Acceuil Société Cameroun |« Il faut frapper ceux qui ne respectent pas les règles » : Gaston Eloundou Essomba déclare la guerre aux fraudeurs de l’électricité
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Cameroun |« Il faut frapper ceux qui ne respectent pas les règles » : Gaston Eloundou Essomba déclare la guerre aux fraudeurs de l’électricité

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Chaque année, la fraude à l’électricité coûte au Cameroun près de 60 milliards de francs CFA — une hémorragie qui surcharge les transformateurs, multiplie les coupures pour les abonnés réguliers et tue en moyenne une quarantaine de personnes par an à cause d’installations illicites. Face à ce constat, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a décidé de mettre le poing sur la table en organisant, à partir du 15 mars 2026, des opérations coup de poing sur l’ensemble du territoire national.

60 milliards et des morts — le vrai visage de la fraude

La fraude à l’électricité au Cameroun n’est pas un phénomène marginal. C’est une hémorragie structurelle qui saigne le secteur énergétique national depuis des années. Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’Énergie, a chiffré la perte sèche annuelle à près de 60 milliards de francs CFA — une somme qui, selon lui, aurait pu financer la construction de nouvelles lignes électriques, le remplacement de transformateurs vétustes et l’amélioration générale de la qualité du service. À la place, elle s’évapore dans des branchements illicites, des compteurs manipulés et des réseaux de revente clandestine organisés par ce que le ministre appelle sans détour les « barons de la fraude ».

Les conséquences ne sont pas seulement économiques. Elles sont mortelles. En 2024, 32 décès ont été directement liés à des installations électriques frauduleuses au Cameroun. La moyenne annuelle tourne autour de quarante morts — des électrocutions, des incendies domestiques, des accidents évitables si les installations avaient respecté les normes. C’est ce bilan humain qui donne à l’annonce du ministre une dimension qui dépasse le simple cadre de la lutte contre la fraude fiscale ou commerciale.

La fraude surcharge également les transformateurs du réseau provoquant des coupures en cascade qui pénalisent en premier lieu les abonnés réguliers qui, eux, paient leurs factures. C’est une injustice que le ministre a tenu à souligner lors de la réunion de mobilisation du 12 mars 2026 à Yaoundé, en présence de l’ARSEL, d’ENEO, de SONATREL et des associations de consommateurs. Le message était clair : ceux qui fraudent font payer les autres — en coupures, en dégradation du service, et parfois en vies humaines.

Le 15 mars, les équipes sont sur le terrain

Dès le 5 février 2026, le ministère de l’Eau et de l’Énergie avait publié un communiqué officiel annonçant le lancement d’opérations coup de poing à compter du 15 mars. Un délai d’un peu plus d’un mois — présenté comme une période de grâce pour permettre aux utilisateurs en situation irrégulière de se mettre en conformité. « Tous les utilisateurs clandestins sont invités à procéder sans délai à la régularisation de leurs compteurs et installations », avait averti le ministre. Passé cette date, la répression s’applique sans exception.

Les formes de fraude dans le viseur sont multiples et bien documentées. Les branchements anarchiques sans contrat ni compteur sont les plus visibles. La manipulation des compteurs — suppression du neutre, introduction de vis pour bloquer le décompte des kilowattheures — est plus technique mais très répandue. La vente illicite d’électricité par des intermédiaires non agréés constitue le cas le plus organisé — des réseaux structurés qui facturent des ménages et des commerces en dehors de tout cadre légal, s’enrichissant sur le dos d’un réseau qu’ils n’ont pas financé. Le ministre a qualifié ces pratiques de « sabotage économique » — une formulation qui dit l’ampleur que ce phénomène a pris dans son esprit.

Pour traquer ces fraudes, le ministère a annoncé le doublement des ressources humaines sur le terrain et la constitution d’équipes mixtes associant le MINEE, ENEO et les forces de l’ordre. Une attention particulière sera portée aux contrôles nocturnes — la fraude s’intensifiant le soir dans les bars, les quartiers étudiants et les zones d’activité informelle, notamment parce que les agents ENEO ne sont jusqu’ici pas autorisés à intervenir après 17 heures. Cette contrainte sera levée dans le cadre des nouvelles opérations.

Une chasse qui s’annonce sans répit

Le contexte dans lequel s’inscrit cette offensive est particulier. Le retour à un contrôle plus étatique d’ENEO — après des années de gestion par l’opérateur privé britannique Actis — a redonné au gouvernement une latitude plus grande pour imposer ses priorités au secteur. La réduction des pertes commerciales, dont la fraude constitue la part la plus visible, est désormais un objectif affiché de la politique énergétique nationale.

Gaston Eloundou Essomba a averti les populations contre une confusion fréquente : les « barons » qui vendent illicitement l’électricité ne sont pas des agents officiels d’ENEO. S’adresser à eux pour régulariser sa situation expose non seulement à une escroquerie financière, mais aussi au maintien d’une installation dangereuse. La seule voie légale de régularisation passe par les agences officielles d’ENEO — et le ministre a insisté pour que cette information soit portée jusqu’aux ménages les plus éloignés des centres urbains.

« Il faut continuer à frapper ceux qui ne respectent pas les règles », a déclaré le ministre. Une formule qui dit que cette opération ne se veut pas ponctuelle. L’objectif affiché est une transformation durable des pratiques — avec, à la clé, la promesse d’un service électrique plus stable pour ceux qui jouent le jeu.

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