Acceuil Société Cameroun|Obsèques de Foly Diran : DELIRant imbroglio !!
Société

Cameroun|Obsèques de Foly Diran : DELIRant imbroglio !!

Partager
Partager

Le poison des discordes post-mortem a encore frappé. Au Cameroun, enterrer une personnalité publique est rarement une affaire simple, les exemples sont légion. À peine le deuil installé, les familles se déchirent, les communiqués s’accumulent et les huissiers entrent en scène. Foly Diran, monument du petit écran, n’échappe pas à cette tragique tradition. Quarante ans de carrière, une émission culte qui a bercé des générations, et pour seul héritage immédiat : une guerre de programmes funèbres.

Vent de discorde

Le 26 mars 2026, l’Hôpital Général de Yaoundé enregistre le décès de Nsob Tafen Veyreton Adrien, dit Foly Diran, aussitôt la nouvelle circule, tout le pays retient son souffle, un grand vient de s’en aller. Il avait 68 ans. Né en 1958 à Bafoussam, originaire de Bangoulap dans le département du Ndé, il avait fait ses études secondaires au Lycée Général Leclerc de Yaoundé avant de poursuivre en droit pénal à l’Université de Yaoundé. Enseignant, chanteur, musicien, producteur, réalisateur, acteur — Foly Diran était tout cela. Mais c’est derrière un micro et une caméra de la CRTV qu’il a construit sa légende.

Il avait rejoint la télévision nationale en 1987. Quatre ans plus tard, le 15 mars 1991, naissait « Délire », une émission qui allait traverser dix-sept ans de diffusion et marquer indélébilement le paysage culturel camerounais. Humour, musique, interaction avec le public, verbe haut et sens du spectacle consommé : Foly Diran était chez lui sur ce plateau comme nulle part ailleurs. Dance Cameroon Dance, Tam-tam Weekend et d’autres émissions complétaient un palmarès qui lui a valu le titre, unanimement consacré, de « monument du petit écran camerounais ». Des générations entières ont grandi avec lui. Sa disparition, survenue après une longue maladie, a provoqué une émotion nationale sincère et massive.

Le corps a été déposé à la morgue de l’Hôpital Général de Yaoundé, où il se trouvait encore début mai 2026. L’émotion des premières heures passée, les hommages rendus, le temps est venu d’organiser les funérailles d’un homme qui appartenait autant à sa famille qu’à tout un peuple. C’est là que les choses se compliquent. C’est là que le deuil collectif entre en collision avec les tensions privées. C’est là que le nom de Foly Diran, que tout le monde s’accordait à célébrer, devient l’objet d’un bras de fer qui n’honore personne.

Un programme circule, une veuve explose

Tout bascule autour du 28 avril 2026. Un programme des obsèques commence à circuler largement sur les réseaux sociaux, présenté comme issu d’une réunion familiale. Le document est précis dans ses détails : le jeudi 11 juin 2026, levée de corps à 10 heures à la morgue de l’Hôpital Général, suivi d’un tour de ville passant par Tongolo, la Carrière, Nkomkana, le Dragage et le Gymnase Mfandena, avant un dépôt au domicile familial d’Omnisport, un office religieux et une veillée artistique baptisée « Le dernier délire de Foly ». Le vendredi 12 juin, départ du cortège tôt le matin vers le village natal de Bangoulap. Le samedi 13 juin, cérémonies finales et inhumation dans l’intimité familiale.

Le programme est soigné, structuré, public. Il a tout d’un programme validé. Sauf que la principale intéressée — Tatiana Dirane, née Mengue Amougou, veuve du défunt dit l’avoir découvert sur Facebook. Dans un communiqué signé et daté le 28 avril 2026, elle réagit avec une fermeté qui ne laisse place à aucune interprétation. Elle affirme que ni elle ni ses enfants dont certains résident à l’étranger, n’ont participé à la réunion ayant abouti à ce programme. Elle le rejette explicitement. « Je ne suis pas concernée par ce programme tel qu’il circule actuellement », écrit-elle. Et elle ajoute, dans une formule qui résume à elle seule l’état de la situation : « Je ne suis la marionnette de personne ».

