Acceuil Sport Cameroun| Grégoire Owona au gouvernail du CNOSC : L’intérim du consensus face aux chantiers de l’après-Malboum
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Cameroun| Grégoire Owona au gouvernail du CNOSC : L’intérim du consensus face aux chantiers de l’après-Malboum

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Le sifflet final n’attend pas les hommes, fussent-ils des géants de la diplomatie sportive. Douze jours après la disparition brutale du Colonel Hamad Kalkaba Malboum, le Comité National Olympique et Sportif du Cameroun (CNOSC) s’est choisi un nouveau timonier pour traverser la tempête. Réuni en urgence ce lundi 25 mai 2026 en son siège de Yaoundé, le Conseil d’administration a confié les rênes de l’institution à Grégoire Owona. Le premier vice-président hérite d’un costume taillé pour l’histoire, avec la lourde charge de maintenir le cap d’une maison ébranlée, tout en préparant la grande explication électorale fixée à l’automne prochain.

Il y a dans les couloirs du CNOSC un silence pesant qui en dit long sur la stature de l’absent. Le 13 mai dernier, le Colonel Hamad Kalkaba Malboum a posé définitivement son paquetage, emporté par la maladie à l’âge de 75 ans. L’annonce de sa mort a agi comme un séisme, tant l’homme semblait consubstantiel à la vie sportive du continent. Ancien sprinteur d’exception sur le relais 4×100 mètres dans les années 1970, il avait troqué ses pointes contre les attributs de la haute diplomatie, régnant sans partage sur le comité olympique national depuis 2001. Sa silhouette digne, calme, cette « force tranquille » saluée par Sebastian Coe, le patron de World Athletics, s’était imposée jusqu’aux sommets de la Confédération Africaine d’Athlétisme (CAA) et du Comité International Olympique.

Ceux qui l’ont vu à l’œuvre savent que Kalkaba n’était pas seulement un gestionnaire ; il était un bâtisseur d’empires sportifs. Réélu triomphalement en 2023 pour un énième mandat de quatre ans, il avait façonné le sport camerounais à son image, mêlant rigueur militaire et entregent politique. Sa disparition subite laisse un vide institutionnel vertigineux, une fin de règne non planifiée qui oblige l’institution à se réinventer dans l’urgence. L’hommage officiel décrété par le Conseil d’administration pour le 4 juillet 2026 ne sera pas qu’une simple formalité protocolaire. Ce sera le moment de mesurer l’héritage d’un homme qui a su mettre le Cameroun au centre de la carte olympique mondiale.

La transition qui s’ouvre aujourd’hui est d’autant plus délicate que le Colonel cumulait les mandats et les influences. Sa mort n’ouvre pas seulement une crise de succession à Yaoundé, elle rebat également les cartes au sein des instances panafricaines comme l’Association des Confédérations Africaines des Sports Olympiques (CASOL). Les administrateurs camerounais, réunis ce lundi en fin de matinée, avaient pleinement conscience qu’ils ne remplaçaient pas seulement un président, mais qu’ils devaient préserver la voix d’un pays dans les instances décisionnelles internationales. Le deuil est à peine entamé que la réalité administrative reprend déjà ses droits impitoyables.

Dans ce contexte de deuil national, le Conseil d’administration s’est réuni avec la gravité des grands jours, conscient que le moindre faux pas juridique pourrait fragiliser l’édifice. Le communiqué officiel publié à l’issue des travaux ne cache rien de cette urgence en stipulant que les membres du Conseil, à l’unanimité, « constatent la vacance au poste de Président du CNOSC suite au décès du Colonel Hamad KALKABA MALBOUM, survenu le 13 mai 2026 ». Cette formulation, froide et administrative, marque pourtant la fin d’une époque et le début d’une transition majeure pour le sport camerounais.

Au-delà de l’administrateur, le Cameroun pleure aussi un esprit éclectique, capable de passer des revues militaires aux partitions musicales. Peu de gens se souvenaient qu’avant de fréquenter les salons feutrés du CIO, le jeune officier Kalkaba faisait vibrer les dancings des années 70 avec son groupe The Golden Sounds, fusionnant les rythmes du Sahel aux guitares électriques. C’est cette richesse humaine, cette complexité d’un homme à la fois soldat, artiste et diplomate, qui rend sa succession si lourde à porter pour quiconque ose s’approcher de son fauteuil encore chaud.

