Nés dans la même volonté de renouveler l’opposition camerounaise, le PCRN de Cabral Libii et le MRC de Maurice Kamto ont pourtant échoué à transformer leurs convergences ponctuelles en alliance durable. De la présidentielle de 2018 aux batailles électorales de 2025 et aux tensions de 2026, les deux formations se retrouvent régulièrement face à face, révélant les profondes divergences de stratégie, de leadership et de vision qui traversent l’opposition.
La nouvelle passe d’armes est partie du PCRN, mais elle a rapidement trouvé son répondant au MRC. Le 5 octobre 2026, le Parti camerounais pour la réconciliation nationale a publié une mise en garde dans laquelle il dénonce des menaces, intimidations et formes d’ostracisme qui viseraient certains de ses militants et leurs proches dans la région de l’Ouest. Selon le parti de Cabral Libii, ces pressions seraient liées au soutien de ses militants au président du PCRN et à leur refus de soutenir Maurice Kamto, ancien président du MRC. Le parti évoque également des pressions fondées sur l’appartenance ethnique.
La réaction n’a pas tardé. Dans une sortie dont le texte a été transmis à Afrik-Inform, Mamadou Mota s’en prend frontalement à la démarche du PCRN. L’ancien premier vice-président du MRC accuse le parti de Cabral Libii d’instrumentaliser la question tribale et de se présenter en victime après avoir, selon lui, adopté en 2018 des comportements hostiles aux militants du MRC. Il reproche notamment au PCRN de venir aujourd’hui invoquer les libertés politiques alors que, dans son récit, certains de ses militants auraient participé à la traque de manifestants du MRC lors des mobilisations postélectorales.
Cette nouvelle confrontation intervient dans un contexte particulier. Maurice Kamto n’est plus président du MRC depuis sa démission du 8 septembre 2026 et Tiriane Balbine Noah assure depuis l’intérim, dans l’attente de la convention du parti prévue le 17 octobre. Pourtant, le départ de Kamto n’a pas fait disparaître les contentieux avec le PCRN. Au contraire, les échanges récents montrent que Cabral Libii, Mamadou Mota et désormais d’autres figures des deux camps continuent de s’opposer sur des questions qui dépassent les personnes. La convention du MRC doit désigner le successeur de Kamto, avec deux candidatures finalement retenues : celle de Tiriane Balbine Nadège Noah et celle de Pierre Emmanuel Binyam.
Le paradoxe est là : le PCRN et le MRC ont parfois travaillé sur des dossiers communs, se sont retrouvés dans certaines batailles contre les restrictions pesant sur l’opposition et ont même bénéficié, à certains moments, du soutien politique de l’autre camp. Mais ces rapprochements ponctuels n’ont jamais suffi à effacer les divergences stratégiques. Pour comprendre pourquoi les deux formations se retrouvent régulièrement face à face, il faut remonter le fil de leurs confrontations.
Le nouvel épisode : du conflit politique à la question ethnique
Le communiqué du PCRN intervient quelques jours après une séquence particulièrement mouvementée pour la formation de Cabral Libii. Le parti affirme que certains de ses militants originaires de l’Ouest et leurs proches subissent des pressions en raison de leur choix politique. Il affirme notamment que des militants seraient pris à partie pour avoir choisi de soutenir Cabral Libii plutôt que Maurice Kamto. Ces accusations sont portées par la direction du PCRN, qui annonce vouloir saisir les instances compétentes.
Il faut cependant distinguer l’accusation de sa vérification. Les sources publiques disponibles ne permettent pas, à ce stade, d’établir indépendamment l’ampleur de ces menaces, leur origine ou l’identité des personnes qui en seraient responsables. Le fait établi est que le PCRN les dénonce officiellement et appelle notamment la Commission des droits de l’Homme du Cameroun à se saisir de la situation. La polémique prend ainsi une dimension supplémentaire : elle ne porte plus seulement sur les choix stratégiques de deux partis, mais sur la manière dont leurs affrontements peuvent se traduire sur le terrain par des lectures communautaires de l’engagement politique.
Le contexte interne du PCRN nourrit également cette séquence. Le 26 septembre, Nourane Foster a annoncé sa démission du parti et son rapprochement avec le Pacte social pour la gouvernance. Dans sa lettre, elle dénonçait notamment des attaques personnelles et des propos visant certaines communautés, tout en reprochant à la direction du PCRN de ne pas avoir suffisamment réagi à ce qu’elle considérait comme des dérives. D’autres départs ont suivi, notamment à Douala 5e, où Justin Nkakeu Aimé Ledoux et plusieurs dizaines de militants ont annoncé leur retrait.
