Trois jours après avoir reçu son prédécesseur au Palais de la République, le président Bassirou Diomaye Faye a tranché : Dakar apporte désormais son plein soutien à la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies. Un revirement qui met fin à plusieurs mois d’incertitude et de silence des autorités sénégalaises sur ce dossier.
Dans un communiqué signé du ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, la présidence sénégalaise confirme que le chef de l’État a reçu, au Palais de la République, l’ancien président Macky Sall, venu l’entretenir de sa candidature au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Le texte précise que cette rencontre s’est déroulée dans un climat empreint de cordialité et de courtoisie républicaine, formulation qui témoigne, selon la présidence, de l’attachement du chef de l’État au dialogue, à la continuité de l’État et au rassemblement autour des intérêts supérieurs de la nation.
L’information centrale du communiqué tient en une phrase : à l’issue de la rencontre, le président de la République a décidé que le Sénégal apporterait son plein soutien à la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Cette décision met un terme à des mois de statu quo, durant lesquels Dakar s’était systématiquement gardée de trancher, y compris lors de la procédure d’approbation tacite engagée par l’Union africaine en mars, à laquelle le Sénégal ne s’était pas associé.
Le communiqué ne se limite pas à une simple prise de position de principe. Le chef de l’État a, en conséquence, instruit le gouvernement et l’ensemble du réseau diplomatique sénégalais de se mobiliser pleinement pour promouvoir cette candidature auprès des États membres des Nations unies. Cette instruction transforme un soutien jusque-là suspendu en véritable feuille de route diplomatique, mobilisant l’appareil d’État sénégalais dans son ensemble au service de la candidature de l’ancien président.
Le texte va enfin au-delà du seul appareil diplomatique, en invitant toutes les forces vives de la nation à soutenir cette candidature, présentée comme désormais celle du Sénégal tout entier, au service de l’Afrique et d’un multilatéralisme plus performant. Cette formulation, qui élargit l’appel au-delà des seules institutions, cherche à donner à cette décision la portée d’un consensus national plutôt que d’un simple arbitrage présidentiel.
Une décision qui solde des mois d’incertitude
Cette annonce intervient dans le prolongement direct de la visite effectuée par Macky Sall à Dakar le 17 juillet dernier, sa première apparition publique au Sénégal depuis son départ du pouvoir en avril 2024. Reçu ce jour-là par Bassirou Diomaye Faye, l’ancien chef de l’État était venu informer son successeur de sa candidature et solliciter l’appui officiel de son pays, sans qu’aucune décision ne soit alors annoncée à l’issue de l’entretien.
Ce délai de quelques jours entre l’audience du 17 juillet et l’officialisation du soutien s’explique par le contexte particulièrement sensible dans lequel s’inscrivait cette demande. Depuis l’alternance de 2024, les nouvelles autorités sénégalaises avaient maintenu une ligne prudente à l’égard de Macky Sall, sur fond d’accusations portant sur la gestion de la dette publique et sur la répression de manifestations politiques survenues entre 2021 et 2024. Le Sénégal avait d’ailleurs figuré, en mars, parmi les vingt pays ayant refusé d’avaliser la candidature dans le cadre de la procédure engagée par l’Union africaine, précisant alors n’avoir ni soutenu ni initié cette démarche.
La décision annoncée aujourd’hui marque donc un basculement politique significatif. Elle intervient après plusieurs semaines durant lesquelles la question du soutien sénégalais avait alimenté un débat public nourri, certains commentateurs évoquant un possible soutien tacite dès la tenue de l’audience du 17 juillet, quand d’autres, à l’image de voix critiques au sein même de la majorité présidentielle, dénonçaient par avance toute normalisation avec l’ancien pouvoir.
Ce revirement s’inscrit également dans une dynamique régionale amorcée dans la foulée du passage de Macky Sall à Dakar. Le président gambien Adama Barrow avait, quelques jours plus tôt, reçu l’ancien chef de l’État sénégalais à la State House de Banjul et apporté son propre soutien à cette candidature, un geste interprété comme un signal envoyé aux autres capitales ouest-africaines. Le choix du Sénégal de franchir à son tour le pas confirme cette dynamique d’agrégation progressive de soutiens, capitale après capitale, dans une région où l’appui du pays d’origine du candidat demeurait, jusqu’ici, le principal maillon manquant.
Ce que change ce soutien pour la candidature
Sur le plan diplomatique, ce soutien officiel comble une lacune qui fragilisait, depuis le dépôt de la candidature par le Burundi en mars dernier, la crédibilité internationale de Macky Sall. Dans les usages propres aux grandes fonctions multilatérales, l’absence de parrainage explicite du pays d’origine d’un candidat constitue en effet un handicap significatif, notamment aux yeux des membres permanents du Conseil de sécurité, dont l’assentiment reste déterminant dans le processus de désignation du prochain Secrétaire général.
L’instruction donnée à l’ensemble du réseau diplomatique sénégalais de promouvoir activement cette candidature auprès des États membres des Nations unies devrait, dans les prochaines semaines, se traduire par une intensification des démarches de Dakar dans les enceintes multilatérales, en complément de la tournée personnelle déjà menée par Macky Sall depuis le mois de mars à travers plusieurs continents.
Cette décision replace également le Sénégal dans une position plus favorable au sein des équilibres diplomatiques africains, alors que la candidature de son ancien président avait jusque-là souffert d’un déficit de lisibilité continentale, faute d’un soutien unanime de l’Union africaine et en l’absence, précisément, de l’appui de son propre pays. En officialisant son soutien, Dakar cherche à présenter cette candidature comme pleinement sénégalaise, et non plus comme une initiative portée depuis Bujumbura au nom d’une présidence tournante contestée.
Le processus de sélection du successeur d’António Guterres, engagé depuis le 25 novembre 2025, doit se poursuivre dans les prochains mois avant l’entrée en fonction du nouveau Secrétaire général au 1er janvier 2027. L’évolution de la position de Dakar sera, à ce titre, scrutée avec attention par les autres candidats en lice et par les chancelleries impliquées dans ce processus, comme un indicateur de la capacité de Macky Sall à transformer son intense tournée diplomatique en soutiens institutionnels tangibles.

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