Acceuil Société Cameroun | Chronique urbaine : Sous la poussière, Yaoundé retient son souffle
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Cameroun | Chronique urbaine : Sous la poussière, Yaoundé retient son souffle

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S’il fallait payer quelque chose à Yaoundé en ce moment, ce serait l’air pur. Respirer est devenu un effort, parfois une épreuve, dans une ville enveloppée par la poussière de la saison sèche. Une réalité connue, cyclique, presque banale, mais dont l’impact reste brutal sur les corps et les habitudes. Chaque année, elle revient, attendue et pourtant redoutée, s’infiltrant dans les maisons, les narines et les poumons, bouleversant le quotidien des habitants et exposant particulièrement les enfants, en pleine période de congés scolaires.

Il est à peine huit heures du matin à Mobile Omnisports. Sur le trottoir, un homme s’arrête net, fouille sa poche, sort un mouchoir froissé et se mouche bruyamment. Autour de lui, la poussière danse dans l’air, soulevée par les motos, les taxis jaunes, les pas pressés des passants. À chaque inspiration, la gorge gratte. Les narines brûlent.

À Elig-Essono, une femme marche le pas rapide, une écharpe soigneusement nouée sur le nez et la bouche. « Sinon, je n’arrive pas à respirer », confie-t-elle sans s’arrêter. Dans les rues non bitumées de Nkolbisson ou de Mendong, la poussière colle à la peau, blanchit les chaussures, s’invite dans les yeux. À Yaoundé, la saison sèche ne se contente pas de changer le paysage : elle s’impose dans les corps.

Les habitants le savent pourtant. Chaque année, entre décembre et mars, la poussière s’installe. Mais savoir n’empêche ni l’inconfort, ni l’épuisement. « On dirait que l’air est lourd, sale », souffle un conducteur de moto-taxi, les yeux rougis, la voix rauque. « Même quand tu te laves, tu sens encore la poussière sur toi ».

Dans les maisons, une bataille sans fin

À l’intérieur des habitations, la poussière poursuit son œuvre. À Biyem-Assi, Mireille balaie son salon pour la troisième fois de la journée. Le sol a déjà repris cette teinte ocre familière. « On nettoie le matin, à midi, le soir… et pourtant, ça revient toujours », soupire-t-elle. Les rideaux, les tables, les lits : tout se couvre d’une fine pellicule.

Dans certaines concessions, les fenêtres restent fermées toute la journée, au prix d’une chaleur étouffante. « Si on ouvre, la poussière entre. Si on ferme, on étouffe aussi », explique un père de famille. Le compromis est impossible. La poussière s’impose, s’accumule, irrite les yeux et les bronches.

Pour les personnes âgées, l’épreuve est plus rude encore. Toux persistante, difficultés respiratoires, fatigue accrue. « La nuit, je n’arrive même plus à bien dormir », confie une septuagénaire, un mouchoir toujours à la main. La saison sèche transforme les gestes les plus simples en épreuve quotidienne.

Grippe, rhumes et bronches en alerte

Dans les centres de santé, les salles d’attente se remplissent. Rhumes, grippes, sinusites, crises d’asthme. Le docteur Claude Assoumou, médecin généraliste à Yaoundé, n’est pas surpris. « La poussière est un facteur aggravant majeur. Elle irrite les voies respiratoires, favorise les infections et déclenche des crises chez les personnes asthmatiques », explique-t-il.

Selon lui, les enfants paient le plus lourd tribut. « Leur système respiratoire est plus fragile. En période de saison sèche, on observe une recrudescence des consultations pédiatriques ». Les symptômes reviennent : nez qui coule, toux sèche, fièvre légère, respiration sifflante.

La poussière agit aussi comme un transporteur invisible. « Elle véhicule des microbes, des allergènes. Quand elle est inhalée en grande quantité, elle affaiblit les défenses naturelles », ajoute le médecin. Une menace silencieuse, mais bien réelle.

Enfants en congés, enfants exposés

Les congés du premier trimestre ont vidé les salles de classe, mais rempli les rues. À Oyom-Abang, des enfants jouent au football sur un terrain poussiéreux. À chaque tacle, un nuage brun s’élève. Les rires fusent, mais les quintes de toux aussi. « Ils rentrent toujours sales et enrhumés », confie une mère, inquiète.

Pour les parents, la vigilance est permanente. « Tu passes ton temps à leur dire de se laver les mains, de ne pas mettre les doigts dans le nez », explique un père. Mais comment empêcher un enfant de jouer, quand il est en congé ? Comment le protéger sans l’enfermer ?

Les pédiatres insistent : hydratation régulière, lavage fréquent du nez avec du sérum physiologique, limitation des jeux dans les zones très poussiéreuses. « Et surtout, consulter dès les premiers signes persistants », rappelle un spécialiste. Car chez l’enfant, une simple irritation peut vite dégénérer.

Se protéger pour continuer à respirer

Face à la poussière, chacun développe ses stratégies. Masques improvisés, foulards, écharpes, lunettes. « Ce n’est pas élégant, mais ça aide », sourit une étudiante. Les médecins recommandent de couvrir le nez et la bouche lors des déplacements, surtout à moto ou à pied.

À la maison, l’aération se fait tôt le matin ou tard le soir, quand la poussière est moins dense. Le nettoyage humide est privilégié, pour éviter de soulever encore plus de particules. « Balayer à sec aggrave le problème », insiste un infirmier.

Boire beaucoup d’eau, humidifier l’air quand c’est possible, éviter l’automédication abusive. Des gestes simples, mais essentiels pour traverser la saison sèche sans trop de dégâts.

Une épreuve saisonnière, un combat collectif

À Yaoundé, la poussière fait partie du cycle. Elle est connue, redoutée, mais rarement combattue à la racine. Routes non bitumées, chantiers à ciel ouvert, circulation intense : autant de facteurs qui amplifient le phénomène.

Les habitants s’adaptent, année après année, dans une résilience silencieuse. « On subit, mais on continue », résume un commerçant, la voix enrouée. La saison sèche passera, comme elle est passée les années précédentes. Mais en attendant, la poussière impose sa loi, rappelant que respirer, parfois, devient un effort collectif.

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