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Cameroun| Paul Atanga NJI : « Le Cameroun est un peuple béni et heureux d’accueillir le Saint-Père »

À la veille de la visite du pape Léon XIV au Cameroun, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, face à Charles Ebune dans une interview exclusive, a salué une mobilisation nationale « totale » et une relation historique entre le Cameroun et le Vatican. Entre préparation logistique, message d’unité nationale et rappel des liens anciens avec le Saint-Siège, cette visite apparaît comme un moment de ferveur religieuse et de mise en scène diplomatique où le Cameroun entend afficher son visage de nation unie, organisée et ouverte au monde.

Un État en ordre de marche

Dans son échange avec Charles Ebune, le ministre ne se contente pas d’annoncer une visite, il décrit une mécanique déjà en mouvement, une machine étatique lancée à pleine vitesse, où chaque niveau de pouvoir semble engagé dans une même dynamique, celle d’un pays décidé à ne rien laisser au hasard au moment d’accueillir le souverain pontife avec des réunions qui s’enchaînent, se répètent, se multiplient à la présidence de la République, à la primature, dans les administrations, sur le terrain, dans une sorte de chorégraphie institutionnelle où chacun sait ce qu’il a à faire, où chaque détail compte, où chaque étape est pensée, contrôlée, validée, comme si, derrière la visite religieuse, se jouait aussi une question d’image, de crédibilité, de capacité à organiser un événement qui attire l’attention du monde entier.

Dans cette mise en ordre, la figure de Paul Biya apparaît en filigrane, décrite comme celle d’un chef d’État « méticuleux », attentif aux enjeux, donnant des instructions fermes à ses collaborateurs afin que cette visite devienne « un événement parmi les événements », une expression qui dépasse la simple emphase pour traduire une volonté claire : faire de ce moment un repère dans l’histoire contemporaine du pays, un instant capable de marquer durablement les esprits, de s’inscrire dans une mémoire collective.

Le ministre insiste sur cette mobilisation totale, sur cette impression d’un pays entier qui se met en mouvement, des institutions aux autorités religieuses, des évêques aux responsables administratifs, comme si le Cameroun se présentait au monde dans une posture de cohésion, prêt à accueillir, prêt à montrer, prêt à affirmer une certaine idée de lui-même, une idée maîtrisée, structurée, organisée.

Ce qui se dessine dans ce discours, ce n’est pas seulement l’accueil d’un chef religieux, c’est la construction d’un moment politique, d’un instant où l’État se montre, se raconte, s’expose à travers sa capacité à encadrer, sécuriser, organiser, canaliser une ferveur qui, elle, dépasse largement les institutions. Et dans cette démonstration, tout semble déjà écrit.

Trois villes, un récit national

Lorsque Paul Atanga Nji évoque les étapes de la visite — Yaoundé, Bamenda, Douala — il ne s’agit pas d’un simple rappel logistique, mais d’une lecture implicite du pays, d’une manière de dessiner le Cameroun à travers ses pôles les plus significatifs car le déplacement du pape devient une traversée symbolique d’un territoire multiple, contrasté, traversé par des réalités différentes mais reliées par une même trame nationale.

Yaoundé incarne le pouvoir, la centralité politique, le lieu où se prennent les décisions, où se jouent les équilibres institutionnels, où la visite prend d’abord une dimension officielle, presque diplomatique, avec la rencontre du chef de l’État, moment protocolaire qui donne le ton d’une relation ancienne et entretenue avec le Saint-Siège, une relation que le ministre qualifie lui-même d’« extraordinaire », comme pour rappeler que cette visite ne surgit pas de nulle part mais s’inscrit dans une continuité.

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Bamenda, elle, introduit une autre réalité, plus tendue, plus fragile, celle d’une région marquée par des années de conflit, de violences, de fractures profondes, et le fait que le pape s’y rende donne à cette étape une portée particulière, presque silencieuse dans le discours officiel, mais lourde de sens dans le contexte national, comme si la simple présence du souverain pontife dans cette zone suffisait à dire quelque chose, à envoyer un message sans forcément le formuler.

Douala referme ce parcours sur une autre facette encore, celle de la puissance économique, de l’activité, du mouvement, d’un Cameroun tourné vers l’extérieur, connecté au monde, mais aussi confronté à ses propres défis urbains et sociaux, une ville qui concentre les contradictions d’un pays en mutation. Ainsi, à travers ces trois villes, c’est un récit qui se construit, un Cameroun qui se raconte par fragments, par contrastes, par étapes, un pays que le pape traverse mais que le pouvoir met en scène.

