Le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice de la Confédération des États du Sahel, a publié un communiqué solennel en réaction aux attaques coordonnées qui venaient de frapper le Mali. Un texte court, dense, politique qui dit autant sur la solidarité entre les trois pays du Sahel que sur leur lecture commune de ce qui se passe dans leur région.
Le communiqué ouvre sur un constat qui pose d’emblée le cadre interprétatif choisi par l’AES : « La Confédération des États du Sahel, dans la poursuite de sa lutte pour sa souveraineté, a été la cible d’agressions terroristes dans la matinée du 25 avril 2026, visant plusieurs sites sur le sol malien ». Le choix des mots est délibéré. Ce ne sont pas seulement les forces maliennes qui ont été attaquées mais la Confédération elle-même, dans sa globalité, dans sa dynamique souverainiste. Une attaque contre le Mali est une attaque contre l’AES.
Le texte souligne ensuite la nature planifiée de l’offensive, « la coordination des attaques, les cibles visées, les effectifs ayant participé à la forfaiture, ainsi que la logistique et les armes utilisées » démontrant selon la Confédération qu’il s’agit d’« actions planifiées et coordonnées de longue date ». Une formulation qui pointe vers une organisation structurée, pas vers des actions opportunistes et qui prépare le terrain pour la suite du raisonnement politique du communiqué.
Ce que l’AES fait ici, c’est construire un récit cohérent autour des événements du 25 avril. Ces attaques ne sont pas le produit spontané de groupes jihadistes qui auraient profité d’une fenêtre d’opportunité. Elles sont, selon la Confédération, l’expression d’un « complot monstrueux soutenu par des ennemis de la lutte de libération du Sahel engagée à travers la dynamique confédérale de l’AES». Un complot, le mot est fort, il implique des commanditaires, des financeurs, des cerveaux extérieurs à la région.
Ce cadrage politique n’est pas anodin. Il dit que pour les trois États membres de l’AES, la lutte contre le terrorisme au Sahel n’est pas seulement une guerre sécuritaire, c’est une guerre pour la souveraineté, menée contre des forces qui veulent empêcher leur émancipation. Une vision du monde binaire, qui oppose les peuples du Sahel à leurs ennemis intérieurs et extérieurs et qui justifie l’unité des trois pays comme une nécessité existentielle.
Après le diagnostic, la Confédération rend hommage. Et cet hommage est au cœur du message politique du communiqué. « Le dessein macabre et les velléités de déstabilisation de ces bourreaux de la paix et de la concorde au Sahel ont été mis en échec grâce à une riposte professionnelle, courageuse et déterminée des forces armées maliennes », écrit Ibrahim Traoré. Trois adjectifs — professionnelle, courageuse, déterminée — qui construisent l’image d’une armée qui a tenu, qui n’a pas plié, qui a repoussé l’ennemi.
Cet hommage aux FAMa est plus qu’une politesse diplomatique. Il s’inscrit dans une logique de légitimation mutuelle que les trois États de l’AES cultivent depuis leur rapprochement. En saluant la « riposte professionnelle » des forces maliennes, le président du Burkina-Faso envoie un message à plusieurs destinataires simultanément : aux soldats maliens eux-mêmes, à l’opinion publique des trois pays, et aux partenaires internationaux qui observent. Ce message dit : nous sommes capables, nous sommes debout, nous n’avons pas besoin de tuteurs extérieurs pour nous défendre.
Le communiqué exprime ensuite « la solidarité totale, inconditionnelle et fraternelle » de la Confédération envers le peuple malien, le gouvernement de la Transition et les Forces Armées Maliennes. La formule est triple — totale, inconditionnelle, fraternelle — et cette accumulation n’est pas rhétorique. Elle dit l’engagement sans réserve de l’AES dans ce moment de crise. Pas de nuances, pas de conditions, pas de mise en garde diplomatique. Une solidarité pleine et entière.
L’hommage à ceux qui sont tombés est sobre mais présent. La Confédération adresse ses « condoléances les plus attristées aux familles des martyrs », le mot martyrs, choisi avec soin, élève les morts au rang de ceux qui ont donné leur vie pour une cause. Une catégorie qui inclut implicitement le général Sadio Camara, même s’il n’est pas nommé dans le texte.
La Confédération conclut ce volet de l’hommage en rendant « un vibrant hommage pour le courage extraordinaire avec lequel ils ont repoussé cette agression barbare en mettant hors d’état de nuire ces individus d’une autre époque, à la solde d’acteurs animés d’une volonté manifeste de briser sa vision souverainiste ». La formule « individus d’une autre époque » dit le mépris — mais aussi une certaine vision de l’histoire : les assaillants appartiennent à un temps révolu, celui de la domination et de la manipulation. L’AES, elle, appartient à l’avenir et au présent.
Ce communiqué est un texte de solidarité et de condoléances — humain, fraternel, conforme aux usages diplomatiques. Mais c’est aussi un document politique qui réaffirme la cohérence idéologique de l’AES face à l’épreuve et qui dit que les attaques du 25 avril, loin d’ébranler le projet confédéral, l’ont au contraire renforcé dans sa conviction que la lutte doit continuer.

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