Le MRC n’a toutefois pas laissé le PCRN imposer seul le récit de cette séquence. Dans sa sortie du 6 octobre, Mamadou Mota accuse au contraire le parti de Cabral Libii de transformer la question ethnique en instrument de défense politique. Il rappelle, dans son propre récit, les affrontements de 2018 et reproche au PCRN de dénoncer aujourd’hui les atteintes aux libertés politiques après avoir, selon lui, fermé les yeux sur les actions de certains de ses militants contre ceux du MRC. Il s’agit là d’accusations politiques formulées par Mota, qui demanderaient elles aussi à être documentées indépendamment.
Ce nouvel échange révèle surtout un changement de registre. Les deux camps ne se contentent plus de discuter de candidatures, de stratégies électorales ou de leadership. Ils se renvoient désormais les notions de tribalisme, d’ostracisme, de liberté politique et de persécution. Le PCRN affirme que certains de ses militants seraient sanctionnés pour leur choix politique ; Mota répond que le parti instrumentalise la question communautaire pour se présenter en victime. L’épisode actuel ne constitue donc pas le commencement de la rivalité : il en est une nouvelle manifestation.
Septembre 2026 : Kamto et Libii s’affrontent encore sur l’architecture du pouvoir
Quelques semaines avant cette polémique, Cabral Libii et Maurice Kamto s’étaient déjà retrouvés face à face sur une autre question : celle de la vice-présidence de la République. Le 18 septembre, le président du PCRN avait publiquement demandé au président Paul Biya de nommer un vice-président, en s’appuyant sur la nouvelle architecture institutionnelle issue de la révision constitutionnelle d’avril 2026. Pour Libii, cette nomination devait contribuer à « sécuriser le magistère » présidentiel et à atténuer les luttes liées à la succession au sommet de l’État.
La proposition ne se limitait pas à une simple demande de nomination. Cabral Libii présentait la vice-présidence comme un mécanisme susceptible de clarifier la continuité du pouvoir et de réduire les incertitudes liées à la succession. Il appelait donc le président de la République à utiliser la nouvelle architecture institutionnelle plutôt qu’à laisser cette fonction sans titulaire. Sa démarche intervenait dans un contexte où la question de la succession présidentielle alimentait déjà fortement le débat politique national.
Maurice Kamto a adopté une position radicalement différente. Dans sa « Pensée n°126-2026 », publiée le 21 septembre, il estime que la vice-présidence constitue une « supercherie » et affirme qu’elle aurait été introduite dans l’architecture institutionnelle en violation de la Constitution. Il appelle ainsi à ne plus faire de cette fonction un objet du débat politique.
La réponse de Cabral Libii a suivi rapidement. La séquence a donné lieu à des publications croisées dans lesquelles les deux responsables défendaient des lectures opposées de l’évolution institutionnelle du Cameroun. Le débat dépassait donc la simple question de savoir si une fonction devait être pourvue : Libii mettait l’accent sur la continuité du pouvoir et la gestion de la succession ; Kamto contestait la légitimité même du mécanisme institutionnel invoqué.
Cette confrontation possède une autre particularité : elle intervient après le départ de Maurice Kamto de la présidence du MRC. Le changement de direction annoncé au sein du parti n’a donc pas interrompu les échanges avec Cabral Libii. À quelques semaines de la convention du 17 octobre, le MRC prépare sa succession interne tandis que le PCRN continue de se positionner sur les grands débats institutionnels du moment.
Le désaccord de septembre montre ainsi que le contentieux PCRN-MRC ne porte pas seulement sur les comportements des militants. Il touche aussi à la conception du pouvoir, aux mécanismes de succession, aux stratégies face au régime et à la manière de construire une alternative politique. C’est cette dimension stratégique qui permet de comprendre pourquoi les deux formations peuvent parfois coopérer tout en se retrouvant régulièrement dans des affrontements publics.