Le « vivre ensemble » érigé en doctrine

Dans la suite de son intervention, le Chef de terre déplace le regard, quittant le terrain strictement organisationnel pour investir un registre plus symbolique, plus idéologique, celui du « vivre ensemble », une notion qu’il rattache directement à la vision de Paul Biya et qu’il érige en clé de lecture de la visite, comme si l’arrivée du pape devenait le miroir d’une certaine idée du Cameroun, celle d’un pays où les différences cohabitent, où les appartenances religieuses ne divisent pas mais se répondent, se croisent, se partagent.

Il évoque des scènes du quotidien, des fêtes religieuses célébrées ensemble, des musulmans partageant des moments avec des chrétiens, des animistes présents dans les mêmes espaces, dessinant une image d’harmonie sociale, une image qui, dans son discours, ne relève pas de l’exception mais de la normalité, comme si cette coexistence faisait partie de l’ADN du pays, comme si elle constituait sa force principale.

La visite du pape devient alors un amplificateur de cette réalité, un moment où cette coexistence se rend visible, se matérialise, se donne à voir dans toute son intensité, un moment où le Cameroun se regarde lui-même et se présente au monde sous cet angle précis, celui d’une unité assumée, revendiquée, presque proclamée. Et c’est là que la déclaration prend une tournure plus tranchante, lorsque le ministre affirme que ceux qui ne s’inscrivent pas dans cette logique « ne sont pas des Camerounais ou sont des Camerounais contrefaits », une phrase qui dépasse le cadre de la simple description pour entrer dans celui de la norme, de la définition, comme si le vivre ensemble devenait une condition d’appartenance. Le discours se durcit, se précise, se positionne. Il ne décrit plus seulement, il prescrit.

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Une histoire longue qui refait surface

Derrière cette actualité immédiate, derrière cette visite qui mobilise tout un pays, se profile une histoire beaucoup plus ancienne, que les propos du ministre viennent raviver sans toujours la détailler, mais qui s’impose comme un arrière-plan incontournable pour comprendre la portée de l’événement, une histoire qui commence en 1890 lorsque le pape Léon XIII crée la préfecture apostolique du Cameroun, posant les premières bases d’une présence catholique appelée à s’étendre, à s’enraciner, à structurer durablement la société.

Les premiers missionnaires débarquent à Douala, fondent des missions, ouvrent des écoles, installent des structures de santé, participant à la formation des élites locales et à la transformation du tissu social, une présence qui se renforce au fil des décennies, qui s’adapte aux mutations politiques, aux changements de régime, aux réalités locales, jusqu’à devenir un acteur central du développement.

Après l’indépendance, cette relation prend une dimension diplomatique avec l’établissement officiel des liens en 1966, l’ouverture de la nonciature apostolique à Yaoundé, la mise en place d’un dialogue institutionnel régulier, structuré, durable, qui ne cesse de se consolider au fil des années, jusqu’à la signature de l’accord-cadre de 2014 qui vient formaliser le rôle de l’Église dans la société camerounaise.

Ce texte reconnaît les institutions catholiques comme des acteurs d’utilité publique, encadre leur action dans les domaines de l’éducation, de la santé, du social, tout en affirmant la liberté religieuse, posant ainsi les bases d’une coopération stable, claire, assumée. Dans cette perspective, la visite du pape Léon XIV n’apparaît plus comme un événement isolé.

Elle devient un épisode supplémentaire dans une relation ancienne, continue, profondément ancrée.

Une vitrine ouverte au monde

Lorsque le ministre affirme que « la planète se déplace » avec le pape, il ne parle pas seulement de symbolique religieuse, il évoque une réalité concrète, celle d’un événement suivi à l’échelle mondiale, observé, commenté, analysé, relayé par des médias internationaux, une attention qui transforme le Cameroun en centre de gravité médiatique pendant quelques jours, une visibilité rare, précieuse, stratégique.

Les caméras se braquent, les regards convergent, les récits se construisent. Le pays devient une scène. Dans ce contexte, chaque image compte, chaque séquence participe à une narration globale, celle d’un Cameroun organisé, uni, accueillant, capable de recevoir un événement d’envergure mondiale, capable de se présenter sous son meilleur jour, capable de transformer une visite religieuse en moment de projection internationale.

Le rappel par le ministre de la visite de Benoît XVI en 2009, et de cette expression « terre de promesses », s’inscrit dans cette logique, celle d’une mémoire mobilisée pour renforcer un récit positif, pour inscrire le présent dans une continuité valorisante. Et lorsque Léon XIV choisit à son tour le Cameroun comme l’une de ses premières étapes africaines, le geste est immédiatement interprété comme une reconnaissance, comme une validation, comme un signe adressé au pays.

Dans les mots du ministre, la fierté affleure, s’installe, se répète. Un peuple « béni », dit-il et un peuple qui s’apprête, à nouveau, à se montrer au monde.

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