De la rupture électorale de novembre 2025 à la refonte du régime, la Guinée-Bissau a traversé neuf mois de transition militaire. Le référendum constitutionnel du 30 août intervient au terme de cette séquence, avec un texte qui renforce nettement les prérogatives présidentielles et une opposition largement empêchée de participer au processus.
Le 30 août, les électeurs bissau-guinéens ont été appelés à se prononcer sur une nouvelle Constitution. Le scrutin intervient neuf mois après le coup d’État qui avait interrompu le processus électoral engagé en novembre 2025 et installé les militaires au centre du jeu institutionnel. À Bissau, le vote constitue donc moins un épisode isolé qu’une nouvelle étape d’une transition dont les autorités promettent l’achèvement avec le retour aux civils annoncé pour décembre.
Le texte soumis au référendum modifie profondément l’architecture institutionnelle du pays. Il fait passer la Guinée-Bissau d’un régime parlementaire à un régime présidentiel et renforce les pouvoirs du chef de l’État, notamment sur le gouvernement et le Parlement. Pour ses promoteurs, la réforme doit mettre fin aux blocages qui ont régulièrement opposé les institutions. Pour ses détracteurs, elle risque au contraire de concentrer durablement le pouvoir entre les mains de l’exécutif.
La consultation se déroule par ailleurs dans un environnement politique profondément déséquilibré. Le principal parti d’opposition, le PAIGC, a appelé au boycott tandis que son dirigeant, Domingos Simões Pereira, est détenu par les autorités militaires. Plusieurs autres figures politiques ont été arrêtées ou contraintes à l’exil depuis le renversement de novembre 2025.
La question n’est donc pas seulement celle du contenu de la Constitution. Elle porte également sur les conditions dans lesquelles celle-ci est soumise au vote. Le texte a été élaboré et adopté en amont par les institutions de transition mises en place après le coup d’État, avant que les électeurs ne soient appelés à se prononcer plusieurs mois plus tard.
Pour comprendre cette situation, il faut revenir au scrutin présidentiel et législatif de novembre 2025. C’est son interruption qui a ouvert la séquence dont le référendum du 30 août constitue aujourd’hui l’un des principaux aboutissements.
Le coup d’État a bouleversé le calendrier politique
Le 23 novembre 2025, les Bissau-Guinéens votent pour élire leur président et leurs députés. Le scrutin se déroule sans incident majeur signalé et la participation est alors annoncée à environ 65 %. Le président sortant Umaro Sissoco Embaló est candidat à sa succession face à plusieurs adversaires, dont Fernando Dias, soutenu par le PAIGC.
Trois jours plus tard, alors que le processus de proclamation des résultats est engagé, l’armée intervient. Des coups de feu sont signalés à proximité du palais présidentiel et les militaires prennent le contrôle des institutions. Umaro Sissoco Embaló et Fernando Dias sont arrêtés, tandis que Domingos Simões Pereira, figure centrale de l’opposition, est également détenu.
La rupture intervient avant la proclamation officielle des résultats. L’élection présidentielle ne va donc pas jusqu’à son terme institutionnel, laissant en suspens la question de la victoire et de la succession au sommet de l’État. Embaló quitte finalement le pays le 27 novembre pour Dakar, à bord d’un avion affrété par le gouvernement sénégalais.
Le lendemain, l’Union africaine suspend la Guinée-Bissau de ses instances. La CEDEAO adopte également des mesures à l’encontre du pays. La condamnation internationale du putsch place alors les nouvelles autorités militaires face à une double exigence : rétablir un cadre institutionnel acceptable et définir les conditions d’un retour à l’ordre constitutionnel.
Le général Horta Inta-A Na Man est investi président de la transition. Ancien commandant de la garde présidentielle, il devient progressivement l’homme fort du pays. Sa promotion au grade de général de division, intervenue fin janvier 2026, vient confirmer son poids au sein de l’appareil militaire.
Mais la junte ne se contente pas de gérer une période d’attente avant de nouvelles élections. Dès les premiers mois de la transition, elle engage une transformation des institutions. Le futur régime politique commence alors à se dessiner avant même que les civils ne soient appelés à se prononcer.