La publication de ce communiqué crée un séisme sur les réseaux sociaux. En quelques heures, l’affaire déborde le cadre familial pour devenir un sujet national. Les prises de position se multiplient. Certains défendent la famille élargie et ses prérogatives coutumières. D’autres soutiennent la veuve et dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une mise à l’écart délibérée. Les artistes et personnalités du showbiz appellent au calme, au respect de la mémoire du défunt, à l’unité. Mais la mécanique de la polémique est lancée, et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

La veuve précise par ailleurs que le vrai programme sera communiqué ultérieurement, signifiant clairement qu’elle entend avoir le dernier mot sur la manière dont son mari sera enterré. Cette annonce consolide la fracture entre deux légitimités qui s’affrontent : celle de la famille nucléaire, incarnée par la veuve et ses enfants, et celle de la famille élargie, qui revendique ses droits coutumiers sur l’organisation des funérailles d’un des leurs.

L’huissier entre en scène : la discorde prend une dimension judiciaire

Face à la situation, et vraisemblablement au silence ou au refus de la veuve de s’associer aux préparatifs en cours, la Grande Famille TAFEN franchit un cap. Le 30 avril 2026, elle mandate Maître Essono Lucie, huissier de justice près la Cour d’Appel du Centre et les Tribunaux de Yaoundé, pour notifier officiellement à Madame Mengue Amougou Tatiana, veuve TAFEN, une invitation à une réunion de famille.

L’acte d’huissier, établi en vertu des dispositions du Décret n°2023/042 du 25 janvier 2023 portant réglementation des fonctions et fixant le statut des Huissiers, est formel et sans équivoque. La Grande Famille TAFEN informe la veuve et l’invite à prendre part à un regroupement familial en vue de la répartition des responsabilités dans les différentes commissions mises sur pied pour le deuil de Monsieur Nsob Tafen Veyreton Adrien, prévu du 11 au 13 juin 2026, à la maison familiale sise à la Carrière face à l’Hôtel Bellevue, à 16 heures. L’exploit a été signifié à la veuve à son domicile d’Omnisport, reçu et visé par une tierce personne présente sur les lieux.

Recourir à un huissier pour inviter une veuve à participer à l’organisation des funérailles de son propre mari est, dans le contexte camerounais, un geste fort qui signale l’échec de toute conciliation amiable. Ce n’est plus une querelle de famille, c’est une procédure. Et une procédure laisse des traces, dans les archives comme dans les mémoires.

La signification de cet acte par voie d’huissier a relancé la polémique avec une intensité renouvelée. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui ont relevé l’ironie cruelle de la situation : la famille qui avait organisé les obsèques sans la veuve était désormais contrainte de lui signifier officiellement une invitation pour y prendre part. La question posée publiquement par plusieurs observateurs est simple : si la tradition exige la participation de la veuve, notamment pour les rites de veuvage, pourquoi avoir commencé sans elle ?

La veuve répond, la foi comme bouclier

Face à cet exploit d’huissier, Tatiana Dirane ne se tait pas. Sur sa page Facebook, elle multiplie les publications, des textes empreints d’une foi profonde, qui disent à la fois la douleur et la détermination. « J’accepte ces épreuves comme une formation. Chaque difficulté porte en elle une leçon. Rien n’est inutile, rien n’est laissé au hasard. Dieu permet certaines situations, non pour briser, mais pour fortifier, élever et préparer à des choses plus grandes », écrit-elle.

Elle ne s’en tient pas là. Dans une autre publication, elle pointe une irrégularité dans la rédaction de l’exploit d’huissier : « La personne qui a servi l’acte est amateur. Comment n’a-t-il pas mentionné la date, plus le jour de… » Avant de lâcher, dans une formule qui résume des années de douleur : « Foly Dirane, à ta mort, ils diront repose en paix, alors qu’ils ne t’ont jamais laissé vivre en paix », assène t’elle.

