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Cameroun| « Le Protocole de Yaoundé » : la Charte qui promet au Cameroun un « saut quantique »

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Un inspecteur du Trésor signe l’un des textes les plus ambitieux jamais écrits sur l’avenir monétaire du Cameroun. Entre rigueur budgétaire et souffle visionnaire, « Le Protocole de Yaoundé » impose d’emblée son sérieux et son audace.

Il existe un genre littéraire propre aux nations qui refusent de subir leur époque : celui du manifeste-programme, où l’auteur endosse à la fois l’habit du technicien et celui du visionnaire. « Le Protocole de Yaoundé », sous-titré «Charte du Nouvel Ordre Économique », s’inscrit avec panache dans cette tradition. Son auteur, Abdel Akimi Ngapout Ngouh, inspecteur du Trésor formé en gouvernance électronique à l’université de Redlands, en Californie, y déploie une architecture complète destinée à doter le Cameroun d’une souveraineté monétaire, budgétaire et technologique à la hauteur des mutations mondiales en cours.

Le titre à lui seul annonce la couleur : convoquer le nom de la capitale camerounaise pour un « nouvel ordre économique » inscrit d’emblée l’ouvrage dans la filiation des grandes déclarations refondatrices, de Bandung à Bretton Woods, une référence que l’auteur assume pleinement en évoquant un « esprit de Bandung transposé à l’ère des registres distribués ». Cette ambition assumée, rare dans la production intellectuelle camerounaise récente sur les questions monétaires, constitue la première force de ce texte : il ose penser grand, là où tant d’autres se contentent de gérer l’existant.

Un diagnostic rigoureux, étayé de bout en bout

Le socle documentaire du livre force le respect. Le poids du service de la dette camerounaise, évalué à environ 37 % des recettes budgétaires, l’ampleur du besoin de financement du budget 2026 — plus de 3 100 milliards de FCFA — ou encore le taux de bancarisation classique, plafonné autour du quart de la population, sont des données qui recoupent fidèlement les chiffres publiés par le ministère des Finances et les institutions régionales. L’auteur ne se contente pas d’asséner des constats : il les articule avec la précision d’un homme du sérail, qui a vu de l’intérieur les mécanismes qu’il décrit.

C’est sur ce socle solide que se construit l’argument le plus convaincant de l’ouvrage : le contraste entre les limites de la bancarisation classique et le succès, bien réel et documenté par la GSMA, du mobile money camerounais, aujourd’hui deuxième position africaine derrière le Kenya. Cette réussite, déjà largement saluée par les acteurs du secteur, sert de point d’appui logique à la proposition centrale du livre : si le mobile a su inclure là où la banque a échoué, la blockchain peut, à son tour, franchir l’étape suivante.

L’auteur y ajoute une lecture fine de l’actualité monétaire mondiale : le décret américain du 6 mars 2025 créant une réserve stratégique de bitcoins et l’adoption du GENIUS Act la même année sont des faits vérifiables, que l’ouvrage mobilise pour montrer que les grandes puissances ont déjà pris position sur la souveraineté numérique et monétaire — et que l’attentisme n’est plus une option neutre pour les nations qui, comme le Cameroun, hésitent encore à trancher.

Cette manière de tisser des données macroéconomiques nationales avec des évolutions géopolitiques mondiales donne au livre une portée qui dépasse le cadre strictement camerounais : il propose une grille de lecture pour l’ensemble de la zone CEMAC, voire pour le continent, ce qui explique sans doute l’ambition affichée d’en faire, à terme, un modèle exportable. Peu d’ouvrages économiques produits localement embrassent un tel spectre, de la fiscalité du mobile money jusqu’aux rapports de force entre blocs monétaires mondiaux.

Cette rigueur du constat initial est précieuse : elle donne au lecteur, qu’il soit décideur, universitaire ou simple citoyen curieux, une cartographie claire des contraintes budgétaires réelles qui pèsent sur le pays — un exercice de pédagogie économique qui, en soi, mériterait déjà d’être salué dans un espace public camerounais où ces sujets restent, comme le regrette l’auteur, trop souvent relégués derrière l’actualité politicienne.