Une Constitution qui renforce considérablement la présidence
En janvier 2026, le Conseil national de transition adopte une importante révision constitutionnelle. L’une des principales modifications concerne la nature même du régime. La Guinée-Bissau passe d’un système parlementaire à un régime présidentiel, donnant au chef de l’État une place beaucoup plus importante dans la conduite des affaires publiques.
Le président peut notamment nommer et révoquer le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement. Il préside le Conseil des ministres et dispose également du pouvoir de dissoudre le Parlement. L’Assemblée nationale populaire est par ailleurs rebaptisée Assemblée nationale.
La réforme réduit également le nombre de députés. L’Assemblée doit passer de 102 à 65 sièges. Les autorités de transition présentent cette réduction comme un moyen de rationaliser le fonctionnement des institutions et de limiter les affrontements qui ont régulièrement paralysé l’exécutif et le Parlement.
Le nouveau texte modifie aussi les conditions d’accès à la compétition présidentielle. Les candidats doivent notamment justifier de cinq années de résidence permanente dans le pays et verser une caution évaluée à environ 90 000 dollars. Les formations politiques souhaitant présenter un candidat doivent, elles, compter au moins 5 000 adhérents.
Ces dispositions ont une conséquence politique immédiate : elles rendent l’accès à la compétition électorale plus exigeant. Les formations disposant d’une implantation importante et de moyens financiers conséquents sont mieux placées pour satisfaire ces nouvelles conditions. Les petites formations et certaines candidatures indépendantes peuvent, à l’inverse, se retrouver confrontées à des obstacles supplémentaires.
Le calendrier de la réforme constitue un autre élément central du débat. Le texte a été adopté en janvier par le Conseil national de transition, avant que la date du référendum ne soit fixée au 30 août, à l’issue d’une médiation de la CEDEAO. Les électeurs sont donc invités à valider ou à rejeter une architecture institutionnelle déjà élaborée pendant la période de transition militaire.
Un scrutin organisé avec une opposition considérablement affaiblie
Le référendum du 30 août intervient dans un paysage politique où le principal parti d’opposition a choisi de ne pas participer. Le PAIGC, formation historique de la Guinée-Bissau, a appelé au boycott de la consultation. Son dirigeant, Domingos Simões Pereira, figure parmi les principaux opposants aux autorités de transition.
Arrêté lors du coup d’État de novembre 2025, Pereira avait été libéré quelques mois plus tard et placé en résidence surveillée. Sa situation judiciaire s’est ensuite de nouveau durcie. Convoqué par un tribunal militaire dans le cadre d’enquêtes sur des tentatives présumées de coup d’État, il a été placé en détention le 10 juillet 2026.
Ses avocats contestent la procédure et ont annoncé leur retrait du procès. Le PAIGC dénonce, pour sa part, une démarche à caractère politique destinée à éloigner son dirigeant de la compétition politique. La détention intervient quelques mois avant la présidentielle annoncée pour décembre, ce qui donne à l’affaire une dimension particulière dans le contexte de la transition.
L’opposition n’est toutefois pas seulement confrontée aux procédures judiciaires visant certaines de ses figures. Le PAIGC connaît également des tensions internes. Des cadres contestent la légitimité de Domingos Simões Pereira à la tête du parti alors qu’il est détenu, ajoutant une fragilité organisationnelle à une formation déjà privée de son principal dirigeant.
Le camp de Fernando Dias, candidat à la présidentielle interrompue de novembre 2025, se trouve lui aussi en dehors du pays. Son entourage continue de revendiquer sa victoire au scrutin interrompu et critique le processus institutionnel engagé par les militaires.
Dans ces conditions, le référendum s’est déroulé sans la participation d’une partie importante de l’opposition organisée. Cela n’a pas empêché les autorités de maintenir le calendrier. La Commission nationale des élections a recensé 914 428 électeurs inscrits et installé 3 562 bureaux de vote. Les opérations ont débuté à 7 heures et se sont achevées à 17 heures.
