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Gabon| « Je ne me présenterai plus à des élections » : Trois ans après le coup d’État, Ali Bongo tire un trait sur les urnes

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Quelques années après avoir été chassé du pouvoir par un coup d’État, l’ancien président gabonais rompt le silence dans un entretien accordé à Info241. Il y annonce qu’il ne briguera plus aucun mandat électif, revient sur sa relation avec Brice Oligui Nguema et détaille, pour la première fois aussi longuement, les conditions de son éventuel retour au pays.

Il aura fallu trois années d’exil et de silence quasi total pour qu’Ali Bongo Ondimba accepte de s’exprimer aussi longuement sur sa chute, sa famille et son avenir politique. Dans un entretien publié le 22 août 2026 par le média gabonais Info241, l’ancien chef de l’État, au pouvoir de 2009 à 2023, revient sur le coup d’État qui l’a renversé, sur les vingt mois de détention subis par son épouse et son fils, et referme définitivement la porte d’une candidature à une future élection. Cette prise de parole intervient alors que le général Brice Oligui Nguema, qui l’a destitué le 30 août 2023, a depuis été élu président de la République.

Le silence brisé après trois ans d’exil

Ali Bongo explique avoir choisi de s’adresser directement au peuple gabonais après trois années durant lesquelles de nombreux propos ont circulé sur son compte, sur sa famille et sur son bilan, sans qu’il y réponde lui-même. Il justifie sa sortie du silence par la conviction que les Gabonais méritent de connaître sa version des faits, plutôt que de s’en remettre aux seuls récits construits par d’autres depuis sa chute.

Cette prise de parole intervient dans un contexte particulier : le procès des proches de son ancien régime s’est achevé quelques mois plus tôt, et le pouvoir en place, désormais dirigé par un président élu après la transition militaire, semble s’être institutionnellement stabilisé. C’est dans ce climat qu’Ali Bongo choisit de livrer, pour la première fois de façon aussi détaillée, sa lecture des événements qui ont mis fin à quatorze années de pouvoir.

L’ancien président affirme n’avoir jamais dissimulé aux Gabonais l’accident vasculaire cérébral qu’il a subi en 2018, rappelant que la population l’a vu se battre publiquement pour se rétablir. Il insiste sur le fait que les décisions présidentielles sont, selon ses propres termes, toujours demeurées les siennes durant cette période, rejetant l’idée que son épouse ou son fils auraient gouverné à sa place.

Sur la journée du 30 août 2023, il indique que ses premières pensées sont allées vers sa famille et le pays, expliquant avoir appelé au calme pour éviter tout affrontement violent. Il affirme n’avoir jamais voulu qu’une vie gabonaise soit sacrifiée pour préserver son pouvoir, une formule qui revient à plusieurs reprises dans l’entretien comme un fil conducteur de sa position.

Interrogé sur sa relation avec le général qui l’a renversé, Ali Bongo rappelle qu’Oligui Nguema avait servi son père avant de le servir lui-même, ce qui explique, dit-il, la confiance qu’il lui accordait avant les événements. Il se dit conscient que la surprise de nombreux Gabonais face au coup d’État était légitime, tout en affirmant ne pas prendre les choses de façon personnelle, laissant à l’histoire et au peuple gabonais le soin de juger les actes de son ancien collaborateur.

Vingt mois de détention pour Sylvia et Noureddin Bongo

L’un des passages les plus personnels de l’entretien porte sur le sort réservé à son épouse, Sylvia Bongo Ondimba, et à son fils, Noureddin Bongo Valentin, arrêtés au lendemain du coup d’État. Les deux ont été emprisonnés pendant vingt mois à la prison centrale de Libreville avant d’être autorisés à quitter le Gabon en mai 2025 dans le cadre d’une liberté provisoire accordée officiellement pour raisons médicales. Ils résident depuis à Londres.

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Ali Bongo décrit ce moment comme le plus douloureux de sa vie de mari et de père, expliquant avoir été détenu séparément et dans l’incapacité d’agir alors que les deux personnes qui lui étaient les plus proches se trouvaient enfermées à quelques centaines de mètres de lui. Il évoque les séquelles constatées chez son épouse au moment de leurs retrouvailles après cette période de captivité.

Sur le fond des accusations, l’affaire a connu son épilogue judiciaire quelques mois avant cet entretien. Le 12 novembre 2025, la Cour criminelle spéciale de Libreville a condamné Sylvia et Noureddin Bongo à vingt ans de réclusion criminelle, en leur absence, notamment pour détournement de fonds publics ; le procureur général a évoqué un système de captation de l’argent public au profit d’intérêts privés se chiffrant en milliards de francs CFA. Noureddin Bongo a par ailleurs été condamné à verser plus de 1 201 milliards de francs CFA à l’État gabonais au titre du préjudice financier.

Ali Bongo conteste la manière dont ce procès s’est déroulé, évoquant des avocats privés de la possibilité de contre-interroger les témoins et un jugement rendu par contumace. Il affirme que certaines affaires restent devant les tribunaux et que c’est à ce niveau, selon lui, que la vérité devra être établie plutôt que par voie de communiqués ou de manipulations médiatiques.

