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Monde| Édito : Pourquoi Macky Sall a désormais les moyens de ses ambitions à l’ONU

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Le processus de sélection du prochain Secrétaire général des Nations unies entre, cette semaine même, dans sa phase la plus discrète et la plus décisive : celle où le Conseil de sécurité, à huis clos, commence à examiner les candidatures. Que le Sénégal ait choisi ce moment précis pour officialiser son plein soutien à Macky Sall n’est pas un hasard de calendrier. C’est un signal, envoyé au bon moment, à la bonne institution. Et c’est la raison pour laquelle on peut le dire, sans naïveté mais avec conviction, que l’ancien président sénégalais a désormais les moyens de ses ambitions… et qu’il doit les saisir

Une candidature longtemps fragilisée, aujourd’hui consolidée

Il faut le reconnaître sans détour : la candidature de Macky Sall est née dans des conditions singulièrement inconfortables. Déposée le 2 mars 2026 non pas par Dakar, mais par le Burundi au nom d’une présidence tournante de l’Union africaine, elle a longtemps souffert d’un défaut originel, celui de ne pas être portée par le pays même dont l’ancien chef d’État est issu. Vingt États africains avaient exprimé des réserves lors de la procédure d’approbation tacite engagée par l’Union africaine à la fin du mois de mars, et le Sénégal lui-même comptait, jusqu’au 20 juillet, parmi les capitales qui se refusaient à trancher.

Cette période d’incertitude est désormais close. En décidant que le Sénégal apporterait son plein soutien à la candidature de son ancien président et en mobilisant l’ensemble du réseau diplomatique national à son service, le président Bassirou Diomaye Faye a comblé la lacune la plus embarrassante de cette campagne. Il n’est pas indifférent qu’un chef d’État en exercice, issu d’une alternance politique construite en partie sur la critique du bilan de son prédécesseur, ait choisi de s’élever au-dessus des clivages partisans pour reconnaître qu’une candidature sénégalaise à la tête de l’ONU relève, in fine, de l’intérêt supérieur de la nation. C’est un acte de maturité institutionnelle qui honore les deux hommes autant qu’il consolide la candidature elle-même.

Ce soutien s’inscrit dans une dynamique plus large que Macky Sall a patiemment construite depuis le mois de mars, de Bakou à Islamabad, de Beijing à Manama, en passant par les capitales occidentales et les couloirs feutrés du siège des Nations unies à New York. Le président gambien Adama Barrow avait ouvert la voie régionale quelques jours plus tôt en apportant son propre appui. La physionomie de cette candidature a ainsi profondément changé en quelques semaines : d’un dossier porté depuis Bujumbura dans une certaine ambiguïté, elle devient une candidature assumée par son pays d’origine et appuyée par un cercle croissant de partenaires bilatéraux.

Trois rivaux, mais aucun consensus évident

Il serait malhonnête de prétendre que la voie est désormais dégagée. Macky Sall affronte trois autres candidats déclarés — la Chilienne Michelle Bachelet, l’Argentin Rafael Grossi et la Costaricaine Rebeca Grynspan —, auxquels s’ajoute la candidature plus récente de la Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett. Chacun de ces profils porte un argument de poids : la tradition non écrite qui voudrait que l’Amérique latine accède enfin à ce poste, absent de la région depuis le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar en 1991 ; l’aspiration, exprimée par de nombreux États membres, à ce qu’une femme dirige pour la première fois l’Organisation ; ou encore l’expertise reconnue de Rafael Grossi sur les dossiers nucléaires les plus sensibles de la planète, de l’Ukraine à l’Iran.

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Mais ces atouts s’accompagnent, pour chacun des rivaux de Macky Sall, de fragilités qui ne doivent pas être minorées. Michelle Bachelet a vu son propre gouvernement, sous la présidence de José Antonio Kast, lui retirer son soutien dès le mois de mars, un désaveu nnational rarement surmonté dans ce type de compétition. La multiplication des candidatures latino-américaines et féminines, loin de renforcer une région ou un camp, risque au contraire de disperser les voix qui pourraient autrement converger vers un candidat unique de ce bloc. C’est précisément cette dispersion qui ouvre un espace à une candidature africaine cohérente, incarnée par un seul homme et, désormais, par un seul État pleinement mobilisé derrière lui.

