EN DIRECT

Politique

Cameroun| Pays « au bord d’une implosion générale », pouvoir « dépassé par les événements » : le MRC réclame ( à nouveau) la constatation de la vacance à la présidence de la République.

Onze jours après son élection à la tête du parti, Tiriane Balbine Nadège Noah décrit un pays « au bord d’une implosion générale ». Dans une déclaration datée du 28 octobre 2026, la présidente nationale du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) réclame la constatation de la vacance du pouvoir et l’intérim du président du Sénat.

Le texte s’ouvre sur un verdict : « Le Cameroun va mal, très mal. » Intitulée « Déclaration au sujet d’un volcan en éruption nommé Cameroun », la déclaration affirme que le pays n’est plus gouverné depuis des années. Pour étayer cette alerte, le MRC convoque une série de faits récents, qu’il présente comme les signes d’un même basculement.

Le premier est un songe. Le 27 septembre 2026, Jean-Paul Ntsengue, ancien conseiller technique et directeur de cabinet du président d’Elections Cameroon, publie sur sa page Facebook un texte où il dit avoir vu « le feu » et « le sang ». Défenseur obstiné du régime dans les médias, selon le MRC, il y avertit que 2027 pourrait ressembler à cette vision si le président Paul Biya ne fait rien dans les prochains jours.

Le deuxième vient de l’intérieur de l’appareil sécuritaire. Le 23 octobre, selon le MRC, le capitaine Romuald Kenneth Effoudou, ancien chef de bureau du renseignement à l’État-major de la Présidence, dresse sur « Fauteuil Rouge TV » un réquisitoire contre le pouvoir, puis appelle à une « mobilisation générale » dont les modalités doivent être précisées lors d’un prochain rendez-vous avec les téléspectateurs. Radié de l’armée le 13 mars 2024, l’officier multiplie depuis le 25 juillet 2026 les interventions depuis l’exil européen, et ses accusations n’ont pas été vérifiées de manière indépendante. Le MRC rapproche son discours de celui du mouvement « J’OSE », qui fut, écrit-il, au cœur de la tentative de coup d’État du 6 avril 1984.

Le troisième est économique. Le 22 octobre, à l’occasion de la 12e session du Cameroon Business Forum présidée par le Premier ministre, le principal responsable du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) a dressé, d’après le MRC, un bilan catastrophique du climat des affaires, révélant que les dépenses d’investissement public ont reculé de 74,4 % en 2026. Les chiffres publiés font état de 45 milliards de FCFA exécutés à fin mars 2026, contre 175,5 milliards un an plus tôt, le ministère des Finances invoquant des contraintes techniques rencontrées lors d’un basculement de système. Le MRC ajoute que le ministre des Finances a laissé entendre lui-même que les caisses de l’État sont « (presque) vides », et que le pays est hanté par le péril de la cessation de paiement.

Lire aussi:  Sénégal| Comment Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye ont mis fin au mythe du « ticket fusionnel » au sommet de l'État.

À ce décor, la déclaration adjoint un malaise social qu’elle dit « profond » : la misère, « y compris celle des personnes ayant un emploi, est générale ». Elle relève aussi que l’Armée, « la grande muette », est devenue bavarde, nombre de ses membres recourant désormais aux lanceurs d’alerte pour dénoncer les injustices dont ils s’estiment victimes.

Une crise née dans les urnes ?

Pour le MRC, la colère politique remonte à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 et à « l’exclusion arbitraire, illégale et barbare » du Pr Maurice Kamto, candidat investi par le MANIDEM. Écartée par Elecam pour « pluralité d’investitures » au sein de ce parti, sa candidature a été définitivement rejetée par le Conseil constitutionnel le 5 août 2025, douze candidats restant en lice.

Le scrutin, poursuit la déclaration, a été proclamé « sous haute tension », ses résultats officiels étant contestés et rejetés par une très large partie de la population. La crise post-électorale a fait, selon le MRC, « des dizaines de morts », notamment parmi des jeunes manifestants « aux mains nues », tombés sous les coups d’éléments de l’armée et des forces de sécurité. Des comptes rendus d’observateurs ont eux aussi fait état de dizaines de victimes dans les violences qui ont suivi le vote.

Vient ensuite le 14 avril 2026, que le MRC qualifie de « coup d’État constitutionnel ». Ce jour-là, Paul Biya a promulgué la loi modifiant les articles 5, 6, 7, 10, 53 et 66 de la Constitution, qui institue un vice-président nommé et révocable par le chef de l’État, appelé à achever le mandat en cas de vacance. Le MRC y voit la création d’un successeur constitutionnel désigné sans scrutin, en violation, écrit-il, de l’article 64 de la Constitution du 18 janvier 1996, et conclut que le Cameroun est « passé du statut de République à celui de Royaume ». Au 20 septembre, aucun vice-président n’avait encore été nommé.

Le calendrier électoral constitue, pour le parti, « le premier » des blocages démocratiques. Le mandat des députés, prorogé pour la deuxième fois par une loi promulguée le 25 mars, court jusqu’au 20 décembre 2026. Celui des conseillers municipaux a été prolongé par décret du 4 mai, lui aussi pour la deuxième fois, jusqu’au 28 février 2027. Des « contraintes financières et organisationnelles » ont été avancées pour justifier le report. « Les élections législatives et municipales ne sont pas une faveur du pouvoir : elles sont une obligation de la loi », répond le MRC.

Lire aussi:  CAMEROUN | Présidentielle 2025 : Le Conseil constitutionnel à l’épreuve de la décision Kamto

Le corps électoral, observe la déclaration, n’est toujours pas convoqué. Le parti exige qu’il le soit dans les délais légaux, afin que les Camerounais puissent enfin choisir ceux qui votent leur budget, contrôlent l’action gouvernementale et gèrent leurs communes. Il prévient : « Une nouvelle prorogation serait un nouvel aveu : celui d’un pouvoir qui redoute les urnes. »

Une sortie de crise par la Constitution de 1996

Le MRC assure n’être « pas dans une posture de compromission » et ne rien mendier « à personne ». Il rappelle les crimes que le pouvoir a, selon lui, fait subir à ses dirigeants et militants depuis 2012, notamment depuis le « hold-up électoral » de 2018, et l’obligation qui demeure de réclamer justice pour ses martyrs. Il se dit pourtant convaincu que les Camerounais « peuvent encore se parler pour éviter le pire qui toque aux portes de notre pays ».

La proposition tient en trois points. D’abord, que les instances compétentes constatent, selon les termes de la Constitution du 18 janvier 1996, la vacance du pouvoir à la présidence de la République. Ensuite, que le président du Sénat assure l’intérim prévu, entre 40 et 120 jours, conformément aux dispositions de ce même texte. Troisième exigence : que, durant l’intérim, sur la base d’un consensus « républicain et patriotique » et avant l’organisation de l’élection présidentielle, un Code électoral consensuel soit adopté en urgence, dans un esprit de réforme démocratique et d’apaisement social.

Pour le MRC, « seul le strict respect de la Constitution du 18 janvier 1996 peut permettre de sauver le Cameroun ». Le parti invite l’Union africaine, l’ONU, les pays partenaires historiques du Cameroun, l’Union européenne et, plus largement, la communauté internationale à s’unir autour de sa proposition, pour éviter au pays « la guerre civile généralisée qui se dessine sous nos yeux ».

Fait à Yaoundé le 28 octobre 2026, le texte est signé de Tiriane Balbine Nadège Noah. Élue présidente du MRC le 17 octobre lors de la convention extraordinaire du parti, elle succède à Maurice Kamto, avec 96,89 % des voix.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Articles similaires