Acceuil Politique Sénégal| Face à l’adversaire Sonko, Bassirou Diomaye Faye « active sa coalition pour la présidentielle de 2029 »
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Sénégal| Face à l’adversaire Sonko, Bassirou Diomaye Faye « active sa coalition pour la présidentielle de 2029 »

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Le samedi 7 mars 2026, pendant que la coalition Diomaye Président tenait sa première Assemblée Générale à l’Hôtel King Fahd Palace de Dakar avec 500 participants, 300 maires ralliés et le président de la République en personne à la clôture, Ousmane Sonko publiait sur Facebook qu’il avait passé une « excellente journée dans les champs » . Ce contraste brutal entre les deux hommes dit, sans détour, ce que les discours officiels s’évertuent encore à taire : la cohabitation entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre a atteint une limite structurelle. Et la bataille pour 2029 est désormais ouverte au sein même de la majorité sénégalaise.

L’AG du 7 mars, acte d’émancipation

La coalition Diomaye Président n’était, à sa création en 2024, qu’un véhicule électoral — une alliance de circonstance pour porter la candidature de Bassirou Diomaye Faye au premier tour de la présidentielle qu’il a remportée au premier tour avec 54,28%. Ce temps est révolu !! Car l’Assemblée Générale d’hier n’était pas une réunion ordinaire de gestion interne. C’était un acte politique délibéré, soigneusement préparé, dont chaque détail a été pensé pour envoyer un message à la base militante, au Pastef, et à Ousmane Sonko.

La journée s’est ouverte avec les travaux de validation des textes fondateurs de la coalition , des statuts qui lui donnent désormais un cadre juridique clair et pérenne, et dont l’article 10 évoque explicitement la préparation des « échéances futures » . Une formulation qui n’a échappé à personne dans la salle. Environ 500 participants — délégués, cadres, maires et sympathisants venus de toutes les régions du Sénégal — ont assisté à une journée dont le moment le plus fort est venu en fin d’après-midi, avec l’arrivée du président Diomaye Faye en personne pour présider la séance de clôture. Ce déplacement n’avait rien de protocolaire. Il était politique.

Dr Aminata Touré, superviseure générale de la coalition désignée personnellement par le président le 11 novembre 2025, a officalisé depuis la tribune le ralliement de 300 maires à la coalition. Un ancrage territorial massif et, surtout, indépendant du Pastef. C’est elle également qui a cadré l’ambition de la journée : « Le président Bassirou Diomaye Faye m’a indiqué qu’il tient à sa coalition ». Puis, lors de son discours de clôture, Diomaye Faye a posé les termes de son projet avec une clarté inhabituelle : « Nous avons conquis le pouvoir avec vous, nous devons l’exercer avec vous », avant d’ajouter que « cette coalition, je ne la trahirai jamais et rien, absolument rien, ne peut nous ébranler ». 

Dans la salle, des maires et des cadres — dont plusieurs députés Pastef — ont ouvertement appelé à réélire Diomaye Faye en 2029, sans que le président ne démente ni ne calme le jeu. Il s’est contenté d’une réponse floue sur sa candidature : « Chaque chose en son temps ».  Mais la machine, elle, était déjà lancée.

Les piques qui ne trompent personne

Si la journée avait une cible non déclarée, elle avait un nom. Plusieurs intervenants ont, depuis la tribune, répondu frontalement à des sorties antérieures d’Ousmane Sonko — lequel avait affirmé publiquement que 90% de l’électorat de Diomaye Faye provenait du Pastef, sous-entendant que sans le parti, le président n’existerait pas politiquement. Abdourahmane Diouf, ministre de l’Environnement et proche du président, a répliqué sans ambages que « Personne ne peut réécrire l’histoire. C’est la coalition Diomaye Président qui a élu le président Diomaye Faye. Nous savons tous qu’au Sénégal, le gagnant de la présidentielle remporte facilement les législatives ». Une réplique prononcée en présence du chef de l’État, sans démenti de sa part.