De la sortie de Cabral Libii à la réponse de Bibou Nissack : 2018 revient sur la table
Quelques jours avant la polémique sur la vice-présidence, Cabral Libii avait lui-même rouvert un dossier vieux de huit ans. Dans une récente sortie médiatique, dont le contenu a été repris par Bibou Nissack dans sa réponse depuis la prison centrale de Yaoundé, le président du PCRN est revenu sur une rencontre tenue au lendemain de la présidentielle de 2018. Il y évoquait notamment la remise de procès-verbaux électoraux à l’ancien porte-parole de Maurice Kamto.
Cette version a provoqué la réaction de Bibou Nissack. Dans sa lettre ouverte du 22 septembre, l’ancien porte-parole du MRC ne conteste pas l’existence de la rencontre, mais récuse son objet. Selon lui, il ne s’agissait pas de transmettre des procès-verbaux au MRC, mais d’explorer une possibilité d’alliance politique entre Maurice Kamto et Cabral Libii. Il situe la rencontre au siège de campagne de Cabral Libii à Nkolndongo, au lendemain du scrutin.
Le récit de Nissack va plus loin. Il affirme avoir obtenu l’autorisation de Maurice Kamto pour entrer en négociation avec Cabral Libii après une déclaration de ce dernier selon laquelle un candidat de l’opposition avait remporté l’élection. Selon son récit, les deux hommes auraient discuté d’une possible alliance et Cabral Libii aurait conditionné la suite des discussions à une initiative de Maurice Kamto visant à mobiliser le peuple autour du contentieux électoral. Quelques semaines plus tard, Nissack affirme qu’un second rendez-vous avait été fixé, mais qu’il n’aurait finalement pas eu lieu. Ces éléments relèvent du récit de Bibou Nissack et doivent être considérés comme tels.
Le point de désaccord le plus précis concerne les procès-verbaux. Bibou Nissack affirme que Cabral Libii aurait parlé récemment de 11 000 PV remis lors de cette rencontre. Il oppose à cette version une publication du 4 novembre 2018 dans laquelle Libii revendiquait la possession de 13 662 procès-verbaux. Nissack soutient également qu’une éventuelle remise d’un tel volume de documents n’aurait pas pu se dérouler comme le décrit la version qu’il conteste.
L’ancien porte-parole de Kamto relie ensuite cette controverse à la présidentielle de 2025. Il accuse Cabral Libii de faire ressurgir le dossier des PV de 2018 pour détourner l’attention d’une autre polémique : celle de la non-publication des procès-verbaux détenus par le PCRN après le scrutin de 2025. Là encore, cette interprétation appartient à Nissack et ne doit pas être présentée comme un fait établi.
Le détail est important : ce n’est pas un nouveau différend qui vient de naître en septembre 2026. La séquence actuelle montre plutôt comment un désaccord vieux de huit ans peut ressurgir à partir d’une déclaration publique, puis se transformer en nouvelle confrontation politique. La présidentielle de 2018 reste ainsi une sorte de dossier ouvert dans la relation entre les deux camps, notamment autour d’une question qui revient régulièrement : à quelles conditions les deux principales figures de cette génération d’opposants auraient-elles pu travailler ensemble ?
2025 : la présidentielle fait exploser les divergences stratégiques
La présidentielle du 12 octobre 2025 a constitué un nouveau tournant. Maurice Kamto, alors président du MRC, n’a finalement pas pu concourir sous les couleurs de son parti et a été investi par le MANIDEM. Cabral Libii, lui, a porté la candidature du PCRN. La campagne a ainsi opposé deux trajectoires différentes, mais surtout deux conceptions de la stratégie de l’opposition. Les résultats officiels ont placé Cabral Libii troisième avec 3,41 % des suffrages exprimés.
Dès le début de l’année, les échanges s’étaient durcis. En janvier 2025, Me Désiré Sikati, militant du MRC, accusait publiquement Cabral Libii de faire de Maurice Kamto sa cible principale et de tenir, selon lui, un discours favorable au pouvoir. Quelques jours plus tard, d’autres voix du camp de Kamto s’en prenaient à la stratégie de Libii. Ces sorties n’étaient pas celles de la direction du MRC, mais elles témoignaient de la virulence des échanges militants autour des deux formations.
Dans le même temps, le débat sur une candidature commune devenait central. Cabral Libii refusait notamment de s’inscrire dans une coalition déjà construite autour d’un candidat désigné. Il défendait une autre démarche : rassembler plusieurs acteurs de l’opposition, définir un projet commun et déterminer ensuite le candidat susceptible de porter cette coalition. En septembre, il appelait ainsi Bello Bouba Maigari, Issa Tchiroma Bakary et Akere Muna à coaliser avant que les « cadets » ne se déterminent.
