Du cabinet Ernst & Young à la direction de Dangote Cement Cameroon, Bertrand Mbouck a construit sa carrière dans l’audit, la finance et le management industriel. Le 28 octobre 2026, le groupe d’Aliko Dangote lui a confié la direction de sa nouvelle filiale camerounaise consacrée aux hydrocarbures. Formation, étapes professionnelles, résultats revendiqués et déclarations publiques : retour sur le parcours de ce dirigeant camerounais appelé à prendre part à l’implantation du groupe nigérian dans le secteur pétrolier.
1. Une nouvelle nomination
Le 28 octobre 2026, Dangote Oil & Gas Cameroon SA est constituée au Cameroun. Pour diriger cette nouvelle entité, le groupe nigérian choisit Bertrand Mbouck, déjà connu dans le paysage économique local pour ses responsabilités à la tête de Dangote Cement Cameroon. Cette nomination marque son entrée à la direction d’une structure consacrée aux activités pétrolières et gazières du conglomérat.
Le choix porte sur un dirigeant qui connaît déjà le fonctionnement du groupe et le marché camerounais. Il ne s’agit pas de sa première expérience à la tête d’une filiale de Dangote : depuis juillet 2020, il conduit les activités cimentières du groupe dans le pays. Sa nouvelle fonction l’amène désormais à intervenir dans un autre segment industriel, celui des hydrocarbures.
2. Une formation tournée vers la finance
Bertrand Mbouck obtient son baccalauréat scientifique en 1997, au collège Alfred Saker de Douala. Il poursuit ensuite ses études à l’Université catholique d’Afrique centrale (UCAC), où il décroche, en juin 2001, une maîtrise en sciences et techniques comptables et financières. Son orientation vers la comptabilité répond, selon ses propres explications dans un entretien accordé à Grioo en septembre 2004, à son intérêt pour la gestion et les métiers de la finance.
Il complète par la suite cette formation par une qualification professionnelle auprès de l’ACCA, l’association britannique des experts-comptables agréés. Il devient également membre de l’Ordre national des experts-comptables du Cameroun et expert-comptable agréé CEMAC, selon un portrait publié par Cameroon CEO en mars 2018. En 2012, il suit aussi une formation en stratégie à Harvard Business School, aux États-Unis.
3. Sept années chez Ernst & Young
Son parcours professionnel commence véritablement chez Ernst & Young, aujourd’hui EY. Un stage effectué à la direction financière de l’hôtel Hilton lui permet de découvrir le travail des auditeurs du cabinet. Cette première expérience l’intéresse suffisamment pour qu’il rejoigne l’entreprise en juillet 2001, après ses études universitaires.
En septembre 2004, il occupe déjà le poste de chef de mission senior. Il intervient notamment dans des missions d’audit et de contrôle financier auprès d’entreprises de secteurs variés. Dans son entretien avec Grioo, il évoque une progression construite au sein du cabinet et explique avoir été attiré par la rigueur des méthodes de travail des équipes d’audit. Il quitte cette structure en 2008, après environ sept années d’activité.
4. Le virage vers l’industrie avec Wärtsilä
En 2008, Bertrand Mbouck rejoint Wärtsilä, groupe finlandais spécialisé dans les technologies énergétiques et les solutions pour le secteur maritime. Il y entre comme contrôleur d’affaires régional pour l’Afrique centrale. Cette fonction l’éloigne progressivement des seules missions d’audit pour le placer au cœur du fonctionnement financier et opérationnel d’une entreprise industrielle.
Il évolue ensuite vers des responsabilités de contrôle financier à l’échelle régionale. Selon CEMAC Eco Finance, il supervise alors les finances de filiales de Wärtsilä réparties dans 28 pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Il participe également à des projets stratégiques et à des négociations portant sur des opérations de grande envergure. Cette expérience constitue une étape importante dans son passage de l’expertise financière au management d’entreprise.
5. Le plus jeune directeur régional de Wärtsilä
En 2015, après sept années au sein du groupe finlandais, Bertrand Mbouck est nommé directeur général de Wärtsilä pour l’Afrique centrale. Il a alors 36 ans. Cameroon CEO le présente, en mars 2018, comme le plus jeune directeur général de la firme à cette période. Il dirige une activité qui touche à la production d’électricité, aux équipements industriels et à la motorisation des navires et plateformes pétrolières.
Cette responsabilité lui donne une expérience de direction dans un environnement où les décisions financières sont étroitement liées aux impératifs techniques, aux investissements et à l’exécution des projets. Dans un portrait publié par CEMAC Eco Finance, il explique avoir découvert, au fil des négociations et des projets conduits chez Wärtsilä, une aptitude particulière pour les négociations stratégiques de grande ampleur.
6. Son arrivée dans l’univers Dangote
Après son passage chez Wärtsilä, Bertrand Mbouck rejoint le groupe Dangote en 2018. Il arrive dans un conglomérat industriel présent dans plusieurs pays africains et actif dans différents secteurs, notamment le ciment, l’agro-industrie et les hydrocarbures. Son choix s’inscrit dans la volonté de travailler dans un environnement plus concurrentiel, où il peut mobiliser son expérience du pilotage financier et de la stratégie.
