Le vrombissement d’un hélicoptère dans la cour de l’HGY ce 21 avril n’était pas le signe d’un drame, mais celui d’une révolution. Entre formation de pointe et ambition présidentielle, immersion dans les coulisses d’un projet qui va changer la donne de la médecine d’urgence au Cameroun… Reportage sur une mutation historique où la technologie se met au service de la vie.
Il n’est pas courant de voir un hélicoptère stationné dans la cour d’un hôpital camerounais. Ce mardi matin, l’appareil appartenant à l’ONG américaine SIL International a pourtant occupé l’héliport de l’HGY avec une familiarité qui a surpris plus d’un. Badauds, riverains et familles de patients se sont massés pour observer la scène, téléphones levés, incrédules. Ce moment d’étonnement collectif était précisément ce que la direction générale de l’Hôpital Général souhaitait provoquer. Car derrière cette image inédite se cache une ambition résolue : faire de cet établissement de première catégorie un centre d’urgence héliporté pleinement opérationnel, capable de recevoir et de transférer des patients par voie aérienne dans les meilleures conditions de sécurité et d’efficacité médicale.
Stéphane Gauthier, responsable des urgences chirurgicales et spécialités, n’a pas caché son émotion face au spectacle : «C’est impressionnant de voir une telle chose à l’Hôpital Général de Yaoundé. Avoir un hélicoptère au sein de l’hôpital, c’est quelque chose d’époustouflant, d’incroyable, qui a vraiment étonné les uns et les autres». Il a ajouté, avec une conviction qui dit l’état d’esprit de l’institution : «Nous sommes déjà en chemin pour le modernisme ».
Former avant d’acquérir : la méthode
L’Hôpital Général de Yaoundé dispose déjà d’un héliport. Ce détail, souvent ignoré du grand public, dit que l’infrastructure existe depuis un moment. Ce qui manquait jusqu’à ce mardi, c’était la formation du personnel pour l’utiliser dans des conditions optimales. La direction générale a choisi de corriger cela avant même l’acquisition de l’hélicoptère médicalisé — un choix méthodologique que Frédéric Moutome, directeur de la communication de l’HGY, explique avec clarté.
«On va avoir un outil. Il va falloir également avoir les hommes qui utilisent cet outil et qui savent comment procéder lorsqu’on l’a», dit-il. «C’est la raison pour laquelle la direction générale a mis en place, à travers la formation, une session pour capaciter le personnel médical et infirmier sur l’utilisation d’un hélicoptère, notamment pour la réception des malades héliportés». Cette logique — former les hommes avant de déployer la machine — est celle des institutions qui construisent dans la durée plutôt que dans l’urgence de l’effet d’annonce.
Le directeur de la formation et de la coopération, Handy Eone Daniel, a ouvert la session en posant le cadre : «L’objectif de cette formation est l’accueil d’un patient héliporté ou le transfert d’un patient par le moyen de transport héliporté. Le transport héliporté n’est pas comme un transport par ambulance. Il y a des règles de sécurité — pour le patient, pour les accompagnants, et même pour le personnel aux environs ». Il a précisé que cette première session avait vocation à s’inscrire dans un cycle : «Nous espérons pouvoir échelonner ça dans l’année, peut-être deux ou trois formations pour le personnel concerné ».
Théorie
La matinée a débuté par une phase théorique tenue en salle de conférences. Mark Spangler, pilote et membre de l’équipe de SIL International, a pris en charge cette partie avec une pédagogie directe, construite sur l’expérience du terrain. Sa première leçon portait sur quelque chose d’apparemment simple mais fondamentalement déstabilisant : le bruit.
«Lorsqu’un hélicoptère arrive, il est très fort. Il y a beaucoup de choses qui se passent autour, et ce n’est pas quelque chose que nous sommes habitués à faire sur une base normale», explique-t-il. «Quand tu arrives avec le bruit, tu ne peux pas communiquer bien avec les autres. Tu ne peux pas faire les choses normales si ce bruit n’est pas là». Former le personnel à anticiper cette désorientation sensorielle, c’est précisément ce qui fait la différence entre une évacuation chaotique et une prise en charge fluide.

