Trois jours après les affrontements meurtriers du boulevard Triomphal à Kinshasa, le Sénat de la RDC a adopté tard lundi 15 juin 2026 la proposition de loi sur l’organisation des référendums. Un texte présenté comme purement technique par la majorité présidentielle, mais qui constitue désormais la dernière marche institutionnelle avant un référendum susceptible de remettre à zéro le compteur des mandats du chef de l’État.
Tard dans la soirée du lundi 15 juin 2026, les sénateurs congolais ont adopté la proposition de loi relative à l’organisation des référendums dans le pays. Ce vote intervient quelques jours seulement après l’adoption d’un texte identique à l’Assemblée nationale début juin, déposé par un député de la majorité présidentielle. L’Union sacrée, l’alliance de partis qui rassemble la majorité présidentielle, détient une majorité écrasante dans les deux chambres du Parlement congolais, ce qui n’a laissé planer aucun doute sérieux sur l’issue du scrutin sénatorial.
Le texte n’est pas encore définitivement applicable. Après un avis attendu de la Cour constitutionnelle, la proposition de loi atterrira sur le bureau de Félix Tshisekedi, qui pourra alors décider de la promulguer ou non. Cette étape, bien que présentée comme une formalité par certains observateurs, conserve une portée politique : en choisissant le moment de la promulgation, le président dispose d’une marge de manœuvre calendaire qui lui permet d’ajuster le rythme de sa propre stratégie institutionnelle.
Ce vote du Sénat s’inscrit dans une séquence rapprochée et lourde de sens. Il survient à peine trois jours après un rassemblement de l’opposition à Kinshasa qui avait basculé dans des heurts violents. Plusieurs opposants avaient été blessés, notamment par des jets de pierres, dans des affrontements avec des militants pro-gouvernementaux et la police. Des associations locales de défense des droits avaient évoqué deux corps ramassés sur la chaussée, sans qu’aucun bilan officiel n’ait été communiqué par les autorités à ce jour.
La proximité temporelle entre les violences du 12 juin et le vote du Sénat le 15 juin n’a pas empêché la majorité présidentielle de poursuivre son calendrier législatif sans amendement ni pause. Ce choix de poursuivre la procédure dans l’immédiat après-coup des affrontements constitue en lui-même un signal politique fort : le pouvoir entend visiblement avancer sans céder aux pressions de la rue ni à la mobilisation de l’opposition unie.
Techniquement, le texte adopté par les deux chambres encadre les modalités pratiques de l’organisation d’un référendum populaire en RDC — un cadre légal qui, selon plusieurs juristes, faisait jusqu’alors défaut dans l’arsenal institutionnel congolais. Mais cette dimension technique ne doit pas occulter l’enjeu de fond : ce même texte est l’instrument par lequel le pouvoir entend faire adopter, par la voie référendaire, une nouvelle Constitution qui remettrait à zéro le compteur des mandats présidentiels de Félix Tshisekedi.
Une stratégie présidentielle mûrie depuis deux ans
Cette séquence législative ne sort pas de nulle part. Félix Tshisekedi, 63 ans, a été élu fin 2023 pour un second mandat qui doit théoriquement prendre fin en 2028. La Constitution congolaise est sans ambiguïté sur ce point : elle stipule que le nombre et la durée des mandats présidentiels — soit deux quinquennats — ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle. C’est une clause d’éternité, en théorie infranchissable par la voie parlementaire classique.
Dès 2024, cependant, le chef de l’État avait posé la première pierre d’une stratégie de contournement. Il avait annoncé son intention de créer une commission nationale chargée de se pencher sur une éventuelle réforme constitutionnelle, sans jamais évoquer ouvertement l’ambition d’un troisième mandat. Le discours qui s’est construit depuis cette date repose sur un argument récurrent : la Constitution actuelle serait « opposée aux attentes de la population », un texte daté qu’il conviendrait de moderniser pour le bien du pays.
L’intensification de la guerre dans l’est de la RDC, au début de 2025, avait temporairement freiné ces projets. La prise par le groupe armé antigouvernemental AFC/M23, soutenu par le Rwanda, des grandes villes de Goma et de Bukavu, avait absorbé l’essentiel de l’attention politique et militaire du pouvoir congolais. Mais cette parenthèse sécuritaire n’a été qu’un report, pas un abandon.
C’est lors d’une conférence de presse tenue début mai 2026 que Félix Tshisekedi a formulé, pour la première fois aussi explicitement, sa disposition à briguer un troisième mandat. Sa formule reste prudemment conditionnelle : « Si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, j’accepterai ». Cette déclaration, conjuguée à l’adoption désormais actée de la loi référendaire par les deux chambres du Parlement, referme la boucle entre l’intention présidentielle énoncée en mai et l’instrument juridique qui permettrait de la concrétiser.
Pour l’opposition, qui dénonce cette manœuvre comme un « coup d’État constitutionnel » depuis 2024, ce vote du Sénat constitue la confirmation de ce qu’elle redoutait depuis le début. La proposition de loi adoptée n’a, à ses yeux, jamais eu d’autre finalité que de réviser la Constitution par référendum afin de remettre à zéro le compteur des mandats présidentiels de Félix Tshisekedi, sous couvert d’un texte présenté comme une simple modernisation du cadre référendaire congolais.