La désignation même d’Aminata Touré comme figure centrale de la coalition est, en elle-même, une provocation mesurée envers le camp Sonko. Ancienne Première ministre sous Macky Sall, Mimi Touré est une figure que la base militante du Pastef regarde avec une méfiance persistante. En la maintenant et en la confortant publiquement malgré les pressions internes, Diomaye Faye a signifié qu’il ne gouverne plus sous tutelle. Les décisions de sa coalition lui appartiennent.

Plusieurs responsables Pastef présents à l’AG ont posé ouvertement la question qui fissure la majorité : « Et la candidature de Sonko en 2029 ? Quel arbitrage rendra le président ? ». Des questions restées sans réponse directe, mais dont la formulation publique, dans une salle acquise à Diomaye, dit l’étendue des fractures déjà visibles au sein du camp au pouvoir.

Sur les réseaux sociaux, la base militante Pastef n’a pas observé la même retenue : les mots « trahison », « réécriture de l’histoire » et « ingratitude » ont dominé les commentaires dans les heures suivant l’AG.

Sonko était aux champs

Pendant que tout cela se déroulait au King Fahd Palace, Ousmane Sonko publiait sur Facebook : « J’ai passé une excellente journée dans les champs. Il n’y a rien de plus vrai que l’agriculture. Retournons-y tous ! Le pari de la souveraineté commence d’abord par l’individu. ». Pas un mot sur l’AG. Pas une mention du président. Un silence calculé, habillé en sérénité philosophique.

Ce n’est pas la première fois que Sonko répond à une initiative de Diomaye par le détachement affiché. Mais derrière la posture zen, la position politique est connue et sans ambiguïté. Dès le 7 décembre 2025, lors de la Journée des martyrs au Grand Théâtre de Dakar, il avait déclaré sans détour  que « Rien ne peut m’empêcher d’être candidat ».  Une candidature pour 2029 assumée, répétée, et réaffirmée depuis.

Et début mars 2026, il avait posé une ligne rouge explicite : si Diomaye s’écarte de la ligne du Pastef, « le parti quitte le gouvernement et retourne dans l’opposition ». 

C’est dans ce contexte que l’absence de Sonko au King Fahd Palace prend toute sa signification. Contrairement à lui, certains cadres Pastef avaient fait le déplacement dont Me Moussa Diop, présent à l’AG malgré une convocation policière pour diffusion de fausses nouvelles la veille. Cette présence fragmentée du Pastef à l’AG dit elle aussi quelque chose : le parti n’est plus monolithique face aux initiatives du président. Les lignes bougent, et pas toujours dans le sens que Sonko attendait.

La guerre de 2029 a déjà commencé

La Constitution sénégalaise est claire : Bassirou Diomaye Faye peut légalement se représenter en 2029 pour un second et dernier mandat. Ousmane Sonko est, à ce jour, juridiquement éligible selon les constitutionnalistes. Les deux hommes peuvent donc se retrouver face à face dans trois ans — au sein de ce qui était, il y a encore quelques mois, la même famille politique. C’est ce scénario, désormais jugé probable par les observateurs de la politique sénégalaise, que l’AG du 7 mars a rendu un peu plus réel.

D’un côté, Diomaye Faye dispose désormais d’un instrument structuré — une coalition avec 300 maires, des statuts, une superviseure générale loyale — qui lui offre un ancrage territorial indépendant du Pastef. Il réaffirme en parallèle son appartenance au parti pour éviter la rupture ouverte, tenant une ligne d’équilibre délicate mais jusqu’ici tenue. De l’autre, Sonko garde le contrôle du Pastef, de sa machine militante et d’une base populaire qui reste, pour l’instant, la plus mobilisée du pays.

Les élections locales de 2027 seront le premier vrai test de force, une répétition générale avant l’affrontement décisif. Mais la dynamique est déjà enclenchée. Ce qui s’est passé à Dakar hier n’était pas une Assemblée Générale ordinaire. C’était la déclaration de guerre la plus feutrée de l’histoire politique récente du pays de la teranga.

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