Acceuil Société Cameroun| Dialogue État – Société civile : un face-à-face sans fard à Yaoundé pour repenser la collaboration
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Cameroun| Dialogue État – Société civile : un face-à-face sans fard à Yaoundé pour repenser la collaboration

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Réuni le 11 décembre à Yaahot Hôtel, le Dialogue Société Civile – État a rassemblé bien plus que les soixante participants annoncés. Représentants du MINAT, du MINREX, expert, journalistes et responsables d’OSC ont afflué pour cette deuxième édition devenue, en l’espace d’un an, l’un des rares espaces hybrides où institutions publiques et acteurs civiques se parlent à visage découvert. Organisé par NewSETA avec l’appui de la National Endowment for Democracy, l’événement a abordé ce que les participants décrivent eux-mêmes comme le « cœur sensible » de la gouvernance camerounaise : les réglementations restrictives, la méfiance structurelle entre administration et société civile, et la nécessité urgente de redessiner un cadre de collaboration épuré de suspicion.

Entre méfiance et dépendances structurelles : un diagnostic sans complaisance

La salle de conférence de Yaahot Hôtel a très vite pris des allures de miroir tendu à l’État et aux OSC. Les présentations liminaires ont exposé, de manière frontale, les lignes de fracture qui minent la collaboration depuis des années.

Les intervenants ont d’abord pointé la nature centralisée du système institutionnel camerounais, marqué par une forte influence de l’exécutif sur toutes les strates administratives. Ce modèle concentre le pouvoir de régulation et laisse aux organisations de la société civile un espace opérationnel étroit, souvent soumis à des interprétations variables des textes.

Dans cet environnement, les restrictions administratives, les délais bureaucratiques, parfois même les interdictions arbitraires, reviennent comme un refrain. Plusieurs participants ont rappelé que l’État assimile encore trop souvent les OSC critiques à des acteurs hostiles, ce qui alimente contrôles, refus d’autorisations ou surveillance excessive. À cela s’ajoutent les fermetures d’espace civique dans certaines régions, où contraintes sécuritaires et tensions communautaires limitent les déplacements, les dialogues de terrain et la collecte d’informations.

La société civile elle-même n’a pas été épargnée dans les diagnostics : financements instables, dépendance accentuée vis-à-vis des bailleurs internationaux, capacités techniques insuffisantes, difficulté à produire une parole unique ou coordonnée. « La faiblesse de coordination entre niveaux national et local fragilise tout l’écosystème », a souligné l’un des facilitateurs, rappelant qu’un plaidoyer isolé ne pèse guère face à une administration fortement hiérarchisée.

Les experts présents ont insisté sur une vérité rarement formulée publiquement : lorsque l’État et les OSC cessent de se parler, la démocratie recule mécaniquement, et ce sont les services aux citoyens — santé, éducation, infrastructures — qui s’affaissent en premier. À l’inverse, des relations assainies améliorent les performances publiques autant que la participation citoyenne.

Repenser les mécanismes de confiance

Après ces constats parfois rugueux, les participants ont été répartis en groupes de travail, avec pour mission d’aller au-delà du diagnostic. La méthodologie volontairement interactive — un mélange de discussions croisées, d’ateliers thématiques et de confrontations d’expertises — a permis de faire émerger des propositions concrètes. Juristes, universitaires, journalistes, responsables ministériels et représentants d’organisations de la société civile ont travaillé côte à côte, souvent avec la volonté assumée d’aplanir des années de malentendus institutionnels.

Très vite, un premier défi a surgi avec insistance : l’accès à l’information publique. Tous soulignent la même réalité : malgré des textes censés garantir ce droit, l’administration reste enveloppée dans une opacité qui paralyse l’action citoyenne. Données non publiées, rapports introuvables, statistiques obsolètes… Cette invisibilité bureaucratique empêche les OSC et, plus largement, les citoyens de suivre les politiques publiques, de contrôler les budgets, d’évaluer les projets ou de détecter les dérives.

D’où l’idée, largement partagée, de bâtir une plateforme nationale unique de transparence regroupant marchés publics, budgets, projets d’investissement, états d’exécution et même des espaces de feedback. Une autre proposition fait consensus : obliger chaque administration à répondre formellement aux mémorandums, courriers et rapports envoyés par les OSC, avec des délais stricts et une traçabilité complète. Certains poussent même plus loin, plaidant pour des « budgets citoyens » qui vulgarisent les choix financiers de l’État et rendent l’action publique intelligible pour tous.

Au fil des échanges, une autre préoccupation se dessine : l’état de la participation citoyenne, encore largement entravée par une méfiance historique entre l’État et la société civile. Beaucoup estiment qu’il faut sortir des consultations ponctuelles ou improvisées pour bâtir un véritable espace de dialogue structuré. Plusieurs pistes émergent : l’installation de comités consultatifs locaux incluant autorités administratives, OSC et communautés ; l’organisation de forums publics avant tout projet structurant ; ou encore la mise en place de mécanismes de consultation obligatoires, fondés sur des méthodologies claires et partagées.

L’idée de cadres de concertation trimestriels revient régulièrement, comme un minimum pour réduire les tensions, harmoniser les priorités et fluidifier la communication. « Une politique publique élaborée dans le secret échoue souvent sur le terrain », résume l’un des participants, rappelant que l’adhésion citoyenne reste l’ingrédient qui manque trop souvent. Mais encore faut-il que la société civile elle-même ait les épaules solides. Plusieurs experts insistent sur ce point : pour dialoguer d’égal à égal avec l’administration, les OSC doivent se renforcer, tant en compétences qu’en stratégies.

Les recommandations portent alors sur la gestion financière, la mesure de performance, l’analyse budgétaire ou le suivi des politiques publiques. L’idée de cartographier systématiquement les acteurs gouvernementaux avant tout engagement fait son chemin, tout comme celle de construire des coalitions thématiques pour mutualiser les expertises et réduire les risques individuels dans les environnements sensibles. Certains misent sur des interventions discrètes mais techniquement solides, capables d’avoir un fort impact sans déclencher de crispations inutiles.

Dans l’ensemble, les échanges convergent vers la même conclusion : les pays africains qui progressent sont ceux où l’État s’appuie sur une société civile robuste, formée, organisée et capable de challenger sans s’opposer systématiquement. Beaucoup rappellent que le Cameroun ne fait pas exception — et que la qualité du dialogue entre institutions et OSC déterminera en grande partie la crédibilité des réformes à venir.

Un moment rare de franchise institutionnelle

À Yaahot Hôtel, l’un des enseignements majeurs n’est ni un graphique ni un outil de gouvernance. C’est plutôt la reconnaissance, par toutes les parties, qu’un État performant ne peut pas fonctionner seul, et qu’une société civile influente ne prospère pas dans la confrontation systématique.

Les échanges ont montré que, lorsque les deux sphères acceptent de parler sans posture, une vision commune devient possible. Le Dialogue État–OSC de NewSETA n’a pas dissipé toutes les tensions. Mais il a permis de les nommer.

Et parfois, dans les relations entre institutions publiques et acteurs civiques, nommer les tensions est déjà un début de réforme.

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