Société

Cameroun| Anicet EKANE : Mort en MARTYR

« Un cadavre n’a plus peur du cercueil car il est obligé d’y être », avait martelé Anicet Ekane devant Kevin Fotso dans l’émission « Moment de vérité » sur Afrik-Inform, alors que la candidature de Maurice Kamto venait d’être rejetée par Elecam pendant l’élection présidentielle. Homme de conviction, figure historique de l’opposition camerounaise, il s’éteint ce 1er décembre 2025 en détention, fidèle jusqu’au bout à ses idéaux nationalistes et à la lutte pour la démocratie.

Une jeunesse marquée par l’histoire

Né le 17 avril 1951 à Douala, Georges Anicet Ekane grandit dans un kameroun encore en proie aux tensions postcoloniales. Jeune lycéen au Collège Alfred Saker, il assiste en janvier 1971 à Bafoussam à l’exécution d’Ernest Ouandié, figure emblématique de l’UPC et dernier leader de la lutte anticoloniale. Ce moment tragique forge sa conscience politique et le plonge dans une réflexion précoce sur le sacrifice et la fidélité aux idéaux patriotiques.

Après ses études secondaires, il poursuit sa scolarité en France, au Collège Saint-Pierre à Lille, puis à l’université Lille 1 et à l’ESCAE, où il se spécialise en économie et administration. Son engagement militant s’affirme rapidement au sein de l’Union Nationale des Étudiants Kamerunais, puis de l’UPC en 1973. Son parcours académique et militant témoigne de la formation d’un homme lucide, déterminé, dont la vie politique sera toujours guidée par un nationalisme résolu.

« J’ai découvert un acteur de l’alternance, un homme de conviction constant, fidèle aux idéaux de l’UPC », se remémore Aristide Bounah, patron de Ctec Sarl.  Ekane construit dès cette époque sa réputation de stratège inflexible et de défenseur des valeurs démocratiques..

La prison et la ténacité : premières épreuves d’un nationaliste

Les années 1990 sont marquées par l’intensification de son action politique. Compagnon de lutte de Yondo Black, il dirige le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM) qu’il fonde en 1991. Son engagement pour la démocratie et contre les dérives autoritaires du pouvoir le conduit à plusieurs interpellations.

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En février 1990, il est arrêté dans le cadre des « villes mortes », jugé par le tribunal militaire et condamné à quatre ans de prison ferme et 20 millions de francs CFA d’amende. Il séjourne dans plusieurs prisons, subit les rigueurs de la détention et connaît le travail forcé. La grâce présidentielle d’août 1990 lui rend la liberté, mais ne brise ni son courage ni sa détermination.

Durant cette période, il consolide sa vision politique et renforce ses convictions : l’alternance démocratique, le nationalisme et la fidélité aux idéaux de l’UPC. Comme le rappelle Pierre Blériot Nyemeck : « Cet homme aura été un martyr toute sa vie durant. Il a achevé par le sacrifice suprême : il a donné sa vie ». Ces mots trouvent une résonance poignante à la lumière de son décès récent.

Toujours du même côté de l’histoire

S’il y’a bien une chose qu’on peut mettre à son actif, c’est qu’il n’a jamais retourné sa veste. Au fil des décennies, Anicet Ekane devient un acteur central de l’opposition camerounaise. Candidat du MANIDEM aux présidentielles de 2004 et 2011, il milite pour une alternance réelle et s’oppose à la majorité présidentielle. En 2025, son expérience de cinq décennies lui permet de jouer un rôle stratégique : il investit Maurice Kamto pour la présidentielle, puis apporte son soutien à Issa Tchiroma Bakary, revendiquant la victoire de ce dernier.

Cette position lui vaut une nouvelle interpellation le 24 octobre 2025 à Douala. Son transfert à Yaoundé, au Secrétariat d’État à la Défense, coïncide avec une aggravation de son état de santé, notamment respiratoire, alors qu’il est, selon ses avocats « privé de son extracteur d’oxygène pendant plusieurs semaines ». Ceux-ci ( ses avocats) affirment avoir « lancer des alertes répétées pour obtenir un transfert vers un hôpital disposant d’un plateau technique adapté » , mais ses requêtes sont restées sans réponse.

Armand Noutack souligne la gravité de la situation : « Tous savaient qu’il était malade, mais ont préféré foncer tête baissée vers une répression inutile… Repose en paix cher compatriote ». Les circonstances de sa détention et les privations subies tracent un portrait d’un homme fidèle à ses convictions, prêt à payer le prix ultime pour ses idéaux.

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De l’UPC à la présidentielle 2025 : un nationaliste « jusqu’au bout »

Anicet Ekane a traversé cinquante ans de lutte politique, toujours fidèle à l’idéologie de l’UPC et au nationalisme camerounais. Son rôle dans les contestations des années 1990, les villes mortes et les campagnes présidentielles lui a valu une place de choix dans la mémoire collective de l’opposition.

En août 2025, devant le Conseil constitutionnel, il plaide pour la candidature de Maurice Kamto, affirmant que l’exclusion de ce dernier serait antidémocratique. Il sait qu’il joue un rôle clé pour éviter que la présidentielle ne se déroule sans véritable compétition, et son action démontre son sens stratégique et sa lucidité politique.

Aristide Mono témoigne : « Je ne savais pas qu’un jour, on pouvait atteindre ce niveau de cruauté à cause du désaccord politique… Tout ça à cause du désaccord politique, on laisse quelqu’un mourir à petit feu devant nous ». Ces mots traduisent la gravité du sacrifice d’Anicet Ekane et la brutalité des circonstances entourant son décès.

L’annonce de sa mort suscite une vague d’émotion et de témoignages. Les médias locaux interrompent leurs programmes pour rendre hommage à ce « vieux lion de la politique camerounaise ». Ses proches, collaborateurs et adversaires politiques reconnaissent unanimement son courage et sa fidélité à ses idéaux.

Son parcours illustre la permanence du nationalisme camerounais et le prix du combat pour la démocratie. Entre prison, persécution, engagement politique et stratégies audacieuses, Anicet Ekane s’impose comme une figure historique. Sa vie politique, ponctuée par des sacrifices et des choix courageux, inspire une nouvelle génération de militants et restera gravée dans la mémoire collective.

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