Ouagadougou – Entre espoirs de redressement et défis persistants
Depuis la prise de pouvoir en 2022, le Burkina Faso cherche à redéfinir son modèle économique, avec l’ambition affichée de restaurer sa souveraineté, renforcer le contrôle public de ses ressources stratégiques — notamment minières — et stimuler la croissance interne. Sous le leadership d’Ibrahim Traoré, plusieurs initiatives structurantes ont été lancées, donnant lieu à des indicateurs économiques encourageants, tout en posant des défis majeurs.
Performances économiques récentes : croissance et mobilisation des ressources
Selon des sources gouvernementales, l’économie burkinabè aurait enregistré une nette accélération en 2024, avec un taux de croissance estimé à 5,1 %, supérieur aux prévisions et en hausse comparée à 2023.
Ce regain est en partie lié à la vigueur du secteur agricole et à la stabilité relative du secteur tertiaire.
Parallèlement, l’État a engagé une politique de redressement macroéconomique : mise en place d’institutions financières publiques — notamment la création récente d’une “Banque des Dépôts du Trésor” — destinée à soutenir le financement national.
Il vise ainsi à réduire la dépendance aux aides extérieures, tout en renforçant les leviers internes de croissance.
Dans le secteur minier, les réformes récentes visent à reprendre le contrôle national des ressources. L’État a annoncé des mesures pour nationaliser ou réguler les exploitations d’or, avec l’ambition de maximiser les retombées pour l’économie burkinabè.
Ambitions de souveraineté économique : entre réformes et promesses
Le gouvernement met en avant une vision de « souveraineté économique » : investir dans des secteurs stratégiques (mines, agriculture, finances), encourager la production locale, et favoriser l’action publique plutôt que la dépendance à des acteurs extérieurs.
Ces orientations visent à asseoir l’indépendance économique du pays tout en répondant à des enjeux sociaux — emploi, sécurité alimentaire, développement rural.
Obstacles persistants : sécurité, gouvernance et contexte international
Pourtant, ces avancées se heurtent à des défis cruciaux. Le contexte sécuritaire — instabilité, insécurité dans certaines zones — reste un frein majeur à l’investissement étranger et à la fluidité des échanges internes. La confiance des partenaires extérieurs demeure fragile, ce qui limite parfois les ressources disponibles.
De plus, les réformes publiques demandent une gouvernance rigoureuse pour éviter les erreurs fatales : une mauvaise gestion des entreprises d’État, un manque de transparence ou une corruption potentielle pourraient fragiliser les efforts de redressement. Ce risque est d’autant plus réel dans un contexte de transition politique et de tensions internationales.
Enfin, l’impact social des mesures — réductions ou révisions des subventions, restructurations — peut générer des inquiétudes parmi les populations, ce qui impose un équilibre délicat entre rigueur économique et justice sociale.
Un pari ambitieux mais fragile
L’économie du Burkina Faso sous Traoré affiche des signaux encourageants : croissance, volonté de souveraineté, relance de secteurs clés. Mais ce pari reste fragile. Le succès dépendra de la stabilité politique, de la transparence de la gouvernance, de la capacité à attirer des investissements malgré les risques, et de l’équilibre entre rigueur économique et inclusion sociale.
Le pays est dans une phase charnière : s’il parvient à consolider ces progrès, il pourrait ouvrir une nouvelle page de sa trajectoire nationale — sinon, les espoirs de renouveau risquent de vaciller.
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