À deux jours du 8 mars 2026, Célestin Guela Simo, Directeur Général d’Afriland First Bank, publie une tribune qui bouscule. Pas de fleurs, pas de discours convenus sur la femme africaine — mais un réquisitoire contre un système bancaire qui a longtemps fermé les yeux sur 52% de la population. Et un programme concret pour le changer.
Le système en accusation
Il y a dans la tribune de Célestin Guela Simo quelque chose d’inhabituel pour un banquier : une autocritique franche, assumée, sans filet. Dans la zone CEMAC, moins de 25% des femmes détiennent un compte bancaire formel. Les femmes entrepreneures ne reçoivent qu’une fraction infime des financements accordés par le secteur. Et le DG d’Afriland First Bank refuse catégoriquement d’en faire porter la responsabilité aux premières concernées. La formule qu’il choisit est chirurgicale : « Ce ne sont pas les femmes qui manquent de capacités. C’est parfois le système financier qui manque d’imagination ». Une phrase qui ne s’adresse pas aux femmes — elle s’adresse aux banquiers. À ses pairs. À lui-même.
Car le problème qu’il décrit n’est pas celui d’une population insuffisamment formée ou peu ambitieuse. Il est structurel. Les femmes entrepreneures se heurtent à des exigences de garanties formelles que leur situation — souvent ancrée dans l’économie informelle — ne leur permet pas de satisfaire. Elles manquent de réseaux d’accès au financement, d’accompagnement adapté à leurs réalités. Ce n’est pas un problème de volonté. C’est un problème de conception — et un système financier qui a été pensé, pendant des décennies, par des hommes pour des hommes. Guela Simo ne le dit pas explicitement. Mais c’est ce que sa tribune dit entre les lignes.
Ce constat pose une question inconfortable à l’ensemble du secteur bancaire d’Afrique centrale : si les femmes représentent 52% de la population et constituent le pilier de l’économie informelle de la région, qu’est-ce que cela dit d’un système qui les exclut massivement de ses services ? Que ce système finance à côté de la réalité. Qu’il passe à côté d’un marché considérable. Qu’il se prive, délibérément ou par inertie, d’un levier de croissance que les données internationales documentent depuis des années : chaque franc investi dans l’autonomisation économique d’une femme génère un effet multiplicateur mesurable sur l’éducation des enfants, la santé communautaire et la croissance locale. Ce n’est pas de la philanthropie — c’est de l’économie. Et c’est précisément l’argument que Guela Simo choisit de mettre en avant pour convaincre là où les arguments moraux ont échoué.
Afriland change de paradigme
La commerçante de Douala qui traverse les frontières avec sa marchandise. L’agricultrice du Grand Nord qui nourrit sa communauté. La jeune diplômée de Yaoundé qui lance sa start-up technologique. Ce sont les trois visages que Célestin Guela Simo convoque dans sa tribune pour dire ce que son institution a décidé de faire — et pourquoi. Afriland First Bank a inscrit « l’autonomisation économique des femmes non pas en marge de son activité, mais au cœur de son plan stratégique Horizon 2030 ». Ce positionnement n’est pas rhétorique. Il se traduit en quatre axes d’engagement concrets que le DG détaille sans ambiguïté.
Le premier axe est l’accès au crédit. Afriland développe des produits financiers spécifiquement calibrés pour les femmes entrepreneures — lignes de crédit à conditions souples, mécanismes de garanties alternatives qui contournent l’obstacle des garanties formelles, accompagnement personnalisé de la création à la croissance. Le deuxième axe est le digital. La transformation numérique de la banque place la femme au centre : mobile banking, solutions de paiement simplifiées, plateformes d’épargne digitale déployées dans toutes les localités, avec pour cible prioritaire les femmes qui n’ont jamais eu accès aux services financiers formels.
Le troisième axe est la formation — parce que financer ne suffit pas. Des programmes d’éducation financière, de gestion d’entreprise et de leadership féminin complètent le dispositif. « L’autonomisation véritable passe par le savoir et la confiance en soi », écrit Guela Simo. Le quatrième axe, enfin, est interne : parité aux postes de responsabilité, équité salariale, environnement de travail inclusif. La banque qui prêche l’égalité à l’extérieur commence par l’appliquer chez elle.
Pour démultiplier l’impact de ces engagements, Afriland First Bank s’appuie sur un réseau de partenaires institutionnels de premier plan — Proparco, l’IFC, la Banque islamique de développement et l’African Guarantee Fund. Ces alliances permettent de mobiliser des ressources dédiées au financement féminin à une échelle que la banque seule ne pourrait pas atteindre. L’objectif affiché à l’horizon 2030 est sans ambiguïté : augmenter significativement la part des femmes dans le portefeuille de crédit PME, déployer des programmes dédiés à l’entrepreneuriat féminin dans chaque localité de présence, et s’imposer comme la référence de la finance inclusive féminine en Afrique centrale. Un positionnement stratégique autant que militant et qui engage la banque sur des résultats mesurables, pas sur des intentions.
Au-delà du 8 mars
Il y a une phrase dans la tribune de Guela Simo qui mérite qu’on s’y arrête. « Bon courage pour les 364 autres jours de l’année où l’essentiel reste à construire ». C’est la dernière ligne. Elle clôt le texte comme un coup de poing discret et elle dit tout de l’état d’esprit dans lequel ce texte a été écrit. Le 8 mars n’est pas une fête pour Guela Simo. C’est un rappel. Un point de départ renouvelé chaque année. Et ce qu’il dit entre les lignes de cette formule, c’est que les discours sans lendemain l’exaspèrent autant que le silence.
Son appel final s’adresse à tout l’écosystème financier et institutionnel de la zone CEMAC — pairs du secteur bancaire, régulateurs de la COBAC et de la BEAC, pouvoirs publics, société civile. « Ensemble, nous pouvons faire de la zone CEMAC un espace où être femme n’est plus un handicap économique mais un atout », écrit-il. Une formule qui pose implicitement la question inverse : qu’est-ce que cela dit de nous si nous ne le faisons pas ? Qu’est-ce que cela dit d’une région qui laisse 52% de sa population en dehors du système financier formel, année après année, 8 mars après 8 mars ?
Une Afrique qui libère le potentiel économique de ses femmes avance deux fois plus vite, conclut le DG d’Afriland First Bank. Ce n’est pas une promesse. C’est un défi lancé à toute une industrie — et un engagement pris publiquement, devant les chiffres, devant les partenaires, devant les femmes elles-mêmes. Il ne reste plus qu’à tenir.









