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Cameroun| Joshua Osih, l’héritier de Ni John Fru Ndi de plus en plus « contesté dans son propre camp »

Depuis l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, le Social Democratic Front traverse une zone de turbulences sévères. Joshua Osih, élu président national du parti en octobre 2023 pour succéder au fondateur Ni John Fru Ndi, fait face à une fronde interne qui monte. Une motion de destitution déposée au sein même du National Executive Committee, un score de 1% à la présidentielle, une gestion pointée du doigt — le SDF, jadis première force d’opposition au Cameroun, se regarde dans un miroir qui ne lui renvoie pas une image flatteuse.

Les faits

Le 12 octobre 2025, les Camerounais se rendent aux urnes pour élire leur président. Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, est réélu. Joshua Osih, candidat du SDF, récolte 1% des suffrages. Un seul pour cent. Dans les états-majors du parti, le chiffre tombe comme une sentence. Il ne s’agit plus d’une défaite — il s’agit d’une déroute qui appelle des comptes.

Pourtant, sur le papier, la campagne d’Osih avait des ambitions. Le 19 août 2025 à Yaoundé, il présente un programme socio-économique baptisé « Rescue Cameroon », articulé autour de l’unité nationale, de la restauration de la dignité des Camerounais et de la résolution de la crise anglophone qui ensanglante le Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis 2016. Il sillonne des régions traditionnellement peu acquises au SDF — l’Adamaoua, l’Extrême-Nord, le Nord — appelant à la solidarité et à la justice. Il réfute publiquement les rumeurs de connivence avec le régime de Paul Biya. En apparence, une campagne sérieuse, structurée, offensive.

Mais dans les faits, selon les membres du National Executive Committee qui ont aujourd’hui déposé une motion contre lui, la réalité du terrain était toute autre. L’équipe de campagne a été mise en place tardivement. Le matériel de campagne était insuffisant. La couverture des bureaux de vote était incomplète. Les grands meetings — ces moments de démonstration de force qui font et défont les dynamiques électorales — brillaient par leur absence. Les alliances promises avec des syndicats et des partis alliés n’ont jamais été concrétisées.

Le directeur de campagne, selon ces mêmes sources, a été réduit à un simple rôle administratif, vidé de toute substance stratégique. Et Osih lui-même aurait tenu un discours hostile aux coalitions, au moment précis où l’heure appelait au rassemblement de toutes les forces d’opposition face à un RDPC structurellement dominant.

Dès novembre 2025, soit quelques semaines à peine après le scrutin, des voix s’élèvent au sein du NEC pour exiger la démission du président national. Osih accepte la défaite publiquement et retire sa pétition auprès du Conseil constitutionnel qui visait à obtenir l’annulation partielle des résultats. Un geste de responsabilité, dira-t-on. Insuffisant, répondront ses détracteurs. La pression, loin de se dissiper, continue de monter tout au long des semaines suivantes, jusqu’à prendre une forme institutionnelle et officielle.

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L’enjeu

Le 26 janvier 2026, la crise franchit un nouveau palier. Deux membres influents du NEC et du shadow cabinet — le gouvernement de l’ombre du parti — déposent une motion officielle au secrétariat du NEC demandant la destitution de Joshua Osih. Leurs noms : Charlie Tchikanda, chargé des Affaires sociales, des Sports et du Développement de la Jeunesse, et Stéphane Rivel Nguemaleu, chargé de l’Eau et de l’Énergie. Deux hommes de l’intérieur. Deux hommes qui connaissent le parti dans ses recoins les plus intimes.

Leur motion est un document d’accusation en bonne et due forme. Elle liste, point par point, ce qu’ils considèrent comme les manquements d’Osih à la tête du SDF. Sur le plan politique d’abord : une absence quasi totale sur les terrains des libertés publiques, peu de soutien concret aux victimes d’arrestations arbitraires, un manque de solidarité affiché avec les autres forces d’opposition face aux abus du régime en place, et un positionnement du SDF comme opposition crédible qui ne convainc plus ni les militants ni les électeurs. Le parti, écrivent-ils, « vit au sommet et non à la base » — une formule lapidaire qui résume l’éloignement ressenti entre la direction nationale et les structures locales qui font vivre un parti au quotidien.