L’habileté d’une lecture géopolitique éclairante

L’un des apports les plus stimulants du livre est sa capacité à replacer les choix économiques camerounais dans le grand mouvement mondial de redéfinition des infrastructures monétaires. En rappelant que Washington a fait des stablecoins un outil de financement de sa dette, tandis que Pékin et les BRICS bâtissent, avec CIPS et mBridge, des rails alternatifs pour s’affranchir de SWIFT, l’auteur donne au lecteur camerounais une grille de lecture rare : celle d’un monde où la monnaie numérique devient un instrument de puissance à part entière, et non plus un simple outil technique.

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Cette mise en perspective a une vertu pédagogique certaine : elle explique, avec des mots accessibles, pourquoi la conversion d’un franc CFA en stablecoin dollar n’est jamais un geste neutre, et pourquoi la question posée aux dirigeants africains n’est plus de savoir s’il faut s’engager dans la finance numérique, mais selon quels termes et au bénéfice de qui. Cette reformulation du débat, simple mais éclairante, constitue l’un des apports intellectuels les plus marquants du texte.

L’auteur mobilise avec efficacité des données récentes et vérifiables — la part du dollar dans les réserves de change mondiales, le volume des transactions réglées via mBridge, la place de Tether parmi les détenteurs de bons du Trésor américain — pour construire un argumentaire qui dépasse la simple incantation souverainiste et s’ancre dans des faits têtus, documentés et datés. C’est un choix qui distingue ce texte de bien des discours plus généraux sur la souveraineté économique africaine, souvent moins étayés statistiquement.

Cette approche comparative a aussi le mérite d’inscrire le Cameroun dans une compétition mondiale déjà engagée, plutôt que de le maintenir dans une posture défensive : en présentant la CameroonChain et le Binaire CFA comme une réponse camerounaise à des dynamiques déjà à l’œuvre ailleurs, l’auteur transforme un sujet aride en un récit de rattrapage stratégique, à même de mobiliser aussi bien les experts que le grand public.

Le choix de convoquer l’exemple estonien, pays balte sorti exsangue de l’URSS pour devenir un modèle mondial de gouvernance numérique, illustre bien cette volonté de montrer qu’un pays sans ressources particulières peut, en une génération, changer radicalement de trajectoire par le seul choix stratégique de son infrastructure. C’est un exemple efficace, qui donne à l’ambition du livre un ancrage concret plutôt qu’une simple promesse abstraite.

GovWealth, une proposition qui mérite d’être discutée

Le dispositif le plus original du livre, GovWealth, propose un plan d’épargne pour les agents publics adossé aux instruments financiers du Nouvel Ordre Économique, avec un abondement de l’État conditionné à l’intégrité et à l’absence de sanction disciplinaire. L’intuition qui la sous-tend, celui de rendre l’enrichissement légal plus attractif que la tentation du détournement s’inscrit dans une réflexion sérieuse sur les mécanismes économiques de la probité, plutôt que sur la seule répression, souvent jugée insuffisante à elle seule dans nombre d’administrations à travers le monde.

L’auteur a la lucidité de prévoir des garde-fous à ce dispositif : gouvernance de risque indépendante, droit de veto algorithmique confié à une future Autorité des Marchés Numériques, traçabilité intégrale des flux sur la CameroonChain. Cette volonté de conjuguer incitation et contrôle traduit une réflexion institutionnelle mûrie, qui dépasse le simple effet d’annonce et cherche à s’inscrire dans la durée d’un mandat de réforme.

Le raisonnement qui sous-tend GovWealth mérite d’être salué pour son originalité : plutôt que de se contenter d’appeler à davantage de sanctions contre la corruption, l’auteur cherche à en modifier l’économie sous-jacente, en pariant sur l’alignement des intérêts entre l’agent public et la réussite collective du pays. C’est une manière de sortir d’un débat souvent moralisateur pour le ramener sur le terrain, plus opérant, de l’incitation économique.

Cette proposition, par son caractère inédit, a le mérite de nourrir un débat public qui gagnerait à s’en emparer : quelles conditions de gouvernance faudrait-il exactement pour qu’un tel mécanisme tienne ses promesses ? Quel rôle précis pour l’Autorité des Marchés Numériques évoquée par l’auteur ? Ce sont des questions que le livre pose avec suffisamment de clarté pour qu’elles puissent être instruites sérieusement par les décideurs auxquels il s’adresse.