L’urgence de la matinée consistait donc à parer au plus pressé : éviter l’anarchie et offrir aux fédérations sportives nationales un interlocuteur légitime. Le sport ne souffre pas le vide, et le calendrier international impose ses propres cadences. Alors que les athlètes continuent de s’entraîner et que les budgets doivent être ordonnancés, le choix du successeur temporaire ne pouvait souffrir d’aucune contestation. C’est dans cette atmosphère de deuil et de responsabilité partagée que le nom de Grégoire Owona s’est imposé comme une évidence légale et politique.

L’intérim du consensus : Grégoire Owona s’installe aux commandes

Point de surprise ni de conciliabules secrets dans les couloirs du siège ce lundi. La légitimité a suivi le fil des statuts. En sa qualité de premier vice-président, Grégoire Owona a pris la présidence de la séance extraordinaire avant d’être officiellement investi des pleins pouvoirs. Le Conseil d’administration a appliqué à la lettre l’article 70 des statuts du CNOSC, confiant au ministre du Travail et de la Sécurité sociale les rênes de l’intérim. Ce n’est pas une révolution, c’est une régence du droit. L’homme qui monte en première ligne est tout sauf un inconnu ; sa stature politique et son expérience des arcanes de l’État offrent à l’institution la stabilité dont elle a cruellement besoin en cette période de flottement.

Le Conseil d’administration n’a pas lorgné sur l’ampleur du mandat accordé au nouveau président par intérim. Les résolutions adoptées à l’unanimité lui donnent les coudées franches pour agir sans attendre le scrutin d’automne. Le texte est d’ailleurs d’une clarté limpide, précisant que les administrateurs « donnent mandat au Président du CNOSC de poser tous les actes d’administration, de gestion et de disposition afférents à sa fonction » . En clair, Grégoire Owona n’est pas un président de paille chargé d’expédier les affaires courantes ; il est le patron légitime, investi de l’autorité nécessaire pour engager l’institution.

Ce glissement de responsabilité a provoqué par ricochet une réorganisation immédiate du Bureau Exécutif, une refonte technique indispensable pour maintenir l’équilibre des forces au sein de la maison olympique. L’accession d’Owona à la présidence libère mécaniquement son ancien poste, entraînant une redistribution des cartes au sommet de la hiérarchie. C’est ainsi que Madame Ntsama Assembe, épouse Engoulou Célestine Odette, monte en grade pour devenir la première vice-présidente, tandis que Monsieur Talba Malla Ibrahim fait son entrée en qualité de deuxième vice-président.

Cette nouvelle configuration, bien que temporaire, redessine les contours du pouvoir au sein du CNOSC. Elle laisse toutefois une place vide, celle de la troisième vice-présidence, vacance que le Conseil a choisi de ne pas combler immédiatement, préférant s’en remettre aux futures procédures statutaires. Pour compléter cette équipe de transition, le secrétariat général reste solidement ancré entre les mains de Monsieur David Ojong, alors que la gestion des cordons de la bourse demeure la responsabilité de Monsieur Timba Majoré Louis au poste de Trésorier Général. Une équipe d’expérience pour une traversée délicate.

L’unanimité affichée lors de ce Conseil d’administration est le signe que le monde sportif camerounais veut faire bloc. Face aux observateurs extérieurs et aux instances internationales qui surveillent de près la transition, l’affichage d’une cohésion parfaite était indispensable. En acceptant cette charge, Grégoire Owona sait qu’il joue sa crédibilité d’administrateur de haut vol. Sa double casquette de membre du gouvernement et de dirigeant sportif lui donne un poids politique unique pour désamorcer les tensions potentielles et s’assurer que l’État continuera d’accompagner l’instance olympique.

Mais le mandat le plus crucial confié à Grégoire Owona réside dans la préparation de l’avenir à court terme. L’intérim a une fin programmée, et le Conseil a pris soin de baliser le calendrier pour éviter que la transition ne s’éternise. La huitième résolution du Conseil donne ainsi le pouvoir au nouveau président « de convoquer une session extraordinaire de l’Assemblée Générale du CNOSC au cours de la deuxième quinzaine du mois de septembre 2026 ». C’est là que se jouera le véritable destin de l’institution, lors d’un scrutin qui devra élire le successeur définitif du défunt Colonel pour mener le mandat jusqu’à son terme constitutionnel.

