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CHINE| Qui est Mao Zedong, l’homme qualifié de « dictateur » par Kylian Mbappé ?

La polémique provoquée par une vidéo virale dans laquelle Kylian Mbappé semble qualifier Mao Zedong de « dictateur chinois » a remis en lumière l’une des figures les plus marquantes et controversées du XXe siècle. Fondateur de la République populaire de Chine, révolutionnaire devenu maître absolu du pays, Mao a profondément transformé la société chinoise. Mais son règne, de 1949 à 1976, a aussi été marqué par des famines meurtrières, des persécutions politiques et des campagnes idéologiques dévastatrices. Pour comprendre pourquoi son nom conserve une telle importance en Chine, il faut revenir sur dix moments essentiels de son histoire.

1. Un enfant du Hunan

Mao Zedong naît le 26 décembre 1893 à Shaoshan, dans la province du Hunan, au centre de la Chine. Issu d’une famille paysanne relativement aisée, il grandit dans un pays fragilisé par les interventions étrangères, les difficultés économiques et les luttes entre factions politiques. Très tôt, il s’intéresse à l’histoire, aux idées politiques et aux bouleversements qui traversent son pays.

Sa jeunesse se déroule dans une période de remise en cause de l’ordre impérial chinois. En 1911, la révolution met fin à la dynastie Qing et ouvre la voie à la République de Chine. Mais le changement de régime ne règle ni les divisions internes ni les difficultés de gouvernance. Mao appartient à cette génération qui cherche une nouvelle voie pour reconstruire la puissance chinoise.

2. La naissance d’un révolutionnaire

Après ses études, Mao travaille à la bibliothèque de l’université de Pékin, où il découvre les courants intellectuels qui circulent dans la Chine du début du XXe siècle. Il s’intéresse progressivement au marxisme, une doctrine qui propose une transformation radicale de la société par la lutte des classes et la remise en cause de la propriété capitaliste.

En juillet 1921, il participe à la fondation du Parti communiste chinois (PCC). À cette époque, le parti est encore une organisation réduite, loin du pouvoir national. Mao se distingue progressivement par sa conviction que la paysannerie, majoritaire dans le pays, peut jouer un rôle central dans la révolution, contrairement aux modèles qui privilégient exclusivement les ouvriers des villes.

3. La Longue Marche

Dans les années 1920 et 1930, les communistes chinois affrontent le Guomindang, le mouvement nationaliste dirigé par Tchang Kaï-chek. Les offensives nationalistes menacent les bases communistes établies dans le sud du pays. En 1934, les forces communistes sont contraintes de battre en retraite pour échapper à leur encerclement.

Cette retraite, devenue célèbre sous le nom de « Longue Marche », conduit les communistes vers le nord de la Chine entre 1934 et 1935. Éprouvante et meurtrière, elle devient un événement fondateur de leur mémoire politique. Mao en sort renforcé et s’impose progressivement comme la figure dominante du parti. Il transforme cette épreuve militaire en symbole de résistance et de fidélité révolutionnaire.

4. La conquête du pouvoir

À partir de 1937, l’invasion japonaise rapproche temporairement les nationalistes et les communistes, qui combattent un ennemi commun. Cette coopération reste fragile, les deux camps conservant leurs ambitions et leur méfiance réciproque. Après la capitulation du Japon en 1945, la guerre civile reprend entre les forces de Mao et celles de Tchang Kaï-chek.

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Les communistes tirent profit de leur implantation rurale, de leur organisation militaire et du mécontentement provoqué par les difficultés économiques et politiques du régime nationaliste. En 1949, ils remportent la guerre civile sur le continent. Le 1er octobre, depuis Pékin, Mao proclame la fondation de la République populaire de Chine. Les nationalistes se replient à Taïwan. Cette victoire fait de Mao le dirigeant du nouvel État et marque une rupture majeure dans l’histoire chinoise.

5. Une Chine transformée

Une fois au pouvoir, Mao entreprend de remodeler profondément la société chinoise. Son gouvernement mène une réforme agraire qui démantèle le pouvoir de nombreux propriétaires fonciers, redistribue des terres et s’accompagne de campagnes de violence contre des personnes considérées comme des ennemis de classe. L’État renforce parallèlement son contrôle sur l’économie et les institutions.

Le régime intervient également dans la vie familiale et sociale. La loi sur le mariage de 1950 vise notamment à combattre les mariages arrangés, le concubinage imposé et certaines formes de domination masculine. Le pays connaît une expansion de l’éducation, des campagnes d’alphabétisation et des services de santé. Ces transformations contribuent à modifier durablement la société, mais elles s’inscrivent dans un système politique qui ne tolère guère l’opposition organisée.