Cette version des faits contraste avec celle portée par l’accusation. Le président de la Cour criminelle spécialisée avait, au moment du verdict, estimé que ces crimes étaient d’une ampleur inédite commise au cœur même de l’État, tandis que le ministère public avait interprété l’absence des accusés aux audiences comme un signe de mépris envers la justice gabonaise. La défense de la famille Bongo continue, depuis, de contester la légitimité de la procédure, allant jusqu’à réclamer en février 2026 le retrait du titre universitaire du procureur en charge du dossier.

Un bilan assumé, des regrets mesurés

Interrogé sur ses quatorze années de pouvoir, Ali Bongo revendique une fierté d’ensemble, citant les investissements réalisés dans la modernisation des infrastructures, la protection des forêts gabonaises et la valorisation de la biodiversité, ainsi que des actions engagées contre les inégalités entre les sexes. Il reconnaît toutefois l’existence de problèmes systémiques hérités de ses prédécesseurs qui, selon lui, auraient dû être traités plus rapidement.

Il admet également ne pas avoir toujours choisi les bonnes personnes pour l’entourer, une reconnaissance implicite qui fait écho aux développements judiciaires survenus depuis sa chute. Il affirme comprendre les critiques adressées à son bilan, estimant qu’un président qui ne comprend pas la critique n’a rien compris à son rôle, tout en jugeant que des difficultés comme la hausse du coût de la vie, le chômage des jeunes ou l’endettement public relèvent moins de la responsabilité d’un seul homme que de celle d’un pays entier en quête de transformation.

Sur les violences post-électorales d’août 2016, marquées par la contestation des résultats et l’incendie de l’Assemblée nationale, il présente à nouveau ses condoléances aux familles des victimes, reconnaissant que la proportionnalité de la réponse de l’État fait encore débat. Il indique qu’avec le recul, il aurait souhaité davantage de dialogue pour éviter cette escalade.

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Sur la nature du pouvoir et de la loyauté, il affirme avoir appris, au cours de ces trois années d’épreuve, à distinguer ceux qui sont restés fidèles de ceux qui ne l’étaient pas, décrivant cette période comme une forme de révélation sur la nature humaine de son entourage. C’est dans ce contexte de bilan qu’il annonce la décision la plus structurante de l’entretien : il ne se présentera plus à aucune élection, considérant ce chapitre de sa carrière politique comme définitivement clos. Il précise vouloir désormais consacrer son rôle de président du Parti démocratique gabonais à la préparation d’une nouvelle génération, avant de s’effacer complètement.

Un retour conditionné à l’État de droit

Sur une possible collaboration future avec Brice Oligui Nguema, devenu entretemps président élu de la République, Ali Bongo se montre prudent. Il déplace la question, estimant que l’enjeu n’est pas de savoir avec qui il pourrait travailler, mais dans quel type de Gabon une telle collaboration serait seulement envisageable. Il cite en exemple la situation d’un ancien Premier ministre maintenu en détention pendant plusieurs mois pour une dette remontant à dix-huit ans, comme illustration des conditions qu’il juge aujourd’hui insuffisantes pour un service serein de l’État.

Il conditionne toute implication future, la sienne comme celle d’autres personnalités gabonaises de bonne volonté, à l’instauration effective d’un État de droit. Sur son propre retour au Gabon, il se dit prêt à rentrer dès que les conditions de droit et de sécurité seront réunies, tant pour lui-même que pour sa famille, insistant sur son attachement à un pays qu’il dit ne pouvoir quitter durablement.

Il précise vivre aujourd’hui hors du Gabon pour des raisons qu’il ne détaille pas davantage, affirmant ne jamais avoir servi le pays dans une optique d’enrichissement personnel et refusant de s’exprimer sur ce terrain. Il oriente plutôt l’attention vers les familles gabonaises en difficulté économique, qu’il présente comme la priorité actuelle plutôt que sa propre situation.

Interrogé sur l’image qu’il souhaite laisser dans l’histoire, il se décrit comme un homme ayant servi sincèrement, refusé de faire couler le sang pour préserver son pouvoir, et n’ayant renié ni sa famille ni son pays durant les épreuves traversées. Il clôt l’entretien par un message adressé aux Gabonais, les appelant à garder foi en leur pays et à cultiver l’unité plutôt que la division.

Cette sortie médiatique intervient alors que le paysage politique gabonais a connu, depuis le coup d’État de 2023, une reconfiguration institutionnelle complète, avec l’élection de Brice Oligui Nguema à la présidence et la clôture judiciaire du volet le plus médiatisé du dossier visant l’ancien premier cercle du pouvoir déchu. En renonçant formellement à toute candidature future, Ali Bongo referme lui-même, par cette déclaration, la séquence électorale de sa carrière politique, sans pour autant se retirer de la vie publique gabonaise, où il annonce vouloir continuer à jouer un rôle de transmission au sein de son parti.

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