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Monde| ONU : Macky Sall peine à convaincre, le soutien tardif du Sénégal n’a pas « encore inversé la tendance »

Malgré le plaidoyer passionné de son successeur Bassirou Diomaye Faye à la tribune des Nations unies, le moteur Macky Sall refuse de démarrer. Englué à cinq petites voix favorables au Conseil de sécurité face à une opposition grandissante, l’ancien président sénégalais accuse le coup. Entre rejet persistant des grands décideurs et dynamique au point mort, la diplomatie de Dakar se heurte à un mur : la candidature Sall prend l’eau et le rêve new-yorkais s’éloigne à grands pas.

Le paradoxe d’une candidature soutenue au sommet, mais figée dans les urnes

Les derniers chiffres issus des consultations informelles du Conseil de sécurité mettent en lumière un contraste saisissant pour la diplomatie sénégalaise. Lors du quatrième « straw poll » organisé le 29 septembre 2026, la candidature de Macky Sall a recueilli 5 bulletins « encourage », 9 « discourage » et 1 « no opinion ». Onze jours plus tôt, le 18 septembre, le troisième tour d’évaluation avait débouché exactement sur la même répartition. Cette stagnation chiffrée intervient pourtant au terme d’une séquence diplomatique d’une intensité inédite, marquée par l’implication personnelle et directe du chef de l’État sénégalais.

Le paradoxe ne réside pas dans l’absence d’engagement de Dakar, mais dans l’impossibilité d’en observer, à ce stade, la traduction dans les bulletins secrets des quinze membres du Conseil. Depuis la tribune de l’ONU le 24 septembre, le président Bassirou Diomaye Faye a pourtant déployé un plaidoyer direct en faveur de son prédécesseur. En associant la vision du Sénégal pour une organisation « plus forte et plus représentative » à la figure de Macky Sall, le chef de l’État a formellement demandé l’appui de la communauté internationale. Sur le terrain comptable, cette prise de parole solennelle n’a toutefois pas permis de gagner le moindre soutien supplémentaire.

Pendant que la candidature sénégalaise demeure bloquée, le tableau d’affichage du Conseil de sécurité montre que d’autres prétendants parviennent à créer une dynamique. Au cours du même scrutin du 29 septembre, la Costaricienne Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente de son pays et ex-secrétaire générale de la CNUCED, a grimpé jusqu’à 10 voix favorables pour seulement 3 avis défavorables. Parallèlement, la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett et le Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Argentin Rafael Grossi, ont tous deux consolidé leur position en atteignant le seuil de 8 bulletins « encourage ».

Cette divergence d’évolution place l’ancien président sénégalais dans une position délicate au sein du groupe des prétendants. Avec 5 voix favorables, Macky Sall partage le même niveau d’appui comptable que l’Ougandais Olara Otunnu, mais il enregistre un nombre de votes défavorables nettement plus élevé. Si ces scrutins à huis clos ne constituent en aucun cas une élection définitive, ils fixent néanmoins un rapport de forces psychologique et politique crucial à ce stade de la compétition.

L’absence de progression ne signifie pas nécessairement que la démarche de Dakar a été vaine, car la diplomatie multilatérale obéit à des temporalités parfois différées. Les choix des États membres reposent sur des arbitrages complexes où les consignes des capitales mettent du temps à se répercuter dans les missions permanentes à New York. Néanmoins, l’immobilité des chiffres du 29 septembre confirme que le principal obstacle de Macky Sall réside désormais dans sa capacité à convaincre un Conseil de sécurité hésitant à valider son profil.

Une genèse diplomatique contrariée par le calendrier

Pour comprendre les difficultés actuelles de la candidature sénégalaise, il convient de revenir sur la genèse de sa trajectoire internationale. Le parcours de Macky Sall vers le Secrétariat général de l’ONU n’a pas débuté sous les auspices d’un parrainage national classique. Lorsque sa postulation a été officiellement enregistrée auprès des Nations unies le 2 mars 2026, la démarche était portée par le Burundi, qui assurait alors la présidence tournante de l’Union africaine. À cette date, le Sénégal ne figurait pas parmi les initiateurs du projet, traduisant une réserve initiale qui a pesé d’emblée sur la lisibilité de la démarche.