Cette stratégie le plaçait de fait à distance de la dynamique qui s’était constituée autour d’autres figures de l’opposition. La déclaration de Foumban du 2 août 2025 avait notamment réuni six candidats autour d’une coalition comprenant Issa Tchiroma Bakary, Akere Muna, Tomaino Ndam Njoya, Ateki Seta Caxton, Jacques Bouhga-Hagbe et Serge Espoir Matomba. Le PCRN n’en faisait pas partie. Les discussions autour d’une candidature commune ont ainsi continué sans parvenir à réunir toutes les principales forces de l’opposition.
Sur le terrain numérique, les tensions ont également été visibles. En janvier, des militants du MRC accusaient Cabral Libii de s’acharner contre Maurice Kamto ; d’autres débats portaient sur les positions respectives des deux camps et sur les choix à faire en vue du scrutin. En février, le PCRN demandait même à Maurice Kamto de réagir à un mouvement de boycott visant l’humoriste Moustik le Charismatic, après une vidéo jugée offensante par certains soutiens de Kamto. Le parti de Cabral Libii estimait alors que le président du MRC devait appeler ses militants et sympathisants à renoncer à cette campagne.
Le paradoxe est pourtant apparu au cœur même de la campagne. Le 1er octobre 2025, Cabral Libii assurait à la journaliste Mimi Mefo entretenir une « très bonne relation » avec Maurice Kamto et expliquait avoir travaillé à ses côtés pendant deux ans sur plusieurs plateformes politiques. Selon lui, l’essentiel des tensions visibles relevait des échanges entre militants sur Internet. Cette distinction entre les rapports personnels des dirigeants et l’hostilité exprimée par certains de leurs soutiens résume une partie du problème : les deux camps pouvaient se parler au sommet tout en se livrant une bataille beaucoup plus dure dans l’espace militant.
Des adversaires capables de se soutenir
L’histoire du PCRN et du MRC ne se résume pourtant pas à une confrontation permanente. En mai 2024, alors que Cabral Libii était engagé dans son bras de fer avec Robert Kona pour le contrôle du PCRN, Maurice Kamto et le MRC avaient publiquement apporté leur soutien à Libii. Le MRC dénonçait alors ce qu’il considérait comme une intervention du ministre de l’Administration territoriale dans le fonctionnement des partis politiques et exprimait son « ferme soutien » à Cabral Libii dans la bataille judiciaire et politique qu’il menait.
Ce soutien est d’autant plus significatif que le PCRN traversait alors une crise majeure. Robert Kona avait contesté la légitimité de Cabral Libii à la tête du parti et l’administration avait, à un moment, reconnu Kona comme président-fondateur et mandataire du PCRN. La justice a ensuite confirmé la position de Libii : le tribunal de première instance de Kaélé l’a débouté de la demande de Kona en septembre 2024, avant qu’une décision de la Cour d’appel de Maroua ne conforte à son tour Cabral Libii.
Le MRC et le PCRN avaient également déjà travaillé sur la réforme du système électoral. En 2021, les deux partis faisaient partie d’un groupe de formations d’opposition ayant élaboré des propositions communes de réforme du Code électoral. Le document issu de cette démarche portait notamment sur le renforcement d’ELECAM, le bulletin unique, le temps d’antenne et plusieurs aspects de l’organisation des élections. Le manifeste politique de Cabral Libii reprend d’ailleurs cette initiative en citant sept partis, dont le MRC et le PCRN.
Ces épisodes montrent que les deux formations ne sont pas condamnées à l’affrontement. Lorsqu’une question touche directement au fonctionnement des partis, à l’organisation électorale ou à des mesures qu’elles jugent défavorables à l’opposition, leurs intérêts peuvent converger. Le soutien du MRC à Libii en 2024 est particulièrement révélateur : quelques mois après avoir été adversaires sur plusieurs sujets, les deux camps pouvaient se retrouver du même côté d’un contentieux institutionnel.
La difficulté apparaît lorsqu’il faut passer de cette convergence ponctuelle à une stratégie politique commune. La coopération technique ou circonstancielle ne signifie pas nécessairement accord sur le leadership de l’opposition. C’est là que ressurgissent les divergences : qui doit conduire le rassemblement, quelle stratégie électorale adopter, quel candidat soutenir et à quel moment ? Les épisodes de 2018, 2025 et 2026 répondent, sous des formes différentes, à ces mêmes questions.