Le vote ouvre une nouvelle bataille sur la légitimité du futur régime
À la fermeture des bureaux, la Commission nationale des élections a fait état d’une participation supérieure à 55 %. Le chiffre définitif des votants et les résultats du référendum restaient cependant attendus au moment de la rédaction. Le dépouillement a commencé dans la soirée du 30 août, avec les premières tendances officielles annoncées pour les jours suivants.
Le déroulement matériel du scrutin n’a pas été marqué par des violences majeures rapportées dans les informations disponibles. Les conditions météorologiques ont toutefois affecté la mobilité dans certaines régions, alors que la participation s’est révélée variable selon les zones du pays.
L’enjeu principal se situe désormais dans l’après-référendum. Si le texte est adopté, la Guinée-Bissau disposera d’un cadre institutionnel profondément différent, avec une présidence renforcée, un Parlement réduit et de nouvelles conditions d’accès à la compétition électorale.
Cette évolution intervient alors que les autorités de transition maintiennent leur promesse d’organiser des élections et de restituer le pouvoir aux civils en décembre 2026. La future présidentielle devra donc se dérouler dans le cadre constitutionnel issu de la transition si celui-ci est approuvé par les électeurs.
C’est là que se trouve le principal paradoxe du processus. Les militaires présentent le référendum comme une étape vers la normalisation institutionnelle, alors que l’opposition conteste les conditions dans lesquelles cette normalisation est organisée. Pour Domingos Simões Pereira, le processus constitue ainsi « une continuation du coup d’État ».
La formule résume la ligne de fracture politique qui traverse aujourd’hui le pays : pour les autorités, la réforme doit corriger les faiblesses d’un système qui a produit des crises à répétition ; pour leurs adversaires, elle risque de transformer une transition militaire en nouvelle architecture politique favorable à ceux qui contrôlent actuellement l’État.
La CEDEAO face à un exercice d’équilibriste
La CEDEAO occupe une place particulière dans cette séquence. Après le coup d’État, l’organisation régionale avait condamné la rupture de l’ordre constitutionnel et suspendu la Guinée-Bissau. Quelques mois plus tard, elle a engagé une médiation avec les autorités de transition afin de définir une sortie de crise.
C’est dans le cadre de cette médiation que le calendrier du référendum et des prochaines élections a été annoncé. Le 6 juillet, la date du 30 août est arrêtée pour la consultation constitutionnelle. La CEDEAO affirme toutefois ne pas avoir validé elle-même le contenu de la future Constitution ni parlé au nom du peuple bissau-guinéen.
Cette position est contestée par plusieurs acteurs de l’opposition. Le camp de Fernando Dias estime notamment que l’organisation régionale donne, par son implication dans le calendrier, une forme de légitimité au processus engagé par les militaires. D’autres opposants dénoncent une médiation qui ne ferait pas suffisamment de place aux principales forces politiques du pays.
Réunie en sommet à Lungi, en Sierra Leone, le 19 juillet 2026, la Conférence des chefs d’État de la CEDEAO a pris acte du calendrier électoral et référendaire. Elle a parallèlement appelé les autorités de transition à garantir des processus transparents, crédibles et inclusifs, associant les différents acteurs politiques et sociaux.
L’organisation régionale se retrouve ainsi face à un exercice d’équilibre. Elle doit accompagner la sortie de crise sans apparaître comme l’instance qui avalise toutes les décisions prises par les militaires. Dans le même temps, une rupture complète du dialogue risquerait de réduire encore ses marges de manœuvre dans un pays déjà fragilisé par les crises institutionnelles successives.
Pour la Guinée-Bissau, l’enjeu dépasse désormais le seul résultat du référendum. Il porte sur la nature du pouvoir qui émergera de la transition, sur les conditions de la prochaine présidentielle et sur la capacité des forces politiques à concourir dans un cadre accepté par tous.
Le dépouillement du référendum constitutionnel est actuellement en cours à travers le pays et les résultats sont désormais attendus. Le verdict des urnes permettra de mesurer l’adhésion des électeurs au nouveau cadre institutionnel défendu par les autorités de transition. Il faudra ensuite attendre les prochaines échéances électorales pour savoir si cette réforme parvient à refermer la longue séquence ouverte en novembre 2025.

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