C’est également l’argument que développe Jean-Yves Ollivier, président de la Fondation Brazzaville, dans une tribune récente où il défend l’élection de Macky Sall comme un premier pas vers une représentation plus équitable du système onusien. L’homme d’affaires et médiateur, connu pour son rôle discret dans plusieurs processus de paix africains, y souligne que Macky Sall incarne, mieux qu’aucun autre candidat en lice, une régénération possible des Nations unies par un continent qui représentera bientôt le quart de l’humanité. Il y voit, dans l’expérience de médiateur discret de l’ancien président sénégalais, y compris dans le dossier russo-ukrainien, une qualité rare dans le paysage diplomatique actuel : celle de savoir associer au pouvoir plutôt que de le confisquer.

L’atout que les autres candidats n’ont pas

Ce qui distingue fondamentalement Macky Sall de ses trois concurrents, c’est la nature même de son argumentaire. Là où Michelle Bachelet, Rafael Grossi et Rebeca Grynspan incarnent chacun un secteur d’expertise ou une identité régionale spécifique, l’ancien président sénégalais porte une revendication structurelle qui dépasse sa propre personne : celle d’une meilleure représentation de l’Afrique au sein de la gouvernance mondiale, et singulièrement du Conseil de sécurité. Cette revendication, l’Afrique la porte depuis des décennies sans jamais avoir obtenu qu’elle se traduise dans les faits. L’élection d’un Secrétaire général africain, fort de l’expérience d’un chef d’État ayant dirigé son pays pendant douze ans puis présidé l’Union africaine, constituerait un signal politique dont la portée dépasserait largement le seul mandat quinquennal en jeu.

Cet argument trouve un écho particulier dans le contexte géopolitique de 2026, marqué par une contestation croissante, au sein du Sud global, de la manière dont les grandes institutions multilatérales continuent de refléter les équilibres de 1945 plutôt que ceux du XXIe siècle. Une organisation dont huit habitants sur dix seront, à la fin du siècle, soit asiatiques soit africains ne peut indéfiniment se regarder dans un miroir qui ne la reflète plus. Élire un Secrétaire général africain ne réglerait certes pas, à lui seul, la question de la réforme du Conseil de sécurité et de son droit de veto. Mais ce serait, comme le souligne justement Jean-Yves Ollivier, un premier pas concret, là où les discours sur la réforme onusienne s’accumulent depuis des années sans jamais déboucher sur des actes.

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Macky Sall, de surcroît, a construit méthodiquement les gages de sa crédibilité auprès des acteurs qui compteront le plus dans les prochaines semaines : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Ses entretiens avec le président français Emmanuel Macron, avec le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, puis avec les trois ambassadeurs américain, français et chinois à New York début juillet, témoignent d’une démarche systématique visant à s’assurer, sinon un soutien explicite, du moins l’absence de toute opposition rédhibitoire de la part des puissances disposant d’un droit de veto. C’est précisément sur ce terrain, plus que sur celui de l’opinion publique internationale, que se jouera l’issue du processus dans les prochaines semaines.

Une chance à saisir, une responsabilité à assumer

Le Conseil de sécurité entame, en ce mois de juillet, l’examen à huis clos des candidatures, avant que l’Assemblée générale n’officialise la nomination définitive dans le courant du second semestre. C’est dire que rien n’est acquis, et que cette rédaction se garde de tout triomphalisme prématuré. Mais il serait tout aussi malhonnête de ne pas reconnaître que Macky Sall aborde cette dernière ligne droite dans une position sensiblement renforcée par rapport à celle qui était la sienne au printemps.

Il a, en quelques mois, transformé une candidature fragile, née d’un parrainage étranger contesté, en une démarche pleinement assumée par son propre pays, appuyée par un réseau croissant de partenariats bilatéraux sur trois continents, et portée par un argumentaire de fond que ses rivaux, chacun enfermé dans une logique plus sectorielle ou régionale, peinent à égaler. À l’heure où le multilatéralisme traverse une crise de confiance profonde, l’Afrique tient là une occasion rare de faire entendre, au sommet même de l’Organisation, une voix qui porte depuis trop longtemps sans jamais avoir été pleinement écoutée.

Nous le disons sans détour : Macky Sall a les atouts nécessaires pour l’emporter, et le continent africain, à travers lui, a toutes les raisons de le vouloir. Reste à présent aux chancelleries du monde entier, et singulièrement aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité, de faire preuve de la même lucidité que celle dont a fini par témoigner Dakar.

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