Les grands dossiers en suspens : Les urgences d’une maison en transition

Le calendrier n’attend pas la fin des deuils. Si Grégoire Owona s’installe au bureau présidentiel, ce n’est pas pour y contempler les médailles du passé, mais pour affronter les urgences du présent. Le CNOSC se trouve à la croisée des chemins, avec plusieurs dossiers brûlants qui exigent des décisions immédiates et une main ferme. Le premier d’entre eux est évidemment l’organisation de l’hommage officiel du 4 juillet. Ce moment de recueillement sera aussi un test logistique et diplomatique majeur, attendu que de nombreuses délégations étrangères et de hauts dignitaires du sport mondial feront le déplacement à Yaoundé pour saluer la mémoire de Kalkaba Malboum.

Au-delà du protocole, les dossiers économiques et de gouvernance s’entassent sur la table. Le CNOSC gère d’importants programmes de bourses olympiques pour les athlètes camerounais en pleine préparation des cycles internationaux. Ces financements, souvent octroyés en partenariat avec la Solidarité Olympique à Lausanne, exigent une signature reconnue et une transparence administrative irréprochable. L’intérim devra garantir la continuité de ces versements pour que la préparation des sportifs ne souffre d’aucun ralentissement lié aux turbulences politiques internes.

Il y a aussi la question pendante des infrastructures et de la décentralisation des activités du CNOSC. Sous l’impulsion du précédent président, plusieurs projets de développement dans les régions avaient été amorcés pour rapprocher le mouvement olympique de la base. Grégoire Owona va d’avoir à faire l’inventaire de ces chantiers, évaluer les budgets restants et décider s’il convient de maintenir le rythme ou de geler les investissements en attendant la légitimité d’un président élu. Le monde fédéral, qui attend des subventions et un appui logistique constant, scrute déjà les premiers arbitrages du nouveau patron.

Un autre défi d’envergure concerne la pacification de l’environnement sportif national. Le CNOSC joue traditionnellement un rôle de médiateur ou de chambre d’arbitrage lors des conflits récurrents qui secouent certaines fédérations civiles nationales (football, athlétisme, karaté). La disparition de la figure tutélaire du Colonel, dont l’autorité naturelle suffisait parfois à ramener le calme, pourrait aiguiser les appétits et réveiller de vieilles querelles de clocher. Le nouveau président par interim devra faire preuve d’un sens politique aiguisé pour étouffer les incendies avant qu’ils ne ternissent l’image de la famille olympique.

Sur la scène continentale, la voix du Cameroun doit continuer de porter. La transition ne doit pas signifier un effacement. Le CNOSC doit envoyer des signaux clairs à la Confédération Africaine d’Athlétisme et au CIO pour signifier que la maison est tenue, que les engagements sont respectés et que le Cameroun reste un partenaire fiable. Les relations avec le ministère des Sports et de l’Éducation physique, parfois complexes par le passé, devront également faire l’objet d’une attention de tous les instants pour maintenir l’harmonie entre le mouvement olympique autonome et la tutelle étatique.

Enfin, le dossier des dossiers reste l’organisation technique de l’Assemblée générale élective de septembre 2026. Veiller à la mise à jour des listes électorales, s’assurer de la conformité des candidatures au regard des statuts révisés, garantir l’équité entre les différents prétendants : le chantier est immense et miné. Grégoire Owona se sait attendu au tournant. Sa mission historique est de livrer, en septembre, une institution propre, unie et prête à élire son nouveau guide sans contestation post-électorale.

Le voilà donc au pied du mur olympique. L’histoire retiendra qu’en mai 2026, c’est à cet artisan des consensus sociaux que le sport camerounais a confié ses destins croisés. L’intérim est lancé, les balises sont posées, et les regards sont désormais tournés vers septembre. Grégoire Owona a quatre mois pour prouver que l’expérience d’État peut s’accorder harmonieusement avec les valeurs du fair-play et de la charte olympique, pour le plus grand bien du sport camerounais.

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