Dans une tribune critique consacrée à l’urbanisme à Douala, Hélène Ekwessa remet en cause le recours massif aux routes pavées dans la capitale économique camerounaise. Présentée selon elle comme une solution technique adaptée aux réalités hydrologiques de la ville, cette politique masquerait en réalité des choix urbains contestables, aux conséquences économiques, sanitaires et structurelles importantes pour les populations. La vice-présidente nationale du Front pour le Changement du Cameroun ( FCC ) appelle à une approche fondée sur l’ingénierie, la durabilité et une véritable réflexion sur les infrastructures urbaines. ( Un chapô d’Afrik-inform)
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À Douala, une idée s’est progressivement imposée dans le débat public : le recours massif aux routes en pavés serait une réponse ingénieuse aux réalités d’une ville balnéaire, soumise à de fortes pluies et à une présence permanente de l’eau. Mieux encore, certains n’hésitent pas à présenter ce choix comme une prouesse technique, voire comme la marque d’une gestion urbaine visionnaire.
Il faut le dire sans détour : cette narration est trompeuse. Douala n’est ni la première ni la seule ville au monde confrontée à des contraintes hydrologiques. Des métropoles côtières, souvent bien plus exposées, ont développé des solutions éprouvées fondées sur un principe simple : on ne remplace pas l’ingénierie par un matériau. Le problème de l’eau ne se résout pas par la généralisation du pavé, mais par des systèmes de drainage efficaces, des études géotechniques rigoureuses et des structures de chaussée adaptées.
Faire croire le contraire relève soit de l’approximation technique, soit d’une volonté de justifier des choix discutables.Car au-delà du discours officiel, le recours généralisé aux pavés pose de sérieux problèmes. D’abord sur le plan économique. Contrairement à une idée répandue, le pavé n’est pas une solution durable à grande échelle. Il se déforme, s’affaisse, se désolidarise. Il exige des interventions fréquentes, souvent fragmentées, difficilement traçables. Ce modèle d’entretien permanent crée un terrain propice aux dérives : multiplication de petits marchés, opacité des coûts, et au final, une dépense publique plus élevée qu’il n’y paraît.
Ensuite, il y a les conséquences directes sur les usagers. Les routes en pavés génèrent des vibrations constantes. Ce ne sont pas de simples désagréments. Ce sont des contraintes mécaniques qui accélèrent l’usure des véhicules — amortisseurs, pneus, trains roulants — transférant silencieusement les coûts de cette politique vers les citoyens. Dans une ville où le transport repose en grande partie sur des acteurs informels, cela représente une charge économique considérable.
Plus préoccupant encore, l’impact sur la santé. Les vibrations prolongées sont connues pour provoquer des troubles musculo-squelettiques, des douleurs lombaires chroniques, et une fatigue accrue chez les conducteurs. Ce sujet est totalement absent du débat public, comme si l’inconfort généralisé était devenu une norme acceptable.
Enfin, il y a une question de performance urbaine. Une ville dont les infrastructures ralentissent les déplacements, dégradent le confort et augmentent les coûts d’exploitation n’est pas une ville compétitive. Elle pénalise sa propre économie. Le problème n’est pas le pavé en lui-même. Utilisé de manière ciblée — zones piétonnes, aménagements spécifiques, voies à faible trafic — il a toute sa place.
Le véritable problème est son érection en solution universelle. Cette dérive traduit un déficit plus profond : l’absence d’une doctrine claire en matière d’ingénierie urbaine adaptée aux réalités locales. C’est précisément ici que le silence devient problématique.
Où est la parole technique ? Où est l’alerte des ingénieurs, des urbanistes, des spécialistes du génie civil ? Une profession organisée ne peut rester en retrait face à une pratique qui, progressivement, s’impose comme norme sans débat contradictoire. Il ne s’agit pas de polémiquer. Il s’agit de poser une exigence simple : celle de la rationalité.
Douala mérite mieux qu’un habillage technique de décisions approximatives. Elle mérite une vision fondée sur la science, la durabilité et l’intérêt réel des populations. Le pavé ne doit pas être le symbole d’une ville qui s’adapte. Il ne doit pas devenir celui d’une ville qui renonce à bien faire.

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