C’est sur les antennes de la télévision nationale et par communiqué ensuite que le général de brigade Issa Ousmane Coulibaly, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation et porte-parole du gouvernement, a confirmé ce dimanche 26 avril le décès de Sadio Camara, ministre de la Défense. Une annonce très attendue, au regard de la gravité de la situation, et qui mesure l’ampleur du choc.
Le communiqué qui lève le silence
Pendant près de vingt-quatre heures, le gouvernement malien avait maintenu un silence assourdissant sur le sort de son ministre de la Défense. Ce dimanche 26 avril, le Communiqué N°2026-002 du Gouvernement de la Transition, signé par le général de Brigade Issa Ousmane Coulibaly, ministre de l’Administration territoriale et porte-parole du gouvernement, a mis fin à cette incertitude. Le texte est sobre dans sa forme, lourd dans son contenu : « Le Gouvernement de la Transition du Mali a le profond regret de porter à la connaissance de l’opinion le décès tragique du Général de Corps d’Armée Sadio Camara, Ministre d’État, Ministre de la Défense et des Anciens Combattants ».
Le communiqué reconstitue la chronologie des derniers instants du ministre. Dans la matinée du 25 avril, un véhicule piégé conduit par un kamikaze a visé sa résidence à Kati. Sadio Camara n’a pas fui — il a engagé les assaillants. Le texte officiel souligne qu’il « a réussi à neutraliser certains » d’entre eux au cours des échanges de tirs. Blessé durant ces affrontements, il a été transporté à l’hôpital où il a succombé à ses blessures. Une mort au combat, que le communiqué présente comme conforme au serment qu’il avait fait, celui de « donner jusqu’à la dernière goutte de son sang à sa patrie ».
Le communiqué révèle également l’ampleur des dégâts collatéraux de l’attentat. L’effondrement de la résidence du ministre a causé d’autres victimes civiles et détruit une mosquée voisine, entraînant la mort de fidèles qui s’y trouvaient au moment de l’explosion. Un bilan humain qui dépasse donc la cible initiale des terroristes et qui dit la violence aveugle de l’opération.
Le président de la Transition, le général d’Armée Assimi Goïta, le gouvernement et le peuple maliens ont présenté leurs condoléances à la famille du ministre disparu. Le communiqué associe à ces condoléances « toutes les victimes civiles et militaires décédées lors des incidents terroristes du 25 avril 2026 ».
La décision finale du communiqué dit la stature que le pays entend conférer à son ministre tombé : sur décision personnelle du président Goïta, le général de Corps d’Armée Sadio Camara aura droit à des funérailles nationales, dont les modalités feront l’objet d’un communiqué ultérieur. Un hommage de la plus haute distinction pour un homme un héros national tombé les armes à la main.
Qui était Sadio Camara ?
Pour mesurer l’ampleur de cette perte pour le régime d’Assimi Goïta, il faut comprendre qui était réellement Sadio Camara dans l’architecture du pouvoir malien. Ce n’était pas un ministre parmi d’autres. C’était l’un des architectes du système — l’un de ceux sans qui l’appareil gouvernementale, telle qu’elle existe aujourd’hui, n’aurait peut-être jamais vu le jour.
Co-auteur du coup d’État d’août 2020 qui avait renversé Ibrahim Boubacar Keïta, puis acteur central du second coup d’État de mai 2021 qui avait écarté le président de transition Bah N’Daw, Sadio Camara avait occupé le poste de ministre de la Défense depuis les premières heures du régime. Six ans à la tête de l’institution militaire la plus stratégique du pays dans un contexte de guerre contre les groupes jihadistes, de rupture avec la France et de réorientation vers la Russie.
C’est précisément ce dernier axe qui avait fait de lui une figure irremplaçable dans le dispositif . Sadio Camara était l’artisan principal du rapprochement avec Moscou, celui qui avait ouvert les portes du Mali aux forces Wagner, devenues depuis Africa Corps. C’est lui qui avait négocié, structuré et assumé publiquement ce partenariat stratégique qui avait bouleversé les équilibres sécuritaires en Afrique de l’Ouest et valu au Mali de nombreuses critiques de la communauté internationale.
Au-delà du militaire, il incarnait aussi une certaine idée de la souveraineté, celle que défend Assimi Goita face aux anciennes puissances coloniales. La rupture avec la France, l’expulsion de la MINUSMA, le rejet des cadres onusiens de gestion du conflit : autant de décisions dans lesquelles Sadio Camara avait joué un rôle central. Pour ses partisans, il était le garant d’un Mali qui refuse de se soumettre. Pour ses détracteurs, il était l’homme qui avait fait entrer des mercenaires russes dans un pays en guerre civile.
Le communiqué officiel lui rend un hommage appuyé, saluant « sa combativité, son intrépidité, son humanisme, son professionnalisme » et « son bilan élogieux dans la défense nationale ». Des mots choisis, qui disent la volonté du régime de faire de sa mort non pas un signe de faiblesse mais un acte de martyre patriotique. La narration de sa fin — blessé en combattant les assaillants, transporté à l’hôpital, succombant à ses blessures — construit déjà la légende d’un soldat mort debout.
Sa disparition laisse un vide que le pays devra combler rapidement à la fois sur le plan opérationnel, en nommant un successeur capable de maintenir les partenariats militaires existants, et sur le plan symbolique, en trouvant un visage capable d’incarner avec la même force la ligne souverainiste du régime. Ce n’est pas une tâche simple dans un pays en guerre.
Ce que la confirmation change — et ce qu’elle ne dit pas
Le communiqué du gouvernement de la Transition est important pour ce qu’il dit, mais aussi pour ce qu’il tait soigneusement. Il confirme la mort de Sadio Camara, décrit les circonstances de l’attentat et annonce des funérailles nationales. Il ne dit rien sur l’ampleur réelle des attaques du 25 avril, ne donne aucun bilan global des victimes civiles et militaires à travers le pays, et ne mentionne aucunement les autres membres de la famille du ministre — son épouse et ses petits-enfants dont la mort avait été rapportée par l’AFP et confirmée par des sources familiales.
Ce silence sur les victimes familiales est révélateur d’une stratégie de communication bien rodée. En ne mentionnant que les victimes liées à l’effondrement de la résidence et à la mosquée voisine, le gouvernement évite de donner au JNIM la satisfaction de voir officialisée l’ampleur humaine de son attentat le plus spectaculaire. C’est une gestion politique du deuil qui protège le régime tout en honorant le ministre.
Ce qui reste entier, ce dimanche soir, c’est la question centrale que les attaques du 25 avril posent à la junte malienne : comment un régime qui a fait de la sécurité sa raison d’être, qui a justifié ses coups d’État par l’incompétence de ses prédécesseurs à protéger le pays, qui a invité des forces russes pour renforcer ses capacités, comment ce régime a-t-il pu laisser son propre ministre de la Défense être tué chez lui, à Kati, le fief militaire ?
La réponse à cette question déterminera la suite. Assimi Goïta ( qui n’a fait aucune déclaration jusqu’ici) devra nommer rapidement un nouveau ministre de la Défense, rassurer ses alliés de l’Alliance des États du Sahel — dont les présidents Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani se sont jusqu’ici maintenus dans un silence prudent — et démontrer que la capacité opérationnelle des FAMa n’a pas été entamée par cette journée noire. Des funérailles nationales sont annoncées. Elles seront le premier test de la capacité du régime à transformer un traumatisme en mobilisation patriotique.









