Alors que le CNC, le ministère de la Communication, le Groupe L’Anecdote et la justice se retrouvent au cœur d’un bras de fer autour des sanctions infligées à Vision 4 et à plusieurs responsables du groupe, le syndicat dirigé par Marion Obam appelle à préserver les compétences de chaque institution et les droits des professionnels des médias.
Le Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC) sort de sa réserve. Dans une déclaration publiée le 6 octobre 2026, le Bureau exécutif national réagit à la controverse née des sanctions prononcées par le Conseil national de la communication (CNC) contre Vision 4, le journaliste Thaddée Martial Owona et Boni Meyene Philippe, directeur général des médias du Groupe L’Anecdote. Le syndicat revendique une ligne d’équilibre : défendre la liberté de la presse sans cautionner les manquements professionnels.
Liberté de la presse et responsabilité professionnelle
Le syndicat commence par rappeler une position qu’il présente comme un principe cardinal : « Il n’y a pas de liberté de la presse sans responsabilité et il n’y a pas de responsabilité véritable sans liberté ». Une formule qui résume la ligne défendue par le BEN/SNJC dans une affaire où les sanctions du régulateur ont progressivement dépassé le seul cadre des faits reprochés aux professionnels concernés pour devenir un sujet de débat institutionnel.
Le SNJC ne prend donc pas fait et cause pour les journalistes ou responsables sanctionnés au seul motif de leur appartenance à un média. Le syndicat dit au contraire ne soutenir « ni les dérives déontologiques, ni les atteintes à la dignité humaine, ni la diffusion d’informations fausses, injurieuses ou déséquilibrées ». Il rappelle que l’exercice du métier suppose le respect de la vérité, la vérification des faits, la dignité des personnes et l’équilibre de l’information.
Cette position conduit le syndicat à rappeler les exigences qui s’imposent aux professionnels de la presse. « La liberté de la presse n’est pas un permis d’insulter, de diffamer ou de manipuler », affirme-t-il. Pour le SNJC, les journalistes qui manquent à leurs obligations doivent pouvoir répondre de leurs actes, mais cette responsabilité doit être recherchée dans le respect des règles qui encadrent les procédures et garantissent les droits des personnes poursuivies.
Le syndicat insiste notamment sur le respect des droits de la défense. Il estime que les sanctions ne peuvent être détachées des garanties procédurales qui entourent leur prononcé et leur contestation. Cette exigence prend une résonance particulière dans le dossier Vision 4, alors que les décisions du CNC ont fait l’objet de contestations devant la justice.
Le SNJC cherche ainsi à installer une distinction : la défense de la liberté de la presse ne signifie pas l’impunité des journalistes, pas plus que la reconnaissance du pouvoir de régulation du CNC ne doit conduire à écarter les principes de proportionnalité, d’équité et de défense. C’est sur cette ligne que le syndicat entend se positionner dans le débat actuel.
Des sanctions qui, selon le SNJC, dépassent les seuls professionnels mis en cause
Le deuxième point de la déclaration porte sur les conséquences d’une suspension de média. Le BEN/SNJC s’interroge sur le recours à des sanctions frappant un média dans son ensemble lorsque les manquements reprochés concernent des personnes identifiées. Le syndicat résume sa préoccupation dans une formule : « Sanctionner une faute, pas condamner des emplois ».
Pour le SNJC, une décision de suspension ne produit pas ses effets uniquement sur les dirigeants ou les journalistes directement concernés. « Lorsqu’une chaîne est suspendue, ce ne sont pas seulement ses dirigeants qui sont affectés », souligne-t-il. Journalistes, cameramen, monteurs, techniciens, administratifs, personnels commerciaux et autres travailleurs peuvent voir leur activité directement perturbée par l’interruption de la diffusion.
Le syndicat place ainsi la question sociale au cœur d’un dossier principalement abordé sous l’angle de la régulation. Une sanction visant un média peut avoir des conséquences sur des salariés qui ne sont pas eux-mêmes à l’origine des faits reprochés. D’où la préoccupation du SNJC face à ce qu’il considère comme le risque d’une responsabilité collective.
« Un manquement professionnel ne doit pas devenir une condamnation collective des travailleurs », insiste le syndicat. Il demande que la régulation puisse rechercher « la responsabilité effective des auteurs des faits reprochés », tout en préservant autant que possible « l’outil de travail et les emplois ».
Cette position ne conduit toutefois pas le SNJC à réclamer l’absence de sanctions. Le syndicat propose plutôt une approche fondée sur la proportionnalité et l’individualisation. Il encourage ainsi « l’autorégulation, la formation permanente, la correction des dérives professionnelles et l’application de sanctions proportionnées et individualisées ». Pour le syndicat, la réponse aux manquements professionnels doit pouvoir corriger les pratiques sans nécessairement exposer l’ensemble des travailleurs aux conséquences d’une faute individuelle.
La déclaration élargit enfin cette réflexion à la responsabilité des promoteurs de médias. Le SNJC rappelle que la liberté éditoriale ne saurait servir de « paravent à des pratiques managériales qui exposent les travailleurs à l’insécurité permanente ». La protection des emplois ne peut donc être dissociée des obligations qui incombent également aux entreprises de presse.