Il résume alors sa feuille de route autour de trois priorités : contribuer à la construction d’une identité panafricaine du groupe, renforcer sa position concurrentielle et améliorer ses performances. Dans une présentation de son parcours publiée par CEMAC Eco Finance, il évoque également l’importance de l’intégration des activités pour répondre aux défis d’un grand conglomérat industriel. En novembre 2024, sur Africa24, il rappelle que Dangote est présent dans douze pays africains, qu’il présente comme un indicateur du fonctionnement de la Zone de libre-échange continentale africaine.
7. La direction de Dangote Cement Cameroon
Le 13 juillet 2020, Bertrand Mbouck prend officiellement la direction générale de Dangote Cement Cameroon. Il succède à Abdullahi Baba et devient responsable des activités camerounaises du cimentier nigérian. L’entreprise exploite alors à Douala une unité de broyage de clinker dotée d’une capacité annuelle de 1,5 million de tonnes. Elle est notamment en concurrence avec Cimencam et les autres producteurs présents sur le marché national.
À ce poste, il doit conduire les opérations commerciales et industrielles de la filiale, dans un secteur soumis aux variations de la demande, aux contraintes d’approvisionnement et à la concurrence sur les prix. Son expérience antérieure dans l’audit et l’industrie constitue le socle de cette mission. Il occupera cette fonction pendant plus de six ans, avant la création de la filiale pétrolière, dont il prend également la direction.
8. Un record de ventes revendiqué en 2024
En mars 2025, lors d’un entretien accordé à Invest-Time en marge du sommet économique The Okwelians Summit, organisé à Yaoundé, Bertrand Mbouck dresse un bilan positif de l’exercice précédent. Il affirme que Dangote Cement Cameroon a réalisé en 2024 son meilleur volume de ventes depuis le début de ses activités dans le pays, dépassant même le niveau enregistré en 2021, année marquée par une forte activité dans le secteur de la construction.
« À Dangote Cameroon, nous avons réalisé notre volume record en 2024 depuis la création », déclare-t-il. Il indique alors que l’entreprise ambitionne de faire mieux en 2025 et révèle que des discussions ont déjà été engagées pour la construction d’une deuxième usine au Cameroun. Dans le même entretien, il défend la nécessité d’un dialogue permanent entre les pouvoirs publics et les entreprises : « La discussion doit toujours précéder l’action », insiste-t-il.
9. L’ambition de doubler la capacité de production
Cette perspective prend une forme plus concrète en juin 2026. Dangote Cement Cameroon annonce son intention de porter sa capacité annuelle de production de 1,5 à 3 millions de tonnes à l’horizon 2028, notamment grâce à un deuxième site industriel. Le 18 juin, l’entreprise présente également à Douala le Dangote BlocMaster, un ciment de grade 42.5R destiné en particulier aux fabricants de blocs et aux professionnels de la maçonnerie.
Bertrand Mbouck présente ce produit comme une réponse aux exigences de productivité et de résistance des matériaux. Il explique que sa formulation vise notamment à améliorer le rendement des fabricants de blocs et à répondre aux attentes des professionnels du bâtiment. Toutefois, les résultats commerciaux publiés pour les neuf premiers mois de 2026 montrent une évolution moins favorable : Dangote Cement Cameroon a vendu 836 800 tonnes, soit un recul de 9,8 % par rapport à la même période de 2025. La direction attribue notamment cette baisse à des perturbations logistiques ayant affecté le ravitaillement des dépôts.
10. Le défi des hydrocarbures
À la tête de Dangote Oil & Gas Cameroon SA, Bertrand Mbouck hérite d’un champ d’activité qui dépasse la seule vente de carburants. La société, dont le siège est établi à Douala-Bonanjo et le centre opérationnel déclaré dans la zone industrielle de Kribi, peut intervenir dans l’importation, le stockage, le transport et la distribution des produits pétroliers. Son objet social couvre également la construction de dépôts, de terminaux et de pipelines, ainsi que des activités de raffinage et de traitement du gaz, sous réserve des autorisations réglementaires nécessaires.
La nouvelle structure a été constituée avec un capital initial de 10 millions de FCFA. Son conseil d’administration comprend Aliko Dangote, sa fille Fatima Aliko-Dangote, Devakumar Victor Gnanadoss Edwin et Bertrand Mbouck. Selon EcoMatin, ce dernier cumule désormais la direction de Dangote Cement Cameroon et celle de Dangote Oil & Gas Cameroon. Aucun montant d’investissement ni calendrier précis de déploiement des activités pétrolières n’a toutefois été annoncé. Pour le dirigeant camerounais, cette nomination ouvre ainsi un nouveau chapitre professionnel, au sein du même groupe, dans un secteur où les projets restent encore à concrétiser.








