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Bénin| Présidentielle du 12 avril : à J-6, la campagne finale s’emballe

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À six jours d’un scrutin qui verra pour la première fois depuis dix ans Patrice Talon absent du bulletin de vote, les deux duos en lice intensifient leur offensive sur le terrain. Romuald Wadagni ( à droite ) et Paul Hounkpè ( À gauche ) ont jusqu’au 10 avril pour convaincre les quelque 6,6 millions d’électeurs béninois. Le Bénin s’apprête à écrire une page rare de son histoire politique.

Le compte à rebours est lancé. Dimanche 12 avril 2026, le Bénin élira son nouveau président au suffrage universel direct. Et pour la première fois depuis une décennie, Patrice Talon ne figurera pas parmi les candidats. Le chef de l’État de 67 ans, élu en 2016 puis réélu en 2021, achève son deuxième et dernier mandat constitutionnel. Il quittera le pouvoir le 23 mai prochain, laissant derrière lui un pays profondément reconfiguré sur le plan institutionnel, économique et sécuritaire. Ce départ volontaire et ordonné, rare sur un continent où les alternances contraintes et les tripatouillages constitutionnels demeurent monnaie courante, confère à ce scrutin une dimension symbolique qui dépasse largement les frontières béninoises. Dans un Sahel secoué par les putschs à répétition, Cotonou s’apprête à démontrer qu’un autre modèle est possible.

Wadagni en terrain conquis

Romuald Wadagni aborde cette dernière semaine de campagne en position de force. Le ministre des Finances de 49 ans, associé à la vice-présidente sortante Mariam Chabi Talata comme colistière, bénéficie d’un avantage structurel considérable : celui d’être le candidat adoubé par Patrice Talon, qui a promis publiquement de faire campagne pour lui et reste très actif en coulisses pour mobiliser les réseaux de la majorité présidentielle. Aux législatives et communales de janvier 2026, cette même majorité avait raflé la totalité des 109 sièges au Parlement — un résultat qui donne la mesure de l’implantation territoriale dont dispose le camp Wadagni à l’entame du sprint final.

Sur le terrain, le candidat multiplie les meetings à travers le pays, déclinant un programme ancré dans la continuité des réformes engagées depuis 2016 tout en y ajoutant sa propre signature. Son annonce phare en matière de sécurité — la création de polices municipales dans les villes frontalières du Nord, directement exposées aux incursions jihadistes venues du Niger et du Nigeria — a été particulièrement remarquée. Elle témoigne d’une volonté de s’approprier un dossier sécuritaire que Talon avait largement porté, et d’en faire un axe fort de sa candidature. Sur le plan économique, Wadagni, architecte de la politique budgétaire béninoise depuis une décennie, se présente en garant de la stabilité et de l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers.

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Technocrate pur, jamais élu auparavant, il doit cependant réussir un exercice délicat : convaincre au-delà du cercle des convertis et incarner une figure présidentielle crédible aux yeux d’un électorat habitué à Talon. Sa colistière Mariam Chabi Talata, figure politique aguerrie et vice-présidente sortante, joue à cet égard un rôle de balancier essentiel — apportant au ticket une légitimité populaire et une expérience institutionnelle que Wadagni ne possède pas encore en propre. Ensemble, ils forment un duo complémentaire que la majorité présidentielle a soigneusement construit pour maximiser ses chances dès le premier tour.

Pour être élu sans second tour, le duo Wadagni-Chabi Talata devra franchir la barre de la majorité absolue — 50 % des suffrages exprimés plus une voix. Un objectif jugé accessible par les observateurs, mais qui dépendra en grande partie du taux de participation. Plus les Béninois se mobiliseront, plus la légitimité du vainqueur sera incontestable, un paramètre que le camp Wadagni surveille attentivement.

Hounkpè joue la carte du terrain

Face à la machine électorale de la majorité, Paul Hounkpè mène une campagne délibérément différente. Le candidat des Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), accompagné de Judicaël Hounwanou, a choisi de miser sur la proximité et le contact direct avec les populations. Là où Wadagni aligne les grands meetings, Hounkpè sillonne les localités, va à la rencontre des communautés rurales et urbaines, et développe un discours centré sur une « gouvernance de proximité », une formule qui résume à la fois sa méthode de campagne et son projet politique.

Ancien ministre, figure connue du paysage politique béninois, Hounkpè représente dans ce scrutin le seul espace d’alternative réelle offert aux électeurs. Son positionnement est celui d’une opposition modérée, critique sur certaines exclusions du jeu politique, mais sans rupture radicale avec les grandes orientations économiques du pays. Il cherche à capter les électeurs déçus par certains aspects de la gouvernance Talon sans pour autant les brusquer avec un discours de rupture totale, dans un pays où la stabilité est perçue comme un acquis précieux.

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La configuration à deux candidats lui offre paradoxalement une visibilité maximale : dans un face-à-face, chaque voix compte davantage et chaque meeting résonne plus fort que dans un scrutin à dix candidats. Hounkpè le sait, et structure sa fin de campagne en conséquence, cherchant à transformer l’essai dans les bastions où les FCBE ont historiquement une implantation solide. Si une dynamique de second tour devait s’enclencher — hypothèse que ses partisans entretiennent — c’est sur ces territoires acquis qu’elle devrait prendre racine.

J-6 : la logistique en ordre de marche

Pendant que les candidats battent la campagne, la Commission électorale nationale autonome (CENA) finalise les derniers préparatifs opérationnels. Le scrutin se déroulera sur une seule journée, le dimanche 12 avril, avec des cartes d’électeur biométriques comme seul document admis dans les bureaux de vote. Environ 6,6 millions d’électeurs sont appelés aux urnes sur l’ensemble du territoire national. Les statistiques électorales avaient été remises par l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP) dès juillet 2025, permettant à la CENA de travailler sur une base fiable et actualisée.

Le calendrier post-scrutin est précisément balisé : les résultats provisoires sont attendus entre le 14 et le 17 avril, les résultats définitifs le 21 avril. Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour, un second tour sera organisé le dimanche 10 mai 2026. Un dispositif sécuritaire renforcé sera déployé sur l’ensemble du territoire le jour du vote, avec une vigilance particulière dans les départements du Nord, où la menace jihadiste venue des pays voisins reste prégnante. Des missions d’observation internationale ( Union africaine, CEDEAO, Union européenne ) devraient être présentes pour suivre le déroulement du scrutin.

La campagne officielle, ouverte le 27 mars, s’achèvera le 10 avril à minuit. Les 48 heures de silence électoral qui suivront précéderont un dimanche que le Bénin et une partie du continent africain observera avec attention… Affaire à suivre !!

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