Cameroun| « Un bond considérable vers la modernisation » : comment le Professeur Essomba a ressuscité le laboratoire d’anatomopathologie de l’Hôpital Général de Yaoundé 

Blouses blanches, carnets et regards attentifs : la salle de conférence de l’Hôpital Général de Yaoundé a vécu, ce mardi 9 juin, au rythme d’une masterclass scientifique sur l’anatomopathologie. Médecins, chirurgiens, cliniciens et majors de service réunis autour d’un même constat : un service longtemps sous-estimé, aujourd’hui en pleine renaissance sous l’impulsion du nouveau top management.

Le service d’anatomopathologie de l’Hôpital Général de Yaoundé a été créé par décret présidentiel en 1987, à l’ouverture même de l’institution. Trente-neuf ans d’existence, et pourtant, pendant la majeure partie de cette histoire, ce service a fonctionné dans des conditions que le Dr Menzy Carole, chef du service, ne cherche pas à embellir : un seul médecin anatomopathologiste, un seul technicien, pas d’automate, une technique entièrement manuelle avec un matériel archaïque. La modernisation, quand elle a pointé le bout du nez, a tardé à produire ses effets. En 2009, soit 22 ans après la création du service, quelques équipements ont été acquis — un microtome manuel, un automate de déshydratation, un cryostat. Mais ces appareils, censés transformer le quotidien du laboratoire, n’ont jamais fonctionné de manière optimale. Pannes régulières, réactifs indisponibles, cryostat défectueux qui n’a jamais pu être utilisé. Tous sont aujourd’hui obsolètes.

Ce tableau, le Dr Menzy le dresse sans amertume mais avec une franchise qui dit l’ampleur du retard accumulé. Le laboratoire s’est retrouvé face à l’émergence de nouvelles méthodes diagnostiques — biologie moléculaire, intelligence artificielle — sans les outils pour les mettre en œuvre. Pour une formation sanitaire qui se réclame de l’excellence et qui occupe une position de référence nationale, cette situation est devenue intenable. « C’est un défi majeur pour notre institution actuellement », a-t-elle dit devant la salle.

Le tournant est venu avec l’arrivée du nouveau top management, incarné par le Professeur Emmanuel Noël Essomba à la direction générale. Depuis lors, le Dr Menzy ne parle plus de pénurie mais d’équipements de pointe. Un automate de déshydratation flambant neuf permet désormais de gagner du temps dans la technique, d’augmenter le volume de pièces traitées et d’améliorer la qualité des lames produites. Un microtome semi-automatique réalise des coupes d’une finesse et d’une précision inédites, particulièrement utile en pathologie rénale. Un cryostat — cette fois opérationnel — permet des coupes en congélation et des diagnostics en quinze minutes. Un microscope équipé d’une caméra ouvre la voie aux lectures collégiales, aux échanges de photos entre pathologistes et à une appréciation plus fine des images agrandies.

L’effectif a suivi la même courbe ascendante. De l’unique médecin des origines, le service est passé à quatre anatomopathologistes — toutes des femmes, comme le Dr Menzy l’a relevé avec un sourire, en précisant que des candidatures masculines seraient les bienvenues. Deux techniciens et une secrétaire complètent l’équipe. Un dispositif qui, selon la chef de service, est désormais adéquat pour assurer la qualité des lames et la sécurité au laboratoire. « Fort de cet accompagnement indéfectible et constant, nous pouvons effectuer des projections vers l’avenir, l’objectif étant de faire de notre laboratoire une référence sur le plan national et international », a déclaré le Dr Menzy devant ses confrères.

La masterclass du 9 juin n’était donc pas un simple exercice académique. Elle était la vitrine publique d’un service qui reprend confiance en lui-même et qui veut faire connaître, à ses propres collègues de l’hôpital, l’étendue de ce qu’il peut désormais offrir. Le Professeur Alain Patrick Menanga, directeur de la recherche médicale et représentant du Directeur Général, l’a dit en ouvrant la session : « C’est une très belle initiative que prend ce service. Nous allons voir comment nous pouvons avoir des résultats fiables, depuis le dépôt de la pièce jusqu’au résultat ».

L’anatomopathologie, pilier silencieux du diagnostic médical

Pendant que les chirurgiens opèrent et que les cliniciens prescrivent, il existe dans tout hôpital un maillon discret mais déterminant : le laboratoire d’anatomopathologie. C’est lui qui dit, en dernière instance, ce qu’est une tumeur, si une lésion est bénigne ou maligne, si les marges d’une résection chirurgicale sont saines ou envahies. C’est lui qui tranche lorsque l’imagerie hésite et que la clinique ne suffit plus. Pourtant, ce service reste l’un des moins bien compris de l’hôpital, y compris par les professionnels de santé qui en sont les premiers utilisateurs.

La masterclass du Dr Ata Abeng Catherine Arlette, médecin pathologiste, a eu précisément pour ambition de corriger cette méconnaissance. Son propos s’est construit autour d’une conviction simple : la qualité d’un diagnostic en anatomopathologie dépend autant du clinicien qui envoie le prélèvement que du pathologiste qui l’analyse. « Le pathologiste n’est pas un dieu omniscient. Le pathologiste n’est pas un magicien à côté de son microscope. On ne fait pas la sorcellerie. On ne peut pas deviner ce que le clinicien veut s’il ne nous parle pas », a-t-elle affirmé, sous les rires complices d’une salle qui reconnaissait là des situations vécues.