Cette dimension de l’histoire qui affleure dans les réactions publiques sans avoir été formellement documentée alourdit considérablement la charge émotionnelle de ce conflit. Un observateur l’a formulé avec une précision qui a été largement relayée : « Il y a une veuve qui ne souhaite qu’enterrer son époux aussi dignement que possible, et qui jamais n’aurait attiré l’attention si tout se préparait sans anomalie. Il aurait suffi de la convier à cette réunion au même titre que les autres membres de la famille ». Ce commentaire dit en peu de mots ce que beaucoup pensent tout bas : que la polémique aurait pu être évitée, qu’elle résulte moins d’un désaccord sur les funérailles que d’un désaccord plus ancien, plus profond, dont les obsèques ne sont que le théâtre visible. Au 6 mai 2026, la situation reste figée. Le programme du 28 avril n’est pas validé par la veuve. Aucun programme de remplacement n’a été officiellement communiqué. Le corps de Foly Diran repose toujours à la morgue de l’Hôpital Général de Yaoundé, en attente d’une réconciliation que l’huissier n’a pas réussi à forcer.

Tradition contre famille nucléaire : un conflit aussi vieux que la mort

Ce qui se joue autour des obsèques de Foly Diran n’est pas un cas isolé. C’est une tension aussi ancienne que la coexistence entre la modernité et la tradition dans les familles camerounaises où les rites coutumiers liés à la mort sont codifiés, précis et attribuent des rôles distincts à la famille élargie, à la veuve et aux enfants. Dans cet ordonnancement traditionnel, la famille du défunt, ses frères, ses oncles, ses cousins revendique une autorité sur les funérailles qui peut entrer en conflit direct avec les souhaits de la veuve et de ses enfants.

Le paradoxe que soulèvent plusieurs observateurs est réel : si la tradition exige que la veuve joue un rôle notamment dans les rites de veuvage, qui la concernent directement et corporellement, comment ce rôle peut-il lui être dévolu si on l’exclut des réunions où il est défini ? L’argument de la tradition, brandi pour justifier l’organisation des obsèques sans la veuve, se retourne contre lui-même dès lors qu’on l’examine de près.

Le cas Foly Diran s’inscrit dans une longue série de discordes familiales autour des obsèques de personnalités publiques camerounaises. À chaque fois, le même schéma se reproduit : le deuil public se heurte aux tensions privées, la notoriété du défunt attire des enjeux qui dépassent la simple douleur familiale, financiers, symboliques, médiatiques et la famille se retrouve divisée précisément au moment où elle devrait être unie. La nation pleure, la famille se bat. Et pendant ce temps, le corps attend.

Quarante jours après la mort de Foly Diran, les obsèques de l’un des plus célèbres animateurs de la CRTV restent en suspens. Les dix-sept ans de Délire, les générations bercées par ses émissions, la voix qui conseillait la jeunesse chaque semaine, tout cela mérite mieux que ce spectacle. Lui qui sur son plateau appelait inlassablement la jeunesse à la sagesse, à la retenue, à l’abstinence, ce mot qu’il plaçait comme une signature dans chacune de ses interventions aurait sans doute quelque chose à dire à ceux qui se disputent sa dépouille. Il aurait sans doute demandé, avec ce sourire qui ne le quittait jamais, un peu d’abstinence dans la discorde.

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles connexes
Société

Cameroun| Au pied du « mongo ma ndemi : Limbe s’effondre sous le poids de ses alertes ignorées

Née au pied du volcan, le majestueux Mongo ma Ndemi (« Montagne...

Société

Cameroun| CDEC–COBAC : le bras de fer qui pourrait redessiner la gouvernance financière de la CEMAC

La Cour de justice de la CEMAC est appelée à trancher une...

Economie & BusinessSociété

Cameroun | À la SNH, « le très long règne » des Moudiki

« Si quelqu'un ose encore insulter le Président de la République ou...

ÉducationSociété

Cameroun| Bourses, orientation, parchemins : l’IUGET orchestre sa grande semaine du mérite

[Publi- Reportage] • Du 9 au 12 septembre 2026, l'Institut Universitaire des...