Le problème n’est donc pas l’absence totale de convergence. Il réside plutôt dans son caractère ponctuel. Les deux partis peuvent se retrouver lorsqu’une question précise impose une position commune, mais leurs stratégies divergent dès qu’il s’agit de leadership, d’alliance électorale ou de ligne politique. Cette coexistence de coopération et de compétition explique en partie pourquoi la relation PCRN-MRC peut donner l’impression d’un conflit sans fin.
2018 : le contentieux originel et l’alliance qui n’a jamais abouti
Tout remonte finalement à la présidentielle du 7 octobre 2018. Maurice Kamto, candidat du MRC, avait revendiqué la victoire au lendemain du scrutin. Cabral Libii, alors candidat investi par le parti Univers et porté par le mouvement Onze Millions de Citoyens, avait terminé troisième avec 6,28 % des suffrages selon les résultats officiels. Les deux hommes étaient alors présentés comme deux des figures montantes d’une opposition appelée à se renouveler.
Le scrutin avait pourtant fait naître une possibilité de rapprochement. C’est précisément ce que Bibou Nissack affirme aujourd’hui dans son récit. Selon lui, une partie de l’équipe de campagne de Kamto avait identifié Cabral Libii comme un acteur déterminant dans la construction d’une éventuelle alliance. Il affirme même avoir reçu l’autorisation de Maurice Kamto d’aller discuter avec lui après une déclaration de Libii selon laquelle un candidat de l’opposition avait remporté l’élection. Ces affirmations n’ont pas été établies indépendamment et doivent rester attribuées à leur auteur.
La rencontre de Nkolndongo constitue aujourd’hui le cœur du désaccord. Cabral Libii affirme qu’il avait été question de procès-verbaux électoraux ; Bibou Nissack affirme au contraire qu’il était venu discuter d’une alliance. Le premier récit met l’accent sur les documents électoraux ; le second sur une occasion manquée de rapprochement politique. Huit ans plus tard, chacun de ces récits continue de servir de pièce dans la bataille politique actuelle.
La suite de la relation a été marquée par des trajectoires différentes. Le MRC s’est engagé dans une contestation postélectorale et dans le Plan national de résistance pacifique, tandis que Cabral Libii a poursuivi son implantation politique et institutionnelle. Il sera élu député en 2020 et le PCRN obtiendra également des élus municipaux, renforçant le poids institutionnel de la formation. Le MRC, de son côté, avait boycotté les législatives et municipales de février 2020, ce qui l’a privé d’élus issus de ces scrutins.
La rupture n’a toutefois jamais été complètement hermétique. En juillet 2020, Cabral Libii saluait encore l’idée d’une « unité d’action » avec le MRC sur certaines questions, estimant qu’à défaut d’une unité organique, cette convergence pouvait constituer une voie de travail. Cette position rappelle que les deux camps n’ont pas toujours présenté leur relation comme une opposition irréconciliable.
Depuis, les élections successives ont ravivé les mêmes questions. En 2018, il s’agissait de savoir si Kamto et Libii pouvaient unir leurs forces après le scrutin. En 2025, il s’agissait de savoir comment construire une candidature commune face au pouvoir. En 2026, les débats portent désormais sur les stratégies institutionnelles, les prochaines législatives et municipales et la place de chacun dans la recomposition de l’opposition. La polémique actuelle autour des pressions dénoncées par le PCRN et la réponse de Mamadou Mota s’inscrit ainsi dans une histoire beaucoup plus longue.
Un élément récent ajoute d’ailleurs une nuance à cette rivalité. Cabral Libii appelle désormais à la participation du MRC aux prochaines élections législatives et municipales et considère que cette formation conserve une place dans le paysage politique national. Le PCRN prépare lui-même ces scrutins, tandis que le MRC travaille à sa réorganisation après le départ de Maurice Kamto. Les deux formations pourraient donc continuer à se combattre dans l’espace politique tout en étant appelées à coexister dans les mêmes échéances électorales. Le paradoxe demeure : elles ont suffisamment de raisons de se parler, mais aussi suffisamment de contentieux pour continuer à s’affronter.