La discipline repose sur deux grands types d’examens. La cytopathologie étudie les cellules isolées ou en amas — frottis cervico-vaginal, cytoponction, grattage — dans une approche rapide, peu invasive, souvent utilisée pour le dépistage et le suivi. L’histopathologie, elle, étudie les tissus dans leur architecture complète, visualisant les relations cellulaires, les structures glandulaires, musculaires et conjonctives. Ce sont les biopsies, les pièces opératoires, les nécropsies qui alimentent ce second volet. À ces deux activités s’ajoute l’autopsie médicale ou scientifique, troisième mission du service.

Le cycle d’un examen au laboratoire comporte trois phases dont l’importance est inégalement répartie. La phase pré-analytique — tout ce qui se passe depuis le prélèvement chez le patient jusqu’à son arrivée au laboratoire — concentre 70 % des erreurs possibles. C’est là que se jouent le conditionnement, le transport, la réception et surtout la vérification des informations cliniques. La phase analytique, cœur du travail technique et diagnostique, génère 25 % des erreurs. La phase post-analytique, validation et archivage des résultats, n’en représente que 5 %. Ces chiffres ont une implication directe : améliorer la qualité diagnostique passe d’abord et avant tout par améliorer ce qui se fait avant même que le prélèvement n’entre dans le laboratoire.

Le bulletin d’examen est au cœur de cette phase critique. C’est le seul lien entre le clinicien qui a le patient en face de lui et le pathologiste qui ne verra jamais ce patient. Un bulletin mal rempli — sans site précis du prélèvement, sans hypothèse diagnostique, sans antécédents — expose à des erreurs d’identification, des diagnostics erronés, des retards thérapeutiques et des conséquences médico-légales. Le Dr Ata Abeng a illustré ce risque avec un cas clinique saisissant : une biopsie gastrique dont les renseignements initiaux avaient conduit à un diagnostic de carcinome à cellules indépendantes, qui s’est révélé, après transmission tardive des antécédents, être une localisation secondaire d’un carcinome mammaire. Un diagnostic radicalement différent, une prise en charge entièrement redessinée — pour un même prélèvement, analysé dans le même laboratoire.

Des perspectives concrètes qui transforment le service dès maintenant

Au-delà du bilan, la masterclass du Dr Menzy a surtout été une annonce. Plusieurs perspectives à court terme ont été présentées avec des engagements chiffrés qui n’ont pas manqué de retenir l’attention des praticiens présents. Le délai de rendu des résultats pour la technique standard passe de trois semaines à deux semaines — une réduction d’un tiers que le Dr Menzy a qualifiée d’annonce solennelle. Des réserves s’appliquent pour les prélèvements contenant du tissu osseux, qui nécessitent une décalcification préalable, et pour les colorations spéciales dont le délai peut être légèrement allongé.

La baisse des coûts constitue la deuxième annonce forte. Sous l’impulsion de la direction générale, un forfait pré-opératoire a été mis en place pour les prélèvements des patients opérés, avec une tarification à la source intégrant chirurgie, anesthésie et anatomopathologie. Les réductions sont substantielles : 57 % sur les pièces opératoires avec curage axillaire, 36 % sur les grosses pièces opératoires, 14 % sur les pièces moyennes. Les petites biopsies, quant à elles, deviennent moins chères que le forfait pré-opératoire lui-même. Une mesure qui lève un obstacle financier qui retardait parfois l’envoi de pièces au laboratoire.

L’immunohistochimie, technique indispensable pour les diagnostics oncologiques précis, fait son entrée dans l’offre du service via un partenariat avec un laboratoire privé. Dans l’attente de l’acquisition des automates propres au service — un projet validé par la direction générale, selon le Dr Menzy — les prélèvements seront sous-traités. Cette avancée exige cependant une collaboration renforcée des médecins prescripteurs : renseigner correctement les demandes, acheminer rapidement les prélèvements, ne pas les remettre aux patients.

L’examen extemporané, rendu possible par le nouveau cryostat, représente peut-être la révolution la plus immédiate pour les chirurgiens de l’hôpital. En quinze à vingt minutes, une pièce prélevée sur table d’opération peut être congelée, coupée, colorée et lue. Le chirurgien sait alors, sans attendre, si une lésion est bénigne ou maligne, si ses marges de résection sont saines ou envahies, si une masse découverte de façon fortuite en cours d’opération justifie un geste plus radical. Pour la chirurgie du sein en particulier, l’analyse du ganglion sentinelle grâce à cette technique peut éviter un curage axillaire systématique — un geste lourd dont les conséquences, notamment le lymphœdème du bras, affectent durablement la qualité de vie des patientes.

À moyen terme, le service vise l’acquisition de ses propres équipements d’immunohistochimie. À long terme, le Dr Menzy a évoqué le développement de la biologie moléculaire — hybridations in situ, PCR, séquençage de nouvelle génération — et l’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’analyse diagnostique. Des perspectives qui auraient semblé irréalistes il y a dix ans dans ce même laboratoire. Aujourd’hui, avec l’accompagnement de la direction générale, elles ressemblent moins à un rêve qu’à une feuille de route.

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