Au-delà du bruit, Spangler a transmis les protocoles essentiels : les directives de comportement autour de l’appareil, le nombre de personnes autorisées à bord selon les configurations, les angles d’approche sécurisés, les zones à éviter absolument. «En travaillant avec cette équipe et en leur montrant ce qu’il faut attendre quand l’hélicoptère arrive, ça leur permet d’être plus sûrs autour de l’appareil, ce qui les protège», a-t-il souligné. Il a aussi insisté sur la protection de la machine elle-même : «Les hélicoptères peuvent être endommagés très facilement si on ne les utilise pas de manière appropriée ».
Pratique
L’après-midi a marqué le passage à l’action. Le personnel médical, infirmier et les brancardiers se sont rendus sur l’héliport pour une session pratique qui a visiblement marqué les esprits. Il s’agissait de simuler les conditions réelles d’accueil d’un patient arrivant par hélicoptère, de l’atterrissage de l’appareil jusqu’au transfert du malade vers les unités de soins.
Les démonstrations ont été qualifiées d’«impressionnantes» par les participants. Elles ont permis de mettre en pratique ce que la théorie avait posé : les gestes de sécurité autour des pales en rotation, la communication entre l’équipe au sol et les opérateurs aériens malgré le bruit, la rapidité et la précision du transfert du patient de l’appareil au brancard, puis vers la salle de stabilisation. Chaque seconde compte dans ces situations. Chaque geste mal exécuté peut coûter une vie — ou endommager un équipement dont le coût se chiffre en milliards.

Mark Spangler résume l’enjeu avec une formule qui dit tout : «En étant efficace, ça met le patient sous le soin médical professionnel à l’hôpital. C’est important pour faire une formation comme ça avec l’hélicoptère ». L’efficacité n’est pas une notion abstraite ici. Elle se mesure en minutes entre l’atterrissage et la première intervention médicale.
Un hélicoptère médicalisé, une ambition nationale
Cette formation ne serait qu’un exercice académique si elle ne s’inscrivait pas dans un projet plus large. L’Hôpital Général de Yaoundé a obtenu l’approbation et le soutien de la présidence de la République et du gouvernement camerounais pour l’acquisition prochaine d’un hélicoptère médicalisé. Un projet qui positionnerait l’HGY comme le premier établissement hospitalier civil du pays à disposer de sa propre capacité d’évacuation aérienne.
Handy Eone Daniel tempère cependant les attentes immédiates : «Pour l’instant, l’hélicoptère n’est pas encore disponible. Ce sont des projets qu’on verra d’ici quelques années ». Mais il précise que l’utilité de la formation ne se limite pas à cette acquisition future : dès aujourd’hui, l’HGY est susceptible de recevoir des patients transportés par des hélicoptères militaires des forces armées camerounaises, ou par des services privés comme celui de SIL International. La formation répond donc à un besoin opérationnel immédiat autant qu’à une ambition stratégique à moyen terme.

Frédéric Moutome voit dans cette démarche le signe d’une mutation profonde de l’institution : «L’hôpital, dans sa nouvelle vision, a envisagé d’acquérir un hélicoptère médicalisé. On envisage, mais avant, on se dit : il faut d’abord capaciter le personnel pour arriver à une utilisation optimale de l’outil une fois qu’on l’a ». Cette synergie entre formation, structure et équipement porte la marque du Professeur Emmanuel Noël Essomba et de l’ensemble de ses équipes. Pour le management de l’HGY, cette démonstration de force sur l’héliport n’est pas un commencement, mais une nouvelle étape spectaculaire d’un vaste plan de modernisation déjà bien ancré dans la réalité. Plus qu’une simple manœuvre, c’est le symbole d’un établissement qui, après avoir consolidé ses bases au sol, s’apprête désormais à conquérir le ciel.









