches, désormais la messe sera une fois par mois. Ce n’est pas une nouvelle réjouissante », a t’il déclaré au micro de Afrik-Inform à Rabat.

Dans cette perspective, chaque décision prise par la CAF sous la pression extérieure apparaît non seulement comme une soumission, mais aussi comme une trahison de l’héritage de HAYATOU. Le calendrier quadriennal impose une rareté artificielle, réduit la visibilité des joueurs et limite la dynamique économique et culturelle qui faisait la puissance du tournoi. La CAN perd ainsi sa dimension rassembleuse et festive, cette dimension qui avait permis au football africain de se distinguer sur le plan mondial.

La Ligue des Nations africaines : un substitut illusoire ?

Parallèlement à l’annonce du passage de la CAN tous les quatre ans, la CAF a également présenté un nouveau projet : la création d’une Ligue des Nations africaines, inspirée du modèle européen de l’UEFA. Prévue pour démarrer en 2029, cette compétition annuelle promet « plus de prize-money, plus de ressources, plus de compétitions », selon Patrice Motsepe. Dans son plan, la Ligue des Nations est pensée comme une compensation à la disparition du rythme bisannuel de la CAN, censée maintenir la compétitivité des équipes africaines et offrir une nouvelle vitrine pour les joueurs.

Mais pour de nombreux observateurs africains, cette annonce ressemble davantage à un bluff qu’à une véritable alternative. Le journaliste  Martin Camus Mimb souligne les limites pratiques et stratégiques de cette Ligue des Nations dans le contexte africain. Il rappelle que « vos internationaux seront dans leurs clubs, ils ne viendront pas forcément, parce que les clubs s’opposeront à leur départ ». Selon lui, cette contrainte pourrait sérieusement « réduire l’efficacité de la compétition » . 

Il ajoute que la situation en Afrique est très différente de celle de l’Europe : « La Ligue des Nations dans le contexte africain n’a pas la même efficacité qu’en Europe. Là-bas, les déplacements sont courts, la plupart des joueurs évoluent sur le même continent ».

Pour les équipes africaines, en revanche, la logistique est beaucoup plus complexe. Mimb note que « vos joueurs parcourent souvent douze, treize, quatorze heures de vol pour rejoindre les sélections », soulignant l’ampleur de la fatigue, des coûts et des complications organisationnelles que cela implique. Il conclut que ces contraintes risquent de transformer la compétition en un véritable casse-tête : loin de constituer une solution viable, la Ligue des Nations pourrait s’avérer moins utile qu’on ne le prétend, et ne pas répondre aux objectifs qu’on lui attribue.

Joseph Antoine Bell, quant à lui, insiste sur le caractère prématuré de cette initiative. Il explique que « la Ligue des Nations était à l’étude au moment où on annonçait le passage de la CAN à quatre ans ». Pour lui, cela démontre que la CAF ne propose pas une compensation effective, car la compétition n’est pas encore prête à fonctionner. Il ajoute : « Pour que ce soit une compensation, il aurait fallu que la compétition soit prête et opérationnelle. Ici, on retire quelque chose et on promet un projet encore en développement. Ce n’est pas une compensation ». Ainsi, derrière l’annonce de la Ligue des Nations se cache un projet dont l’efficacité et la pertinence restent incertaines, incapable de remplacer le rôle rassembleur et économique de la CAN bisannuelle, qui constitue toujours le cœur du football africain.

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