À Douala, une décision administrative a transformé le Parcours Vita en véritable théâtre de tensions institutionnelles. Le maire, Roger Mbassa Ndine, affirme exercer des compétences légalement transférées par l’État, tandis que le préfet du Wouri, Mvogo Sylyac Marie, rappelle la primauté de l’autorité préfectorale. Suspension du directeur, annulation de la décision, scellés et demande d’arbitrage gouvernemental : en quelques jours, le site sportif emblématique est devenu le symbole d’une confrontation directe entre pouvoir municipal et commandement territorial.
L’ onde de choc
Tout commence le 6 décembre 2025. Par une décision municipale, le maire de la ville de Douala suspend Valentin Emmanuel Njoh, directeur du Parcours Vita. Le document est long, argumenté, juridiquement charpenté. Il convoque la Constitution, le Code général des collectivités territoriales décentralisées, plusieurs lois financières, des décrets de transfert de compétences, et surtout le protocole d’accord du 5 juin 1993 actant le transfert du Parcours Vita à la Communauté urbaine de Douala.
Sur le fond, la mairie évoque une crise de gouvernance interne. Le directeur est accusé d’« insubordination constante » vis-à-vis du comité de gestion, d’hostilité envers des partenaires, d’agressions verbales et physiques, de blocages administratifs et financiers, mais aussi de refus de signer les documents de passation avec son prédécesseur. Autant d’éléments qui, selon l’exécutif municipal, paralysent le fonctionnement de cette infrastructure sportive emblématique.
Dans cette logique, la suspension est présentée comme une mesure conservatoire, motivée par « les nécessités de service ». L’intérim est confié à Moukete Ekoume, chef de la division des Affaires juridiques de la CUD, cumulativement avec ses fonctions. La mairie agit en se fondant sur l’idée que le personnel du Parcours Vita est placé sous l’autorité du maire, conformément à l’article 209 du Code des CTD.
Très vite, la décision déborde le strict cadre administratif. Le bureau du directeur suspendu est mis sous scellés, sur fond de soupçons liés à un financement de 100 millions FCFA d’Orange Cameroun, et de contre-accusations de détournement visant le maire, que la CUD qualifie alors de « manœuvres de déstabilisation ». Le Parcours Vita, espace de sport et de bien-être, devient un théâtre de tensions institutionnelles.
Le préfet annule, l’État tranche provisoirement
Dix-sept jours plus tard, le 23 décembre 2025, le préfet du Wouri frappe fort. Par arrêté préfectoral, Mvogo Sylyac Marie constate la nullité absolue de la décision municipale du 6 décembre. Le motif est sans détour : l’incompétence de son auteur. Pour l’autorité administrative, le maire n’avait pas qualité pour suspendre un directeur nommé par arrêté ministériel.
L’arrêté ne considérant pas seulement la décision nulle, il va plus loin. Il ordonne l’enlèvement des scellés apposés dans l’enceinte du Parcours Vita et mobilise, pour exécution immédiate, le sous-préfet de Douala 3ᵉ, la gendarmerie territoriale et le commissariat central n°4. Le message est clair : l’État reprend la main.
Dans le même temps, des éléments issus d’une réunion préfectorale tenue quelques jours plus tôt, relayés par le journaliste Cyrille Kuete, apportent un éclairage supplémentaire. Selon ce récit, une tentative de concertation au Parcours Vita avait été empêchée, conduisant le préfet à délocaliser la séance dans les services de la préfecture afin de garantir la continuité de l’administration.
Au terme de cette réunion, le constat aurait été unanime : le maire ne disposait d’aucune base légale pour poser des scellés sur le bureau du directeur. Le Parcours Vita est rappelé comme établissement public administratif, doté d’un agent comptable du ministère des Finances et placé sous la tutelle technique du ministère des Sports.
Des accusations graves émergent également : bris de scellés, emport de matériel et de documents administratifs, puis remise sous scellés en l’absence du directeur. Des faits qui, s’ils étaient avérés, changeraient la nature du conflit et pourraient ouvrir la voie à des investigations plus larges. Le préfet, tout en appelant au calme, rappelle alors la primauté du respect des textes et des institutions.
« Je demande l’arbitrage du gouvernement »
Face à cette décision préfectorale, Roger Mbassa Ndine choisit la voie institutionnelle. Dans un communiqué radio-presse daté du 24 décembre, le maire dit prendre acte de l’arrêté préfectoral, tout en réaffirmant sa lecture des textes. Il insiste sur son attachement au respect des institutions, mais rappelle que la position de la Communauté urbaine s’inscrit, selon lui, dans « l’exercice normal des compétences reconnues aux exécutifs locaux ».
Le maire revient alors méthodiquement sur l’historique juridique du Parcours Vita. Il rappelle le protocole d’accord de 1993, signé par le gouvernement, ainsi que la cérémonie officielle de rétrocession de 2013 présidée par le ministre des Sports. Il évoque surtout le décret de 2012 transférant aux collectivités territoriales la création et la gestion des infrastructures sportives d’intérêt communal.
Dans cette logique, l’arrêté ministériel du 9 avril 2012 est mis en avant. Il dispose, selon la mairie, que la gestion, l’exploitation et l’entretien des Parcours Vita existants sont dévolus aux collectivités territorialement compétentes. À partir de là, la CUD estime détenir des droits patrimoniaux et fonctionnels sur le site.
Sans transformer le différend en bras de fer public, le maire annonce avoir saisi formellement le chef du gouvernement pour arbitrage. La question quitte ainsi le champ local pour remonter au sommet de l’État, où devra être clarifiée, une fois pour toutes, la frontière entre décentralisation effective et autorité administrative déconcentrée.
Au-delà du cas Njoh Valentin, l’affaire du Parcours Vita de Douala révèle une tension structurelle plus profonde : celle d’une décentralisation encore juridiquement disputée, où textes, décrets et arrêtés s’entrechoquent selon les niveaux de pouvoir. En attendant l’arbitrage gouvernemental, le site sportif reste le symbole d’une lutte silencieuse mais déterminante sur qui, de l’État ou de la ville, détient réellement les clés du pouvoir local.

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