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Diplomatie

Bénin-Niger| Cinq questions pour comprendre pourquoi la visite de Romuald Wadagni chez Abdouramane Tiani est une rencontre historique

C’est le premier grand coup de poker diplomatique de l’ère post-Talon. En se rendant à Niamey le 2 juin 2026 pour y rencontrer le général Abdouramane Tiani, le nouveau président béninois Romuald Wadagni brise trois ans d’un tête-à-queue stérile hérité du coup d’État de 2023. Entre la Realpolitik du pipeline pétrolier et l’urgence sécuritaire, décryptage d’un sommet en forme de remise à zéro qui redessine les équilibres entre le Golfe de Guinée et l’Alliance des États du Sahel (AES).

1. Pourquoi cette visite n’avait-elle pas eu lieu plus tôt ?

Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 qui a renversé le président Mohamed Bazoum, les relations entre Cotonou et Niamey s’étaient figées dans une hostilité ouverte. Sous Patrice Talon, le Bénin avait soutenu fermement les sanctions de la CEDEAO contre la junte nigérienne, allant jusqu’à soutenir la menace d’une intervention militaire pour réinstaller Bazoum. Niamey avait perçu cette posture comme une trahison, voire une complicité avec la France, et avait répondu par la fermeture unilatérale de la frontière terrestre en août 2023.

L’arrivée de Romuald Wadagni à la présidence béninoise, après son élection en avril 2026 et son investiture le 24 mai, a ouvert une fenêtre diplomatique que les deux capitales attendaient sans se l’avouer. Moins associé aux positions les plus dures de Talon, le nouveau président béninois a été perçu à Niamey comme une opportunité de remise à zéro. Sa tournée régionale — Nigeria le 1er juin, Niger et Burkina Faso le 2 — dit à elle seule l’ambition du repositionnement.

2. Qu’est-ce qui était concrètement en jeu dans cette rencontre ?

La frontière. Fermée depuis août 2023 par le Niger, sa fermeture a asphyxié des échanges commerciaux séculaires entre deux peuples profondément liés. Le corridor Cotonou-Niamey est vital pour le Niger enclavé, qui dépend du port béninois pour une large part de ses importations. Trois ans de fermeture ont fait chuter les échanges, alimenté la contrebande et aggravé les conditions de vie des populations frontalières des deux côtés.

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Le communiqué conjoint signé à Niamey le 2 juin 2026 acte l’engagement des deux chefs d’État à lever tous les obstacles à la coopération bilatérale, en citant explicitement la réouverture de la frontière. Un comité d’experts a été mis en place à cet effet, avec un délai de quinze jours pour rendre son rapport aux deux chefs d’État. La mécanique est en marche.

3. Le pipeline Niger-Bénin était-il au cœur des discussions ?

Inévitablement. Ce projet pharaonique d’environ 4,5 milliards de dollars, porté par des intérêts chinois, relie les champs pétroliers d’Agadem au Niger au terminal maritime de Sèmè au Bénin. Depuis son entrée en activité, il a été perturbé à répétition : le Bénin a bloqué temporairement les exportations pétrolières en réponse à la fermeture de la frontière, tandis que le Niger a suspendu les flux pour des raisons de sécurité et de confiance mutuelle.

Les deux pays ont des intérêts financiers considérables dans le bon fonctionnement de ce corridor énergétique. La normalisation diplomatique actée à Niamey est donc aussi une décision économique : un pipeline qui ne produit pas de revenus est une perte sèche pour des deux États. La stabilisation des relations bilatérales est la condition préalable à tout retour à la normale des flux pétroliers.

4. Quelle est la portée sécuritaire de cette réconciliation ?

Sur le plan sécuritaire, le communiqué conjoint est sans ambiguïté : les deux présidents ont réaffirmé leur engagement à unir leurs forces pour combattre le terrorisme et le banditisme qui sévissent depuis plusieurs années dans la sous-région. La frontière poreuse entre les deux pays est depuis longtemps une voie de transit pour les groupes armés qui opèrent dans le Sahel et qui ont progressivement étendu leur influence vers les pays côtiers du Golfe de Guinée.

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Le Bénin, qui n’était pas directement concerné par la menace jihadiste il y a encore cinq ans, enregistre depuis 2021 des attaques répétées dans sa zone des trois frontières. Une coopération sécuritaire renforcée avec Niamey, qui dispose d’une expérience et d’un maillage territorial dans cette zone, est donc d’un intérêt stratégique direct pour Cotonou, indépendamment des divergences politiques héritées du coup d’État de 2023.

5. Cette visite marque-t-elle un rapprochement du Bénin avec l’Alliance des États du Sahel ?

C’est la lecture que font la plupart des observateurs régionaux. En effectuant une tournée qui l’a conduit successivement au Nigeria, au Niger et au Burkina Faso — trois membres ou proches de l’AES — dès les premiers jours suivant son investiture, Wadagni envoie un signal de pragmatisme diplomatique clair. Sans renier l’ancrage du Bénin dans la CEDEAO, il choisit d’ouvrir des canaux avec des voisins stratégiques.

Cette posture répond à une réalité géographique et économique incontournable : le Bénin partage des centaines de kilomètres de frontières avec le Niger et le Burkina Faso. Aucune politique de développement, aucune stratégie sécuritaire sérieuse ne peut faire l’impasse sur ces voisinages. Tiani a d’ailleurs accepté l’invitation de Wadagni à effectuer une visite officielle au Bénin, dont la date sera fixée par voie diplomatique — un geste réciproque qui confirme que les deux parties mesurent ce que cette normalisation peut leur apporter..

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