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Cameroun| Entre Charles Ndongo et Judith Yah Sunday , qui a interrompu le discours du souverain pontife ? 

Le 15 avril 2026, pendant que le Pape Léon XIV prononçait son premier discours officiel au Cameroun, les téléspectateurs de la CRTV ont vécu une autre scène : l’écran noir. L’incident, survenu en pleine retransmission d’un événement suivi à l’échelle planétaire, a déclenché le lendemain un échange de communiqués entre la télévision publique et l’opérateur historique des télécommunications. Chacun désigne l’autre…

Vers 17h05, ce mercredi 15 avril, le Palais de l’Unité bruissait d’une solennité rare. Léon XIV, deuxième étape de sa tournée africaine après l’Algérie, s’apprêtait à prendre la parole devant le président Paul Biya, les membres du gouvernement, le corps diplomatique et les représentants de la société civile. Des millions de Camerounais, au Cameroun et dans la diaspora, étaient rivés à leur écran. La CRTV, télévision publique et vitrine institutionnelle du pays, assurait la retransmission en direct de ce moment historique : le quatrième passage d’un pape sur le sol camerounais en quarante ans.

Et puis l’image a vacillé. Puis disparu. Pendant plusieurs minutes, les téléspectateurs de la chaîne publique n’ont vu qu’un écran instable, une image hachée, un signal perdu précisément au moment où le Souverain Pontife ouvrait son allocution. Sur les réseaux sociaux, les réactions ont fusé immédiatement, entre incompréhension, irritation et ironie. Un événement couvert par les grandes chaînes internationales, retransmis sans accroc par des médias étrangers, s’interrompait sur la télévision nationale camerounaise.

La situation a fini par se rétablir. Mais l’incident était déjà consommé. Et avec lui, la question de la responsabilité.

La CRTV met en cause la fibre optique

Dès le soir du 15 avril, la Cameroon Radio Television a publié son communiqué N°00059, signé de son Directeur général Charles Ndongo. Le ton est celui des excuses : la CRTV «présente ses sincères excuses à l’ensemble des téléspectateurs, auditeurs et partenaires pour les désagréments occasionnés ». L’explication technique avancée est double : «l’indisponibilité de la fibre optique et une instabilité du réseau Internet »..

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Ces deux éléments — fibre optique et réseau Internet — pointent, sans la nommer, vers une seule entité : Camtel, opérateur historique des télécommunications au Cameroun et principal gestionnaire du backbone fibre optique national. La chaîne publique assure que «la cause ayant été identifiée, la situation a été rétablie», et que «les services fonctionnent désormais normalement». Elle remercie son «fidèle public pour sa compréhension» et referme son communiqué.

La formulation reste dans la retenue institutionnelle. Aucun nom n’est cité. Aucune mise en cause directe n’est formulée. Mais dans un secteur où chacun sait qui gère quoi, la mention de la fibre optique comme origine de la panne constitue un renvoi que les acteurs du milieu des télécommunications ont immédiatement décodé.

Camtel contre-attaque

Le lendemain matin, 16 avril, Camtel publie son communiqué N°09. Le ton a changé. La Directrice générale Judith Yah Sunday épse Achidi n’est pas venue présenter des excuses. Elle est venue contester.

«Aucune indisponibilité de ses infrastructures, ni faille de son réseau n’est à évoquer», tranche d’emblée le texte. Les équipes techniques déployées sur le terrain «indiquent qu’aucune rupture de liaison par fibre optique et aucune panne technique n’ont affecté les infrastructures de CAMTEL et son réseau internet lors de cet incident ». La réfutation est totale, et elle s’appuie sur une démonstration en trois points.

Premier point : à l’aéroport de Nsimalen et sur le trajet vers le Palais de l’Unité, la CRTV «a opté de ne pas utiliser le réseau CAMTEL comme source principale de diffusion», lui préférant son propre dispositif satellitaire — un système FLY AWAY — reléguant la fibre optique au rang de «solution de secours» éventuelle.

Deuxième point : au Palais de l’Unité lui-même, la retransmission reposait non pas sur la fibre optique mais sur un système TVU — un dispositif s’appuyant sur les données internet mobiles d’autres opérateurs. Camtel le souligne avec un détail révélateur : la mention «TVU» était visible à l’écran pendant le direct, attestant du choix technologique opéré par la CRTV.

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Troisième point, le plus décisif : si la fibre optique avait effectivement été en cause, l’interruption aurait affecté l’ensemble de ses utilisateurs et non la seule CRTV. Or PRC TV, autre chaîne connectée à la fibre optique, «a continué à émettre sans interruption» pendant toute la durée de l’incident. Le Centre de Supervision des Réseaux de Camtel «n’a relevé aucun dysfonctionnement», et l’entreprise précise qu’une réparation de fibre optique «ne saurait s’effectuer pour l’instant en moins de dix minutes».. Durée incompatible avec la rapidité du rétablissement du signal ce soir-là.

Camtel conclut en «déplorant l’accusation publique et hâtive dont elle a été indirectement l’objet, sans aucune investigation technique contradictoire préalable», et se dit prête à «mener un audit technique conjoint afin de rétablir la vérité des faits ».

Un audit qui tarde, une vérité qui manque

L’offre d’audit conjoint formulée par Camtel est, à ce stade, restée sans réponse publique de la CRTV. Les deux communiqués se font face, l’un accusant, l’autre réfutant, sans qu’une investigation contradictoire n’ait encore été officiellement engagée ni rendue publique.

Ce qui demeure, au-delà de l’échange institutionnel, c’est l’image d’un Cameroun qui a raté, sur sa propre télévision nationale, plusieurs minutes du premier discours officiel d’un pape sur son sol, un événement suivi sans interruption par des médias du monde entier.

À l’heure où les États africains revendiquent leur souveraineté numérique et où la fiabilité des infrastructures de diffusion constitue un enjeu stratégique autant qu’une vitrine internationale, cet incident pose des questions qui dépassent la querelle entre deux directions générales. Qui a déployé quoi, avec quels équipements, sur quels réseaux, et selon quel cahier des charges technique — voilà ce que l’audit proposé par Camtel pourrait établir. S’il a lieu.

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