6. Le prix du Grand Bond en avant

En 1958, Mao lance le « Grand Bond en avant », une campagne destinée à accélérer l’industrialisation et à faire progresser rapidement la Chine vers le communisme. Les campagnes agricoles sont réorganisées en communes populaires, tandis que les autorités imposent des objectifs de production très ambitieux. Dans certaines régions, les paysans sont également mobilisés pour produire de l’acier dans des installations rudimentaires.

Les résultats sont catastrophiques. Les objectifs irréalistes, les prélèvements de céréales, les erreurs de planification, les perturbations agricoles et la répression des critiques contribuent à une famine d’une ampleur exceptionnelle entre 1959 et 1961. Les estimations du nombre de morts varient selon les travaux historiques, mais se comptent en dizaines de millions. Malgré les premiers signes de la catastrophe, Mao maintient des orientations radicales, contribuant à prolonger les souffrances. Le Grand Bond en avant demeure l’un des épisodes les plus meurtriers de son règne.

7. Le culte du Grand Timonier

À mesure que son pouvoir se consolide, Mao devient bien davantage qu’un dirigeant politique : il est élevé au rang de guide révolutionnaire dont les paroles sont présentées comme une référence pour la société entière. Son image s’impose dans les écoles, les administrations, les unités militaires et les lieux publics. Ses discours et ses écrits sont diffusés à grande échelle.

Le « Petit Livre rouge », recueil de citations de Mao publié sous la direction de Lin Biao, devient particulièrement emblématique dans les années 1960. Les citoyens sont encouragés à étudier sa pensée et à manifester leur fidélité au dirigeant. Ce culte de la personnalité renforce son autorité, mais contribue aussi à limiter les possibilités de contestation et à transformer les désaccords politiques en accusations d’hostilité à la révolution.

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8. La Révolution culturelle

En 1966, Mao déclenche la Révolution culturelle, officiellement destinée à combattre les tendances jugées bourgeoises et à empêcher le retour du capitalisme. Il mobilise notamment des étudiants regroupés dans les Gardes rouges, qui s’en prennent aux responsables accusés de dévier de la ligne révolutionnaire, aux intellectuels et aux symboles de la culture traditionnelle.

Le mouvement dégénère en une décennie de violences, de purges, d’humiliations publiques et de persécutions. Des enseignants, des cadres du parti, des artistes et de simples citoyens sont arrêtés ou maltraités ; certains sont tués ou se suicident sous la pression. Les établissements scolaires et universitaires sont perturbés, les institutions publiques déstabilisées et le fonctionnement de l’État profondément affecté. Mao utilise également cette campagne pour éliminer des rivaux politiques. La Révolution culturelle ne prend véritablement fin qu’avec sa mort, en 1976.

9. L’ouverture vers les États-Unis

Malgré son hostilité idéologique au capitalisme, Mao conduit une diplomatie guidée aussi par les intérêts stratégiques de la Chine. Dans les années 1960, les relations avec l’Union soviétique se détériorent fortement, jusqu’à provoquer des affrontements frontaliers en 1969. Pékin cherche alors à réduire son isolement international et à rééquilibrer ses relations avec les grandes puissances.

En 1972, le président américain Richard Nixon se rend en Chine pour rencontrer Mao. Cette visite historique amorce un rapprochement entre deux pays longtemps opposés. Elle ouvre la voie à une normalisation progressive des relations sino-américaines, officiellement établie en 1979, après la mort de Mao. Cette ouverture contribue à replacer la Chine dans le jeu diplomatique mondial, même si les relations entre les deux puissances restent complexes.

10. Une mort, un héritage contradictoire

Mao Zedong meurt à Pékin le 9 septembre 1976, à l’âge de 82 ans. Après sa disparition, les dirigeants chinois mettent fin à la Révolution culturelle et réorientent progressivement la politique économique du pays. Sous Deng Xiaoping, à partir de la fin des années 1970, la Chine engage des réformes qui ouvrent davantage son économie aux mécanismes du marché et aux investissements étrangers.

Son héritage demeure profondément contradictoire. Mao est associé à la réunification politique du continent sous un nouvel État, à la fin de l’ancien ordre nationaliste sur le continent et à des transformations sociales majeures. Mais son règne est aussi responsable de politiques qui ont provoqué des souffrances humaines considérables et d’un système politique marqué par la répression. Aujourd’hui encore, son portrait domine la place Tian’anmen et son mausolée attire des visiteurs. Le Parti communiste chinois continue de reconnaître son rôle fondateur tout en admettant de graves erreurs. Cette place dans la mémoire officielle explique pourquoi toute référence à Mao peut susciter une forte réaction en Chine.

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