Sur le plan administratif et financier ensuite, les accusations sont plus graves encore. Tchikanda et Nguemaleu dénoncent l’absence de budget formel, le manque de rapports financiers, la violation des principes élémentaires de séparation des rôles entre ordonnateur, caissier et exécutant. Ils pointent une opacité préoccupante sur l’utilisation des subventions d’État, et soulèvent la question de trois années de subventions dont le sort aurait été évoqué lors d’une réunion régionale le 13 janvier 2026, sans réponse satisfaisante.

Ils rappellent également que les résolutions issues du 10ème congrès ordinaire du SDF, tenu le 29 octobre 2023 — le congrès même qui avait porté Osih au pouvoir —, n’ont pas été appliquées. Que le parti a perdu son siège à l’Internationale socialiste. Et qu’un litige foncier sur le siège même du parti reste pendant, sans règlement en vue. Leur demande est double : soit Osih démissionne immédiatement, soit le NEC le déclare inéligible pour toute future candidature, que ce soit pour l’élection présidentielle de 2032 ou pour un éventuel scrutin anticipé. Osih, à ce jour, n’a pas réagi publiquement à cette motion. Ce silence, dans le monde politique, est rarement anodin.

Début février 2026, le NEC se réunit à Yaoundé pour un «postmortem» officiel de l’élection présidentielle, censé analyser les erreurs commises et tracer la feuille de route vers les élections législatives et municipales attendues dans le courant de l’année. La réunion n’apaise rien. Elle ravive au contraire les braises, et relance les débats sur l’avenir d’Osih à la tête du parti.

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L’ombre de Fru Ndi

Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui au SDF, il faut remonter à juin 2023 et à la mort de Ni John Fru Ndi, le « chair man ». Avec lui disparaît bien plus qu’un homme : disparaît une époque, un style, une légitimité historique qui ne se transmet pas par décret de congrès. Fru Ndi avait fondé le SDF en 1990, dans un Cameroun qui s’ouvrait timidement au multipartisme. Il en avait fait le principal parti d’opposition, capable de tenir tête au CPDM, de mobiliser des foules, de faire craindre au pouvoir en place une alternance possible. Son aura dépassait les frontières du parti. Elle dépassait même les frontières du Cameroun.

Joshua Osih est élu président national le 28 octobre 2023, lors du 10ème congrès ordinaire du parti, quelques mois à peine après ce deuil fondateur. Mais cette élection est déjà marquée du sceau de la division : des figures seniors du parti sont exclues ou choisissent de partir, estimant que la succession a été mal gérée. Les graines des tensions actuelles sont semées dès ce moment. Osih hérite d’un parti fragilisé par le deuil, traversé par des ambitions contradictoires, et portant le poids d’une transition inachevée.

Le bilan est aujourd’hui difficile à contester sur le plan électoral. Le SDF, qui fut un temps la deuxième force politique du pays, ne dispose plus que de cinq sièges à l’Assemblée nationale. La présidentielle de 2025, avec son 1%, enfonce le clou. Dans ce contexte, la crise interne que traverse le parti n’est pas seulement une querelle de personnes , c’est le symptôme d’un malaise plus profond qui ronge l’opposition camerounaise dans son ensemble.

La question qui se pose désormais n’est pas seulement celle de l’avenir d’Osih. Elle est celle de l’avenir du SDF lui-même, à l’heure où les élections législatives et municipales approchent et où le parti devra démontrer qu’il existe encore comme force politique crédible. Un parti qui se déchire en interne à quelques mois d’un scrutin envoie rarement un message de conquête à ses électeurs. Et dans un paysage politique camerounais où l’espace pour l’opposition se rétrécit, le SDF ne peut pas se permettre le luxe d’une guerre civile qui durerait. Le NEC devra trancher. Et le temps, lui, ne s’arrête pas.

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