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Cameroun | Vice président nommé: une lecture critique du système de pouvoir et de ses mécanismes de reproduction. 

Dans une analyse rigoureuse, le politologue Pr Michel Oyane démonte les failles des analyses qui soutiennent la stratégie du régime de Paul Biya a imposer un vice-président nommé. De la fragilité des hypothèses à l’absence de prise en compte des dynamiques internes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, en passant par la personnalisation excessive autour de Paul Biya, il met en évidence les limites des analyses qui éludent les réalités complexes du système politique camerounais.

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《Fo’o Dzakeutonpoug ( Ministre Momo)

Le texte lu pour « nous » par vos soins, malgré sa relative qualité stylistique, appelle une mise au point méthodologique rigoureuse. Car sous une apparente analyse stratégique se déploie en réalité une narration normative du pouvoir, qui épouse ses codes, ses silences et ses justifications implicites.

 

Première faiblesse : l’hypothèse de départ. L’auteur construit de manière imprudente son raisonnement autour d’une réforme présentée comme acquise, la réintroduction d’un poste de vice-président au Cameroun sous l’impulsion de Paul Biya, sans en établir clairement la matérialité juridique, la portée exacte ni les conditions d’adoption.

En science politique, une analyse ne peut reposer sur un présupposé institutionnel incertain sans en fragiliser l’ensemble de la démonstration. À défaut de base empirique solide, vous glissez de l’analyse vers la conjecture.

Deuxième point : L’auteur prête au pouvoir une cohérence stratégique quasi parfaite. L’idée d’une préparation prétendument méthodique de l’après relève d’une lecture intentionnaliste classique, mais contestable. Les travaux comparatifs sur les régimes autoritaires montrent que la gestion de la succession est rarement linéaire, et encore moins maîtrisée. Elle procède d’arbitrages instables entre factions, de rivalités internes au cercle dirigeant, et de contraintes souvent imprévues. Présenter cette séquence comme une ingénierie politique maîtrisée revient à projeter une rationalité ex post sur des dynamiques qui relèvent, bien souvent, de la contingence. L’auteur gagnerait ici en prudence et serait plus intéressant en étant moins bavard sur la question.

Troisième critique, plus fondamentale : L’auteur opère une confusion analytique entre stabilité et légitimité. La longévité du pouvoir au Cameroun est ici interprétée comme un indicateur de réussite, sans interrogation sur ses conditions de production. Or, depuis la révision constitutionnelle d’avril 2008, moment décisif ayant supprimé la limitation des mandats présidentiels, le régime s’est engagé dans une trajectoire de verrouillage institutionnel. Cette séquence, largement documentée, est fréquemment qualifiée de “délinquance constitutionnelle” par des sachants constitutionnels neutres et sérieux (loin des intellectuels faussaires du système dont l’objectivité scientifique a depuis disparu à cause des positions politico-institutionnelles qu’ils occupent), en ce qu’elle détourne la norme fondamentale de sa fonction de régulation pour en faire un instrument de perpétuation du pouvoir.

La révision d’avril 2026, que l’auteur évoque implicitement sans en questionner la portée critique, s’inscrit dans cette continuité. Elle ne saurait être analysée comme une simple adaptation institutionnelle : elle participe d’une dynamique cumulative de concentration du pouvoir exécutif. En ce sens, la lecture erronée de l’auteur élude un phénomène central : la régression démocratique pour lui substituer une rhétorique de la continuité et de la prudence. Quelle indignité!

Quatrième point : Le fameux texte « lu pour nous » reconduit une personnalisation extrême du pouvoir qui pose problème sur le plan analytique. Les formules mobilisées tendent à essentialiser le rôle de Paul Biya, comme si la stabilité du système procédait de qualités individuelles singulières. Or, la littérature en science politique insiste précisément sur l’inverse : ce type de régime repose sur des structures réseaux de patronage, appareils sécuritaires, coalitions élitaires qui conditionnent la reproduction du pouvoir. Invisibiliser ces mécanismes revient à adopter, consciemment ou non, le point de vue du pouvoir lui-même.

Cinquième critique : l’idée d’un “dauphin institutionnel” est empiriquement fragile. Dans les systèmes politiques fortement personnalisés, les dispositifs de succession formels, vice-présidence incluse sont rarement déterminants. Ils peuvent être contournés, neutralisés, voire instrumentalisés pour contenir des rivaux. L’histoire politique comparée montre que la succession y demeure un moment d’incertitude aiguë, précisément parce que le pouvoir est concentré et peu institutionnalisé. L’analyse de notre auteur zélé, en postulant une transition encadrée, sous-estime cette instabilité structurelle.

Sixième point, et non des moindres : L’absence d’analyse du rôle du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) constitue une lacune majeure. Ce parti n’est pas un simple véhicule électoral ; il est au cœur du dispositif de distribution des ressources, de cooptation des élites et de contrôle politique. La concentration des positions de pouvoir et l’accès différencié à la richesse publique au bénéfice d’un cercle restreint d’acteurs traduisent une configuration que l’on peut qualifier, sans excès, de néo-patrimoniale. Ignorer cet aspect revient à passer à côté de la matérialité du pouvoir.

Dès lors, la trajectoire du système camerounais s’apparente moins à une “consolidation prudente” qu’à une dérive autoritaire progressive, aux accents monarchiques. Une monarchisation du pouvoir sans les mécanismes stabilisateurs d’une monarchie institutionnalisée : concentration extrême, personnalisation, incertitude successorale. Une monarchie dysfonctionnelle, en somme, dont l’équilibre repose sur la distribution sélective de ressources et la marginalisation des contre-pouvoirs.

Enfin, le texte « lu pour nous » fait disparaître les acteurs sociaux et politiques qui ne relèvent pas du cercle dirigeant. Aucune mention des dynamiques d’opposition, de l’armée (une inconnue à ne pas négliger capable de surprendre et de décevoir une succession nocturne), des tensions territoriales, des transformations sociales ou des aspirations démocratiques. Cette omission n’est pas anodine : elle réduit l’analyse à une interaction interne au sommet de l’État, comme si la société camerounaise politique était totalement inerte et le peuple camerounais hypnotisé. Une telle hypothèse est non seulement réductrice, mais analytiquement naïve et intenable.

En définitive, le texte « lu pour nous » dont on comprend aisément que l’auteur serait probablement un militant du RDPC ou un fanatique du président Biya, ne procède pas à une analyse critique du pouvoir ; il en reprend les catégories, les récits et les implicites. Il décrit moins un système politique qu’il n’en relaie et soutient la mise en scène.》

Pr Michel Oyane

Politologue/ Afrik-Inform ☑️

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