En cela, GovWealth illustre bien la méthode de l’ensemble de l’ouvrage : partir d’un problème réel et documenté — la précarité de certains agents publics, souvent évoquée comme un facteur de corruption de survie — pour proposer un mécanisme économique inédit, plutôt qu’un simple appel moral à la vertu. C’est une démarche qui honore l’ambition réformatrice du texte.

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Une plume qui sait porter une vision

Sur le plan de l’écriture, l’ouvrage assume un style qui mêle rigueur technique et souffle patriotique, un choix qui lui donne une vraie singularité dans la littérature économique camerounaise. Les développements chiffrés, denses en sigles — BCFA, FSN, PICT, AMN —, laissent régulièrement place à des formules qui frappent l’esprit et se retiennent : « Nous avons le choix : subir ou diriger. La neutralité n’est plus une option » résume, en une phrase, l’esprit de tout l’ouvrage. Cette capacité à faire cohabiter la précision de l’expert et l’élan du tribun distingue ce texte des rapports institutionnels habituels, souvent techniquement irréprochables mais dépourvus de tout pouvoir de conviction populaire.

Cette alternance entre rigueur et lyrisme n’est pas un hasard de composition : elle traduit une volonté assumée de s’adresser à plusieurs publics à la fois — décideurs, jeunesse, chefs d’entreprise — sans jamais sacrifier l’un à l’autre. La dédicace du livre, qui s’adresse « du citoyen ordinaire à l’élite », résume bien cette ambition d’écriture à hauteur de nation entière, plutôt qu’un texte réservé aux seuls initiés de la finance publique.

La conclusion, qui bascule vers un « rêve » chiffré à l’horizon 2035, assume pleinement cette double vocation : parler aux décideurs dans leur langue budgétaire, tout en s’adressant, par-delà eux, à une jeunesse camerounaise dont l’auteur ne cesse de rappeler qu’elle est la première concernée par ces mutations. C’est un choix de composition cohérent avec l’ambition du livre : ne pas se contenter d’un rapport de plus, mais tenter d’écrire un texte qui reste.

Cette dimension littéraire, rare dans ce type de production, mérite d’être soulignée pour ce qu’elle est : un pari stylistique qui cherche à faire de l’économie publique un sujet d’adhésion populaire plutôt qu’une matière réservée aux experts. C’est un choix qui honore l’auteur, et qui donne au livre une capacité de circulation bien au-delà des cercles institutionnels auxquels un rapport technique classique se limiterait naturellement.

Ce qu’il reste, une fois le livre refermé

« Le Protocole de Yaoundé » est de ces ouvrages qui, par leur ampleur même, méritent d’être discutés, amendés, débattus et c’est précisément l’objectif que se fixe son auteur, qui appelle lui-même les décideurs à s’en emparer et à le faire évoluer. Sa force principale tient à la solidité de son diagnostic budgétaire et monétaire, ancré dans des données officielles vérifiables, et à la cohérence d’une vision qui relie souveraineté monétaire, inclusion financière et lutte contre la corruption dans une même architecture.

Peu d’ouvrages camerounais récents auront tenté d’embrasser un spectre aussi large, de la fiscalité du mobile money jusqu’aux rapports de force entre grandes puissances monétaires, en passant par la refonte du contrat social entre l’État et ses agents. C’est cette ambition totale, plutôt que la validation immédiate de chacune de ses propositions techniques, qui donne à ce texte sa valeur de manifeste : il ouvre un débat, plus qu’il ne le referme, et c’est précisément ce que l’auteur semble avoir voulu accomplir.

Reste, comme pour tout texte visionnaire, la question de sa mise en œuvre concrète, un chantier que l’auteur lui-même présente comme un point de départ pour les décideurs plutôt qu’une solution clé en main. Mais la valeur d’un manifeste ne se mesure pas seulement à la réalisation immédiate de chacune de ses propositions : elle se mesure aussi à sa capacité à faire émerger, dans le débat public, des questions qu’on ne se posait pas encore. De ce point de vue, « Le Protocole de Yaoundé » a d’ores et déjà rempli une part de sa mission.

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