Ce manque d’alignement de départ s’est rapidement doublé de frictions au niveau continental. À la fin du mois de mars 2026, une tentative d’obtenir un endossement formel et global de la candidature par l’Union africaine s’est heurtée à une vive opposition interne. Pas moins de 20 États membres sur 55 ont émis des objections ou réclamé des délais de procédure supplémentaires, empêchant l’adoption d’un texte de soutien unanime. Cette absence de consensus africain d’emblée a envoyé un signal de division aux chancelleries occidentales et asiatiques du Conseil de sécurité.

Le point de bascule politique s’est produit au cœur de l’été 2026, sur le sol sénégalais. Le 17 juillet, Macky Sall est revenu pour la première fois à Dakar depuis la fin de son mandat présidentiel en avril 2024. Il a été reçu au palais de la République par son successeur, Bassirou Diomaye Faye, afin de lui exposer formellement sa démarche et de solliciter l’appui institutionnel de l’État sénégalais. Trois jours plus tard, le 20 juillet, le président Faye annonçait la décision officielle du Sénégal de soutenir son ancien rival et ordonnait à son réseau diplomatique de se mobiliser.

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Ce ralliement spectaculaire a constitué un acte politique fort dans un contexte intérieur pourtant marqué par des tensions persistantes. Le gouvernement issu de l’élection de 2024 avait en effet engagé des audits sévères sur la gestion des finances publiques sous le régime précédent et dénoncé la répression politique des années 2021-2024, des accusations fermement rejetées par Macky Sall. En choisissant de passer outre ces différends pour privilégier le rayonnement diplomatique du pays, Dakar a cherché à restaurer l’image d’une démarche pleinement nationale.

Toutefois, ce soutien officiel est intervenu plus de quatre mois après l’enregistrement formel de la candidature à New York. Lorsque le Conseil de sécurité a procédé à son premier scrutin indicatif le 30 juillet, le ralliement de Dakar n’était vieux que de dix jours. La candidature sénégalaise a ainsi abordé la compétition internationale avec un handicap temporel certain, l’appareil diplomatique de Dakar devant rattraper à la hâte le terrain perdu pendant que d’autres prétendants menaient campagne depuis de longs mois.

Faye à la tribune de l’ONU : une offensive politique d’envergure

Le 24 septembre 2026, la diplomatie sénégalaise a franchi un palier décisif lors de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies. Prenant la parole devant l’enceinte internationale, le président Bassirou Diomaye Faye ne s’est pas contenté d’évoquer des principes généraux de gouvernance globale. Il a placé la candidature de son prédécesseur au centre du discours du Sénégal, érigeant la désignation du futur Secrétaire général en enjeu majeur pour l’équilibre du multilatéralisme.

Dans son intervention, le chef de l’État sénégalais a forgé un argumentaire centré sur la capacité d’apaisement de son candidat dans un monde fragmenté. « L’Organisation a besoin d’un leadership expérimenté pour conduire son action en ces temps de crises et d’incertitudes », a déclaré Bassirou Diomaye Faye à la tribune, avant d’ajouter : « Elle a besoin d’un Secrétaire général capable de parler à tous, d’écouter et de bâtir des ponts entre les États membres. C’est la vision que porte Monsieur Macky Sall ».

L’impact diplomatique de cette déclaration résidait surtout dans son appel direct et explicite. En lançant : « C’est l’occasion pour moi de renouveler mon appui à sa candidature et de réitérer la demande de soutien du Sénégal auprès des États membres », le président de la République a transformé une postulation individuelle en une cause d’État officielle. Cette démarche solennelle visait à dissiper définitivement les doutes sur l’authenticité de l’engagement sénégalais.

