Acceuil Religion Cameroun| « Chaque être humain est fondé en génie, mais caché par l’ignorance et l’ignorance se déconstruit par le savoir » : Entretien avec Gabriel Fopa
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Cameroun| « Chaque être humain est fondé en génie, mais caché par l’ignorance et l’ignorance se déconstruit par le savoir » : Entretien avec Gabriel Fopa

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Avant la science, il y avait la sagesse. Avant la technologie, il y avait la transmission. Gabriel Fopa, promoteur de la bibliothèque numérique Aňdjeun, n’a rien oublié de cet ordre ancien… Interview !! 

Afrik-Inform : Concrètement, c’est quoi Aňdjeun ?

Gabriel FOPA : Aňdjeun veut dire en langue bulu « la source ». Et j’ai même appris aujourd’hui que c’est plus que la source, c’est la source potable, l’eau potable. C’est presque une source que l’on souhaite éternelle, intarissable, infinie.

C’est une bibliothèque numérique qui compte aujourd’hui plus de 4 000 livres, mais qui va continuer d’en enrôler. Nous pensons qu’à un moment donné, nous aurons bien plus que 4 000 ouvrages. Elle s’articule autour de deux volets : un volet savoir-être et un volet savoir-faire.

Dans le volet savoir-être, nous avons collecté tous les ouvrages qui ont compté, que l’humanité a servis — des ouvrages européens, de Platon, Aristote, Saint Thomas, Saint-Augustin jusqu’aux auteurs les plus récents comme Albert Camus, mais aussi les auteurs africains, comme Aimé Césaire. Tous ces auteurs qui ont donné les instruments spirituels et psychologiques permettant de transformer l’homme, permettant à l’homme de rencontrer son génie à l’intérieur de lui-même. Car chaque être humain est un être fondé en génie.

Mais ce génie est caché par l’ignorance, et l’ignorance se déconstruit par le savoir. Le savoir, l’information, c’est le pouvoir. Mais ce savoir s’acquiert. Il s’acquiert en explorant, en étudiant, en lisant les génies du monde et du monde de tout temps de l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. Il y a des hommes et des femmes qui ont offert, proposé, donné des éléments de lecture, des éléments de génie à l’humanité.

L’enjeu, c’est d’exclure tout ce qui fait la promotion du mal, de la guerre ou de la division, et de développer ce qui, en l’homme, relève du registre du génie. Et l’Africain, descendant du premier homme né en Afrique, est sur le plan ancestral propriétaire d’un savoir incroyable parce qu’il est le premier à avoir rencontré la nature, à en avoir touché les difficultés, à en avoir apprivoisé les mystères.

Afrik-Inform : Les intervenants d’aujourd’hui ont beaucoup développé le côté spirituel et ancestral d’Aňdjeun. Pourquoi ?

Gabriel FOPA : Cette question révèle simplement qu’on croit que les seules spiritualités qui existent sont les religions qui nous ont été exportées — le christianisme, le catholicisme, l’islamisme. Mais l’Afrique et les Africains n’ont jamais été en dehors de la question de Dieu et de la transcendance.

Il est important de savoir : dans l’Empire du Dahomey, dans l’Empire mandingue, quels étaient les éléments de la spiritualité ? À quoi se référaient-ils quand ils pensaient à Dieu ? Et tout cela est écrit. Des chercheurs, occidentaux comme africains, ont fait ce travail de recherche, et les éléments de vérité sont là. C’est à nous d’aller les acquérir pour nous transformer, et pour trouver pourquoi nous sommes nés ici. Car chacun est né là où il est né parce qu’il est en mission. Il a quelque chose à faire.

Si l’on se départit des questions de politique et de religion, on se rend compte que le champ dans lequel nous sommes est un champ de travail et dans ce travail de création, dans ce travail d’invention, l’Africain ne doit pas être en dehors. Senghor a parlé du rendez-vous du donner et du recevoir. Dans ce rendez-vous, des êtres humains doivent faire le travail et particulièrement les Africains pour découvrir leur véritable identité. Pas l’identité que l’autre a assignée. Pas la place qu’il nous a réservée. On doit se défaire de cette identité imposée, parce qu’elle ne correspond pas forcément à notre place réelle.

Notre identité est à la fois singularité et capacité à se connecter à une humanité plus large. L’enjeu de la bibliothèque — car Aňdjeun est une bibliothèque numérique — c’est précisément de donner les possibilités du développement du savoir-être et du savoir-faire. Nous avons commencé par l’agriculture. Nous allons rajouter la mécanique automobile et bien d’autres formations qui permettront aux êtres de se développer, de s’habiter eux-mêmes. Car quand on est capable de s’habiter soi-même, on peut transformer les autres.

Afrik-Inform : Quelles sont les activités qui seront déployées ?

Gabriel FOPA : Nous avons commencé par l’agriculture. Il y aura l’apiculture — c’est-à-dire tout ce qui permet de faire des fermes d’abeilles pour produire du miel, de la gelée royale, de la propolis. Ensuite viendront des formations sur la culture du champignon, la culture des escargots, et l’aquaculture — c’est-à-dire la combinaison de la pisciculture et de l’agriculture. Et nous allons également rajouter une formation sur les plantes médicinales.

Afrik-Inform : Un message à l’endroit de la jeunesse ?

Gabriel FOPA : Le message que je peux passer à la jeunesse, c’est que si un jeune accepte d’adopter l’aventure de la transformation de soi, il va se rendre compte que la richesse — si on appelle ça R — est égale à l’attention multipliée par le temps. Si je mets zéro temps, c’est-à-dire si je passe tout mon temps sur TikTok à regarder n’importe quoi, la richesse sera égale à zéro. Si je mets beaucoup de temps mais que mon attention n’est pas profonde, la richesse que je fabrique est aussi égale à zéro.

La richesse est une disposition, une capacité accessible à tous. Chacun est riche de quelque chose. Mais pour découvrir ce en quoi nous sommes riches, ce par quoi nous devons être riches, on ne peut pas faire l’économie du culturel. On ne peut pas faire l’économie de la philosophie, de la littérature, de la spiritualité et c’est après que la science vient.

Nos ancêtres, les Égyptiens dans l’Égypte antique, portaient en eux un triangle : d’un côté la culture, de l’autre la spiritualité, et au troisième sommet la science, c’est-à-dire la science comportant toutes les technologies. Nous devons retrouver cet équilibre.

Le message que nous passons aux jeunes, c’est d’entrer dans cette aventure qui vous permettra d’aller à l’intérieur de vous-même, de trouver la lumière la lumière universelle que vous déploierez ensuite à toute l’humanité.

Propos recueillis par Constantin Gonnang /Afrik-Inform

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