Acceuil Diplomatie Cameroun | Mort d’un délégué bangladais après la CM14 : la veuve accuse Yaoundé de négligence, Malachie Manaouda dément
DiplomatieSanteSociété

Cameroun | Mort d’un délégué bangladais après la CM14 : la veuve accuse Yaoundé de négligence, Malachie Manaouda dément

Partager
Partager

Le secrétaire bangladais au Commerce, Mahbubur Rahman, est décédé le 17 avril à Dhaka des suites d’un paludisme cérébral. Son épouse, le Dr Farhana, affirme que son mari a contracté la maladie lors de sa participation à la 14e Conférence ministérielle de l’OMC tenue à Yaoundé fin mars, et que les autorités bangladaises ont failli dans leur devoir d’information sanitaire. Relayée par la journaliste camerounaise de la diaspora Angie Forbin, cette affaire a provoqué une vive réaction du ministre camerounais de la Santé publique, le Dr Malachie Manaouda, qui dément toute défaillance de son pays dans la prise en charge sanitaire des délégués étrangers.

Mahbubur Rahman est décédé le 17 avril à 6h25 à l’hôpital Square de Dhaka. Il avait 58 ans. Membre de la 13e promotion du corps des douanes et accises du Bangladesh, il avait rejoint le secrétariat du ministère du Commerce le 25 février 2026, soit à peine deux mois avant de représenter son pays à Yaoundé. C’est à ce titre qu’il avait participé à la 14e Conférence ministérielle de l’OMC, du 26 au 29 mars 2026.

À son retour au Bangladesh, rien ne laissait présager la suite. Il est tombé gravement malade treize jours après son retour, le 11 avril. Admis à l’hôpital Square le 13 avril en raison d’une chute brutale de son taux de plaquettes sanguines, il y a été diagnostiqué porteur du paludisme. Son état s’est détérioré rapidement, sans que les médecins parviennent à enrayer la progression de la maladie.

Né à Mathbaria, dans le district de Pirojpur, Mahbubur Rahman était diplômé de l’Institut des sciences de gestion de l’Université de Dhaka. Sa carrière dans la fonction publique avait débuté en avril 1994 comme assistant-commissaire sous l’autorité du Conseil national des recettes. Trente ans de service, plusieurs fonctions clefs, et une mort survenue deux mois après sa dernière prise de poste. Le ministre du Commerce Khandakar Abdul Muktadir l’a décrit comme « un fonctionnaire qualifié, honnête et dévoué », dont la disparition prive le pays « d’un administrateur expérimenté difficile à remplacer ».

Le diagnostic posé à l’issue de son hospitalisation est sans ambiguïté : paludisme cérébral sévère. Il s’agit de la forme la plus grave de la maladie, provoquée par le parasite Plasmodium falciparum, dont l’action consiste à obstruer la microcirculation cérébrale, entraînant fièvre intense, convulsions, troubles du comportement et, dans les cas non traités à temps, le coma puis la mort en moins de 48 heures.

L’épidémiologiste Moshfiqur Rahman, rattaché au programme national d’éradication du paludisme, a déclaré aux médias que, malgré tous les efforts déployés, le secrétaire n’a pu être sauvé en raison de la virulence particulière du parasite, jugé « très fort et différent » de celui présent ailleurs. C’est sur ce point précis que la famille et les médecins bangladais ont appuyé leur argumentaire, soulignant que la prise en charge, pourtant conduite dans un établissement réputé de Dhaka, s’est heurtée à une souche pour laquelle les praticiens locaux ont peu d’expérience clinique.

Un professeur très réputé dans le pays a, pour sa part, estimé que la prise préventive de chloroquine aurait pu suffire à sauver la vie du secrétaire. Ce jugement a posteriori, formulé par un expert médical bangladais, constitue le cœur de la controverse : non pas les soins dispensés au Cameroun, mais l’absence de préparation avant le départ. Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies classent le Cameroun au « niveau 2 : risque élevé de paludisme » et recommandent explicitement aux voyageurs de prendre des traitements prophylactiques tels que l’atovaquone-proguanil ou la doxycycline. Cette information est publique, accessible, et aurait dû guider les protocoles de préparation sanitaire du voyage.

Le Parlement européen et les agences sanitaires de l’Union européenne présentes à la conférence avaient, eux, émis des protocoles spécifiques pour leurs délégations. Quant à l’OMC elle-même, sa note logistique officielle recommandait aux participants de se prémunir contre les maladies infectieuses. La question posée par la presse bangladaise est dès lors simple : pourquoi ces alertes n’ont-elles pas été relayées côté Dhaka ?