Dans la foulée de son intervention, Bassirou Diomaye Faye s’est employé à recadrer le récit médiatique entourant cette campagne. Lors d’un entretien accordé conjointement à RFI et France 24 le même jour, il a publiquement rejeté les analyses faisant état d’un enlisement. « Je ne partage pas le pessimisme sur la candidature de l’ancien président du Sénégal, Monsieur Macky Sall. Tout au contraire, je pense qu’elle garde encore toutes ses chances de succès », a-t-il affirmé, soulignant que la bataille consultative restait ouverte.

Pour appuyer son optimisme, le président sénégalais a mis en avant la spécificité institutionnelle de la procédure onusienne. Selon sa lecture, les scrutins indicatifs initiaux ne révèlent pas la position finale des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, dont le choix déterminant n’intervient que lors des phases ultérieures. Cette offensive politico-médiatique a démontré la volonté de Dakar de peser jusqu’au bout, mais elle a aussi accentué la visibilité de l’écart avec les chiffres enregistrés cinq jours plus tard au Conseil.

La réalité arithmétique des « straw polls » au Conseil de sécurité

Pour évaluer la trajectoire de Macky Sall, il est nécessaire d’analyser le comportement des bulletins de vote au fil des quatre consultations informelles organisées par le Conseil de sécurité. Le premier scrutin, qui s’est tenu le 30 juillet 2026, avait établi un point de départ mitigé : l’ancien président recueillait 6 avis favorables, 7 défavorables et 2 sans opinion. Un mois plus tard, le 21 août, la deuxième consultation reproduisait exactement le même score (6-7-2), témoignant d’une première phase de cristallisation.

C’est lors du troisième scrutin, le 18 septembre, que la trajectoire a marqué une inflexion négative. Macky Sall a perdu un soutien favorable pour glisser à 5 « encourage », tandis que le bloc d’opposition progressait à 9 « discourage », avec une seule voix neutre. Le quatrième tour du 29 septembre a confirmé cette dégradation en répétant fidèlement le bilan de 5-9-1. En l’espace de deux mois, la candidature n’a donc pas seulement stagné : elle a vu son socle de rejet s’élargir au sein du Conseil.

Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec la rigueur qu’impose le fonctionnement institutionnel des Nations unies. Les « straw polls » sont des consultations informelles conduites à huis clos, destinées à tester la viabilité des candidats sans valeur juridique contignante. Les bulletins ne portent pas le nom des pays et ne permettent pas, au cours des premiers tours, de faire la distinction entre les votes des dix membres élus et ceux des cinq membres permanents disposant du droit de veto.

Pour obtenir la recommandation officielle du Conseil de sécurité avant d’être soumis au vote de l’Assemblée générale, un candidat doit obligatoirement réunir au moins 9 voix favorables et ne faire l’objet d’aucun veto de la part des États-Unis, de la Chine, de la Russie, de la France ou du Royaume-Uni. Avec 5 voix favorables actuelles, Macky Sall accuse un déficit d’au moins quatre suffrages pour atteindre le seuil de qualification minimale, à condition qu’aucun des votes négatifs ne provienne d’un membre permanent.

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La comparaison avec l’ensemble du tableau apporte un éclairage complémentaire sur cette dynamique. Alors que Rebeca Grynspan culmine à 10 voix favorables et que deux autres candidats se maintiennent à 8, Macky Sall figure dans le groupe intermédiaire qui peine à créer un mouvement d’entraînement. Sans qu’il s’agisse d’une élimination formelle, ce positionnement arithmétique indique que la candidature sénégalaise n’a pas encore réussi à déclencher le déclic diplomatique indispensable.

Entre diplomatie et géopolitique

Plusieurs éléments d’analyse, avancés par les observateurs et les chancelleries spécialisées, permettent d’éclairer la retenue du Conseil de sécurité à l’égard de Macky Sall. La première explication réside dans le passif politique de sa fin de mandat au Sénégal. Les tensions survenues entre 2021 et 2024, marquées par des arrestations politiques et des controverses sur le calendrier électoral, ont suscité des réserves durables chez certains partenaires occidentaux attentifs aux questions de gouvernance démocratique.