Le SNJC s’alarme d’une « cacophonie institutionnelle » autour de Vision 4
C’est sur le terrain institutionnel que le ton du communiqué devient le plus critique. Le BEN/SNJC affirme être préoccupé par « la cacophonie institutionnelle qui se développe autour de cette affaire ». Pour le syndicat, la succession des décisions, recours et interventions des différentes institutions risque de brouiller la lecture des compétences de chacune.
Le syndicat revient notamment sur le contentieux judiciaire né des sanctions du CNC. Il rappelle que les parties ont saisi la justice et que le Conseil a engagé une procédure concernant le sursis à exécution prononcé le 1er octobre sur les sanctions antérieures. Le dossier ne relève donc plus seulement du rapport entre le régulateur et le média : il se trouve également inscrit dans un cadre juridictionnel.
Dans le même temps, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, est intervenu auprès de Canal+ pour demander le rétablissement du signal de Vision 4 après la suspension prononcée par le CNC. Cette intervention est intervenue alors que le contentieux autour des décisions du régulateur était déjà engagé.
C’est cette superposition des interventions qui préoccupe le SNJC. « Si le CNC est l’organe compétent pour réguler les médias, ses décisions doivent être respectées ou contestées par les voies de droit. Si elles sont contestées, c’est au juge de trancher », écrit le syndicat.
Le BEN/SNJC pose ainsi une question de principe sur l’articulation des pouvoirs. Il estime que les différentes institutions doivent pouvoir exercer leurs compétences sans que leurs interventions successives ne produisent un brouillage de l’autorité de chacune. Le syndicat va plus loin en avertissant : « Le politique ne peut, selon les circonstances, tantôt défendre l’autorité du régulateur, tantôt en neutraliser les effets. »
Pour le SNJC, l’enjeu dépasse donc le cas particulier de Vision 4. Il touche au fonctionnement même de la régulation des médias. Le syndicat refuse que les médias deviennent le théâtre de rapports de force institutionnels et appelle les différents acteurs à rester dans le champ de leurs compétences respectives.
Justice, droits de la défense et protection des travailleurs au cœur de l’appel
Face à cette situation, le syndicat place la justice au centre du règlement du contentieux. « La justice doit rester l’arbitre », affirme-t-il. Vision 4 et les professionnels concernés disposent, selon le SNJC, du droit de contester les décisions qui les frappent, tandis que le CNC dispose lui aussi des voies de recours prévues par les textes.
Le syndicat demande surtout que la saisine du juge s’accompagne d’une retenue de la part des différentes institutions. « Toutes les institutions concernées doivent faire preuve de retenue et laisser la justice exercer pleinement son office », estime le BEN/SNJC. Pour lui, le recours au juge doit permettre de sortir du rapport de force institutionnel et de replacer le contentieux sur le terrain du droit.
Cette exigence concerne également les professionnels sanctionnés. Le SNJC appelle à garantir « le plein respect des droits de la défense et d’un procès équitable ». Il refuse que la sanction administrative puisse se transformer en procédure expéditive : « La sanction administrative ne doit jamais devenir une justice expéditive. »
Mais le syndicat ne limite pas son intervention au contentieux juridique. Il rappelle que derrière les décisions prises à l’encontre d’un média se trouvent des travailleurs et leurs familles. « Derrière chaque suspension de média, il y a des familles », souligne-t-il, en évoquant les journalistes, techniciens et personnels administratifs dont les revenus dépendent de la continuité de l’activité.
Cette dimension sociale conduit le SNJC à réclamer une meilleure protection des travailleurs des médias. Le syndicat réaffirme ainsi « l’urgence de l’application effective de la Convention collective des journalistes et professionnels des médias », qu’il considère comme une condition essentielle d’une presse professionnelle et indépendante.
Le BEN/SNJC adresse enfin des demandes distinctes aux différents acteurs. Au CNC, il demande d’exercer sa mission « dans le respect des principes de proportionnalité, d’équité et de responsabilité individuelle ». Aux promoteurs de médias, il demande de garantir des conditions de travail respectueuses de la dignité des professionnels. Aux journalistes, il rappelle les exigences de rigueur, de vérification et d’éthique.
Au gouvernement, le syndicat demande de « respecter l’autonomie fonctionnelle des mécanismes de régulation » et de ne pas transformer les médias en instruments de rapports de force institutionnels ou politiques. Une prise de position qui replace directement le gouvernement dans le débat ouvert par l’affaire Vision 4.
La ligne du SNJC tient finalement en deux mots : « Responsabilité et Liberté. » Le syndicat dit défendre « le journalisme, pas le règlement de comptes » et refuse que la régulation devienne « un terrain de bataille politique ou une menace pour l’emploi des journalistes ». « La responsabilité sans liberté conduit à la censure. La liberté sans responsabilité conduit à la dérive », conclut le document. Entre ces deux exigences, le syndicat place « le journalisme professionnel, l’État de droit et le respect du travailleur des médias ».









