Depuis des années, les médias occidentaux expliquent l’hostilité des États-Unis envers le Venezuela par des récits bien rodés : démocratie, narcotrafic, corruption ou droits de l’homme.
Mais selon Étienne Chouard, cette lecture est un écran de fumée.
Le véritable enjeu serait beaucoup plus profond, systémique et explosif :
la survie du pétrodollar, pilier central de la puissance américaine depuis plus de 50 ans.
Le Venezuela détient une arme redoutable : son pétrole
Le Venezuela possède 303 milliards de barils de réserves prouvées, soit :
- les plus grandes réserves de pétrole au monde
- près de 20 % des réserves mondiales
- plus que l’Arabie saoudite
Mais ce n’est pas la quantité de pétrole qui pose problème à Washington.
C’est la manière dont Caracas a décidé de le vendre.
La ligne rouge : vendre le pétrole hors du dollar
Depuis plusieurs années, le Venezuela :
- vend son pétrole en yuans chinois
- accepte les euros, roubles et monnaies locales
- refuse le dollar américain
- contourne le système SWIFT
- met en place des canaux de paiement directs avec la Chine
- demande officiellement à rejoindre les BRICS
En 2018, Caracas annonce clairement vouloir « se libérer du dollar ».
Avec ses réserves colossales, le Venezuela aurait pu financer la dédollarisation mondiale pendant des décennies.
Pour les États-Unis, c’est inacceptable.
Pourquoi le pétrodollar est vital pour Washington
Le système financier américain repose sur un accord clé signé en 1974 entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, sous l’impulsion d’Henry Kissinger :
- tout le pétrole mondial est vendu en dollars
- les États-Unis assurent la protection militaire du royaume
Conséquence directe :
- tous les pays doivent détenir des dollars pour acheter du pétrole
- la demande mondiale de dollars est artificiellement garantie
- les États-Unis peuvent imprimer de la monnaie sans contrepartie réelle
Le pétrodollar finance :
- l’armée américaine
- les déficits publics
- l’hégémonie économique mondiale
Sans lui, le système vacille.
Un scénario qui s’est déjà produit
Selon Étienne Chouard, l’Histoire se répète toujours.
Irak – 2000
Saddam Hussein annonce la vente du pétrole irakien en euros.
2003 : invasion américaine
retour du pétrole irakien au dollar
aucune arme de destruction massive ne sera trouvée.
Libye – 2009
Mouammar Kadhafi propose un dinar-or africain pour le commerce du pétrole.
2011 : bombardements de l’OTAN
Kadhafi est assassiné
Le projet disparaît
la Libye plonge dans le chaos.
Aujourd’hui : le Venezuela de Maduro
Le Venezuela coche toutes les cases dangereuses :
- plus de pétrole que l’Irak et la Libye réunis
- ventes actives en yuans
- alliances stratégiques avec la Chine, la Russie et l’Iran
- demande d’adhésion aux BRICS
- systèmes financiers hors contrôle américain
Ce n’est pas une coïncidence.
Quand la nationalisation devient un « crime »
Stephen Miller, ancien conseiller américain, l’a résumé sans détour :
« L’industrie pétrolière vénézuélienne a été créée grâce au labeur des Américains. Son expropriation constitue le plus grand vol de richesses américaines jamais enregistré. »
Traduction :
toute nationalisation qui échappe au contrôle américain est perçue comme un vol.
Le vrai problème : le pétrodollar est déjà en train de mourir
Aujourd’hui :
- la Russie vend son pétrole en roubles et en yuans
- l’Iran commerce hors dollar depuis des années
- l’Arabie saoudite évoque des règlements en yuans
- la Chine développe CIPS, alternative à SWIFT
- les BRICS bâtissent des systèmes de paiement indépendants
- le projet mBridge permet des paiements instantanés en monnaies locales
L’entrée du Venezuela dans les BRICS aurait accéléré cette dynamique de façon irréversible.
Ce que ce conflit n’est pas
- pas la lutte contre la drogue (moins de 1 % de la cocaïne consommée aux USA)
- pas le terrorisme (aucune preuve)
- pas la démocratie (les USA soutiennent de nombreux régimes autoritaires)
- Il s’agit de sauver un système monétaire vieux de 50 ans.
- Un message au monde… qui pourrait se retourner
- Le message envoyé aux pays du Sud est clair :
- Défiez le dollar, et vous serez attaqués.
- Mais ce message pourrait produire l’effet inverse :
accélérer la dédollarisation mondiale. - Car lorsqu’il faut bombarder pour imposer une monnaie,
c’est que cette monnaie est déjà en train de perdre. - Le Venezuela n’est peut-être pas le début.
C’est peut-être l’aveu final.

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