La veuve accuse, Dhaka se tait

C’est l’épouse du défunt, le Dr Farhana, qui a porté publiquement les accusations les plus directes. Elle a déclaré à Views Bangladesh que son mari ignorait totalement que le Cameroun était un pays à haut risque pour le paludisme, et qu’à sa connaissance, aucune consigne préventive ne lui avait été communiquée, ni par le ministère du Commerce, ni par les autorités aéroportuaires, ni par aucun service sanitaire.

Mahbubur Rahman avait bien reçu le vaccin contre la fièvre jaune, dont la présentation d’un certificat international est obligatoire pour entrer au Cameroun. Mais la prophylaxie antipaludéenne, elle, ne relève d’aucune obligation légale : elle repose sur une information et une décision individuelle. C’est précisément cette zone grise, entre obligation vaccinale et recommandation médicale, qui n’aurait fait l’objet d’aucun suivi.

Aucune déclaration n’a pu être obtenue du ministère bangladais du Commerce sur ces questions. Ce silence officiel a alimenté l’indignation de la presse locale et renforcé la thèse familiale d’une « défaillance des protocoles d’État ». Des experts bangladais ont appelé à rendre obligatoires les consultations médicales avant tout déplacement vers des zones à risque, soulignant que les règles existent, mais que leur application fait défaut.

Angie Forbin et Manaouda Malachie… Coup sur coup

C’est la diffusion de cette affaire par la journaliste camerounaise de la diaspora Angie Forbin qui a fait basculer le débat de Dhaka à Yaoundé. En relayant le contenu de l’enquête de Views Bangladesh et les déclarations du Dr Farhana sur ses réseaux sociaux, elle a posé une question simple : le Cameroun avait-il suffisamment informé les délégués étrangers sur les risques sanitaires liés au paludisme ?

La réaction n’a pas tardé. Le ministre camerounais de la Santé publique, Dr Malachie Manaouda, a pris la plume — ou plutôt le clavier — pour démentir publiquement. Dans un post diffusé sur X, il a exprimé « beaucoup de déception » face à ces affirmations, rappelant que « des mesures sanitaires rigoureuses avaient été mises en place par le Cameroun lors de cet événement » et qu’« un document officiel d’information sanitaire avait été remis à tous les délégués », disponible dans les 164 sites d’hébergement ainsi qu’au Palais des Congrès.

Angie Forbin a répondu point par point. Elle a d’abord recadré l’objet de la polémique : les informations qu’elle a relayées ne sont pas les siennes, mais celles du gouvernement bangladais et de la presse locale de ce pays. Elle a ensuite pointé que le reproche formulé par la famille porte sur un manque de briefing côté bangladais et non sur une absence de communication du Cameroun. La journaliste a par ailleurs produit les éléments des publications bangladaises à l’origine de ses informations, interpellant le ministre : « M’indexer de manière aussi fausse sans vérifications n’honore pas votre distinguée fonction », a t’elle dit.

Une mort, deux lectures et une question qui demeure

Au fond, les deux positions ne sont pas nécessairement contradictoires. Le Cameroun affirme avoir mis à disposition une documentation sanitaire pour les délégués. La famille du défunt, elle, dit que son mari n’en a jamais eu connaissance et que c’est Dhaka qui aurait dû s’assurer qu’il partait informé et protégé.

C’est là toute l’ambiguïté de ce dossier : la responsabilité de l’information sanitaire en amont d’un déplacement officiel incombe-t-elle au pays hôte, au pays d’origine, ou aux deux ? La réponse, dans ce cas précis, n’a pas encore été apportée officiellement. Ce qui est certain, c’est qu’un fonctionnaire de 58 ans est mort d’une maladie évitable, et que le débat sur les protocoles préventifs au Bangladesh comme ailleurs est désormais ouvert.

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles connexes
Société

Cameroun| Au pied du « mongo ma ndemi : Limbe s’effondre sous le poids de ses alertes ignorées

Née au pied du volcan, le majestueux Mongo ma Ndemi (« Montagne...

Société

Cameroun| CDEC–COBAC : le bras de fer qui pourrait redessiner la gouvernance financière de la CEMAC

La Cour de justice de la CEMAC est appelée à trancher une...

Economie & BusinessSociété

Cameroun | À la SNH, « le très long règne » des Moudiki

« Si quelqu'un ose encore insulter le Président de la République ou...

DiplomatiePortrait

Sénégal| 10 choses à savoir sur Birame Diop : Le général qui prend les commandes de la CEDEAO 

Il a commandé les armées, conseillé António Guterres et géré la défense...

Diplomatie

Monde| Édito : Pourquoi Macky Sall a désormais les moyens de ses ambitions à l’ONU

Le processus de sélection du prochain Secrétaire général des Nations unies entre,...

0 vues