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Cameroun| Le Parlement est entré en session ordinaire, il en est sorti extraordinaire

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Assemblée nationale,Théodore Datouo,Session parlementaire
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Personne ne l’attendait ainsi. Ouverte le 10 mars dans la routine protocolaire d’un début de législature, la première session ordinaire de l’Assemblée nationale camerounaise s’est refermée ce 8 avril sur un bilan que l’histoire retiendra — Constitution révisée, institutions reconfigurées, président de chambre remplacé après trente ans. L’ordinaire avait rendez-vous avec l’extraordinaire. Il n’a pas manqué le rendez-vous.

Il y a des sessions parlementaires qui s’ouvrent et se ferment sans laisser de traces. Celle-ci n’est pas de celles-là. Ouverte le 10 mars 2026, la première session ordinaire de la 10ème législature de l’Assemblée nationale camerounaise s’est achevée ce mercredi 8 avril dans une atmosphère solennelle, sous la présidence d’un homme qui n’occupait pas encore ce fauteuil lorsque les travaux avaient débuté. En moins de trente jours, le Cameroun a changé de président de chambre, modifié sa Constitution, réformé son code électoral et adapté l’organisation de son Conseil constitutionnel. Quatre textes, une session, des mutations qui redessinent le visage institutionnel du pays.

Le très honorable Théodore Datouo, élu à la présidence de l’Assemblée nationale le 17 mars 2026, a présidé la séance de clôture avec la gravité d’un homme conscient du moment. Dans son discours, il a rendu hommage à la mémoire de l’honorable Claude Juimo Siewe Monthé, député RDPC du Haut-Nkam décédé le 4 avril à Yaoundé des suites de maladie, à son deuxième mandat. « Pour la 21ème fois au cours de cette 10ème législature, l’Assemblée nationale est endeuillée », a-t-il déclaré, avant d’inviter l’hémicycle à observer une minute de silence. Une entrée en matière funèbre pour une clôture qui se voulait triomphale — paradoxe qui dit quelque chose de la densité humaine de cette session.

Quatre textes, une architecture institutionnelle renouvelée

Le bilan législatif de cette session est à la fois compact dans sa forme et considérable dans ses effets. Quatre projets de loi ont été examinés et adoptés — mais aucun n’est anodin.

Le premier et le plus structurant est la révision constitutionnelle adoptée en Congrès le 4 avril, qui a institué le poste de Vice-Président de la République. Un texte qui a fait trembler les travées — les débats houleux du Congrès ont dit l’ampleur des résistances — mais qui a finalement été adopté à une large majorité de 205 voix pour, 14 contre et 3 abstentions. Comme un arbre centenaire dont les racines résistent à la tempête avant de plier sous le vent du vote, l’opposition a ébranlé sans renverser. La Constitution camerounaise porte désormais l’empreinte de cette session.

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Le deuxième texte, plus discret dans sa présentation mais tout aussi lourd de sens, porte prorogation du mandat des députés jusqu’au 20 décembre 2026 promulgué dès le 25 mars sous le numéro Loi N°2026/001. Le calendrier électoral est décalé. La raison officielle : des contraintes techniques et financières. Le troisième texte adapte l’organisation et le fonctionnement du Conseil constitutionnel aux nouvelles réalités institutionnelles créées par la révision constitutionnelle, les serrures posées après que la porte a été ouverte.

Le quatrième modifie le code électoral, avec une disposition qui mérite attention : le Président de la République pourra désormais proroger ou abréger par décret le mandat des conseillers municipaux, sans limitation de délais. Une flexibilité électorale nouvelle, dont les implications pratiques se mesureront dans les prochains mois.

Ces quatre textes forment un tout cohérent et c’est précisément cette cohérence qui mérite d’être lue avec attention. En une seule session, le Cameroun a reconfiguré sa succession présidentielle, prolongé son calendrier législatif, assoupli sa gestion des mandats locaux et adapté sa juridiction constitutionnelle. Rarement une session parlementaire ordinaire aura produit autant de mutations en si peu de temps.

Datouo prend les rênes.. et annonce la couleur

Il y a dans le discours de clôture du très honorable Théodore Datouo deux registres distincts que l’observateur attentif doit séparer. Le premier est celui de la célébration institutionnelle : hommages, félicitations, remerciements, réaffirmation de la loyauté au chef de l’État. Un registre attendu, conforme au protocole d’une clôture de session présidée par un homme qui vient d’accéder à l’une des plus hautes fonctions de l’État.

Le second registre est plus inattendu, et plus révélateur du personnage. S’adressant aux collaborateurs de l’Assemblée nationale, Datouo a rompu avec la langue de bois pour parler cash : « J’exigerai discipline, assiduité, efficacité et compétence ». Quatre mots. Quatre exigences. Une mise en demeure à peine voilée à l’endroit de ceux qui, sous le long règne de son prédécesseur Cavaye Yeguie Djibril ( plus de trois décennies à la tête de la chambre ), avaient pris l’habitude de traiter l’hémicycle comme un espace à géométrie variable, où l’assiduité était facultative et la discipline négociable.

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Cavaye Yeguie Djibril, figure inamovible du paysage parlementaire camerounais depuis 1992, a quitté le fauteuil en mars sans fracas apparent. Mais son départ laisse derrière lui des habitudes institutionnelles que le nouveau président entend visiblement extirper. « L’Assemblée nationale est une prestigieuse institution de l’État. Les comportements des collaborateurs doivent être le reflet de ce prestige », a-t-il martelé. Une phrase qui sonne comme un avertissement autant que comme une vision. À ses côtés dans le nouveau bureau de la chambre, Kamsouloum Abba Kabir comme Vice-président et Salomon Douvogo comme Questeur complètent une équipe dirigeante dont le premier acte public est précisément cette affirmation d’autorité.

Ce que cette session dit du Cameroun d’aujourd’hui

Lire cette session parlementaire dans sa globalité, c’est lire un pays en transition accélérée. En l’espace de trente jours, le Cameroun a posé les fondations d’une architecture institutionnelle nouvelle dont les contours définitifs ne sont pas encore visibles, puisque la loi sur le Vice-Président attend encore sa promulgation par le Président de la République, qui dispose de quinze jours pour apposer sa signature.

Comme le fleuve Wouri qui charrie à la fois les alluvions du passé et les eaux vives de l’avenir, cette session a porté simultanément le poids de l’héritage et l’élan d’une reconfiguration dont personne ne mesure encore exactement la portée. La question du Vice-Président qui sera nommé, avec quelles attributions réelles, selon quelle logique politique reste entière. Celle de la réforme du code électoral et de ses implications sur les prochaines échéances locales aussi.

Théodore Datouo a invité ses collègues à rentrer dans leurs circonscriptions avec ces mots : « Être dans une Chambre pluraliste n’est pas synonyme de perpétuels désaccords ». Une invitation au consensus qui sonne également comme un appel à dépasser les fractures exposées lors du Congrès du 4 avril. René Ze Nguele avait dit « suspecte ». Nintcheu avait crié au coup d’État constitutionnel. Le vote avait tranché. La session s’est fermée.

Mais les questions, elles, ne se ferment pas avec les travaux parlementaires. Elles voyagent avec les députés vers leurs circonscriptions et elles reviendront à la prochaine session, portées par une réalité institutionnelle que le Cameroun est encore en train d’apprendre à lire…

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