Un deuxième facteur structurel tient à la dynamique interne du continent africain. L’absence d’un parrainage exclusif de l’Union africaine continue de peser négativement. Historiquement, les candidatures continentales qui ont réussi à s’imposer à New York bénéficiaient d’un alignement régional sans faille. La résistance de 20 États membres de l’UA en mars a envoyé le signal d’un leadership disputé, offrant aux membres du Conseil une marge de manœuvre pour privilégier d’autres options régionales.

La compétition pour la succession d’António Guterres est également traversée par une forte demande en faveur d’une alternance de genre et de région. Plusieurs diplomaties plaident ouvertement pour l’élection, pour la première fois dans l’histoire de l’ONU, d’une femme à la tête du Secrétariat général. De plus, le principe non écrit de la rotation géographique pousse de nombreux chancelleries à soutenir la candidature d’un représentant de l’Amérique latine et des Caraïbes, perçue comme la région prioritaire pour ce cycle.

Afin de contrer ces vents contraires et d’élargir ses soutiens du côté des grandes puissances, Macky Sall a mené une intense campagne personnelle. Il a présenté sa vision lors des dialogues publics de l’ONU en avril 2026, axant son programme sur la réforme des coûts et la rationalisation des opérations de paix. En juin, il avait également donné une interview remarquée au média américain Breitbart, qualifiant Donald Trump d’« artisan de la paix », un positionnement visant manifestement à courtiser les cercles conservateurs américains en vue d’un éventuel retour de l’administration républicaine à Washington.

Cependant, ces offensives ciblées n’ont pas encore produit l’effet d’entraînement escompté. Qu’il s’agisse des réserves démocratiques, des équilibres géopolitiques globaux ou des préférences pour une candidature féminine, la somme de ces facteurs crée un environnement diplomatique complexe. Pour Macky Sall, le défi ne consiste plus seulement à présenter son profil, mais à démonter un à un les arguments de ses opposants au sein du Conseil.

Malgré l’immobilité des chiffres du 29 septembre, la course au Secrétariat général de l’ONU reste formellement ouverte. La procédure prévoie de nouvelles étapes décisives au Conseil de sécurité dans les semaines à venir. Le Conseil doit notamment passer à des scrutins indicatifs dits « différenciés », où les bulletins des membres permanents seront imprimés sur un papier de couleur distincte de ceux des membres non permanents, révélant ainsi l’existence ou l’absence de vetos bloquants.

C’est à ce moment précis que la stratégie de la diplomatie sénégalaise sera soumise à son test le plus révélateur. Comme l’a rappelé le président Bassirou Diomaye Faye, un candidat disposant d’un nombre restreint de voix peut théoriquement émerger si les prétendants les mieux placés se heurtent au veto croisé des grandes puissances. Dans ce scénario de blocage géopolitique entre Washington, Beijing et Moscou, un profil d’expérience capable de « bâtir des ponts » pourrait retrouver une marge de négociation.

Cette perspective stratégique repose toutefois sur un pari diplomatique particulièrement audacieux. Pour espérer bénéficier d’un compromis de dernière minute, Macky Sall doit impérativement conserver un niveau de soutien minimal et éviter de voir son bloc de votes défavorables se transformer en rejet irréversible. Si les prochains tours devaient confirmer son maintien à 5 voix ou amplifier les rejets, la marge de manœuvre du Sénégal deviendrait extrêmement étroite.

L’équation finale de la candidature sénégalaise demeure donc suspendue à la capacité de Dakar d’inverser la tendance actuelle lors des prochaines négociations bilatérales. L’engagement souscrit par Bassirou Diomaye Faye démontre que le Sénégal a choisi de jouer pleinement sa carte sur la scène internationale. Reste à savoir si cette mobilisation d’État tardive parviendra à briser le plafond de verre de New York ou si elle se heurtera définitivement aux équilibres verrouillés du Conseil de sécurité.

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