EN DIRECT

DiplomatieEnquêtesPolitique

Monde| Sommet Russie-Afrique : face à Poutine, les dirigeants africains éludent publiquement le sort de leurs compatriotes envoyés au front ukrainien

Dans les salons du Kremlin, Vladimir Poutine a dénoncé le néocolonialisme occidental et célébré une relation « d’égal à égal » avec l’Afrique. Mais au moment où des ressortissants du continent sont recrutés, parfois par la tromperie, pour combattre dans les rangs de l’armée russe en Ukraine, cette affaire n’a pas fait irruption dans les déclarations publiques des dirigeants réunis à Moscou. Une discrétion d’autant plus frappante qu’Amnesty International les avait exhortés, avant leur arrivée, à interpeller directement leur hôte.

Le contraste avait quelque chose de saisissant. Les 28 et 29 octobre 2026, le Kremlin a accueilli le troisième sommet Russie-Afrique dans le faste de ses cérémonies diplomatiques. Dans les salles d’apparat du Grand Palais du Kremlin, Vladimir Poutine a reçu ses invités africains, multiplié les rencontres bilatérales et déroulé son argumentaire sur les relations entre Moscou et le continent. Quarante-huit pays africains étaient représentés, dont 22 par leurs chefs d’État. La présence de ces dirigeants constituait, pour le président russe, une démonstration politique : malgré la guerre en Ukraine, les sanctions occidentales et les tentatives d’isolement de la Russie, Moscou conserve des partenaires et des interlocuteurs de premier plan en Afrique.

À la tribune, le président russe a soigneusement choisi ses mots. Il a accusé les puissances occidentales de maintenir l’Afrique dans la dépendance, de l’endetter et de continuer à convoiter ses ressources. En opposition à ce modèle, il a présenté la Russie comme un partenaire qui ne chercherait « ni à exploiter le continent ni à lui imposer sa volonté » . Ses entreprises, a-t-il assuré, ne se livreraient pas à une exploitation « prédatrice et néocoloniale » des ressources naturelles et humaines africaines. Elles favoriseraient plutôt la transformation locale, le transfert de technologies et la création d’emplois.

La mise en scène accompagnait le discours. Poutine a notamment guidé des dirigeants dans l’exposition « Fabriqué en Russie », vitrine des capacités industrielles et technologiques de son pays, des produits agricoles aux satellites. Le sommet devait donner corps à cette promesse de coopération : échanges commerciaux, investissements, énergie, sécurité, formation, recherche et technologie figuraient parmi les domaines mis en avant. Les rencontres bilatérales se sont succédé dans les espaces de réception du Kremlin. Le président russe a notamment reçu ses homologues égyptien Abdel Fattah al-Sissi, kényan William Ruto, burundais Évariste Ndayishimiye, congolais Denis Sassou-Nguesso et rwandais Paul Kagame.

Mais dans cette séquence soigneusement orchestrée, une question embarrassante pour Moscou n’a pas occupé la place publique qu’elle aurait pu revendiquer : celle des Africains enrôlés dans les forces armées russes et envoyés combattre en Ukraine. Des hommes attirés par des offres d’emploi, des promesses de rémunération ou de régularisation administrative se retrouvent sur un front où plusieurs ont été tués, blessés, capturés ou portés disparus. Le sujet ne relève pourtant plus de simples accusations circulant sur les réseaux sociaux. Des organisations de défense des droits humains, des enquêtes journalistiques et, désormais, une commission d’enquête des Nations unies ont documenté les mécanismes de ces recrutements.

Ce qui interroge à l’issue du sommet n’est donc pas seulement la persistance de cette filière. C’est la discrétion des dirigeants africains dans leurs prises de parole publiques, alors même que la question avait été explicitement placée devant eux avant leur arrivée à Moscou. Dans les discours rapportés, les déclarations officielles et les textes rendus publics à l’issue des travaux, aucune dénonciation collective de ces recrutements n’a émergé. Le sort de ces ressortissants n’a pas davantage trouvé de place identifiable dans la déclaration finale. Une absence qui contraste avec l’importance accordée, durant les mêmes travaux, à la souveraineté africaine, à la lutte contre les séquelles du colonialisme et à la nécessité de défendre les intérêts du continent dans les relations internationales.

Une alerte internationale lancée avant le sommet

Le silence public observé à Moscou est d’autant plus remarquable que les dirigeants africains n’ont pas découvert le dossier au détour d’une conversation avec la presse. Le 27 octobre, à la veille de l’ouverture du sommet, Amnesty International avait publié une lettre ouverte adressée aux chefs d’État, chefs de gouvernement, ministres et délégations attendus dans la capitale russe. Les directeurs des sections africaines de l’organisation leur demandaient expressément de profiter de leur présence auprès de Vladimir Poutine pour exiger l’arrêt du recrutement « trompeur et coercitif » de ressortissants africains dans les forces armées russes.

Le ton de cette démarche était inhabituellement direct. Amnesty ne demandait pas aux dirigeants de se contenter d’évoquer la protection des migrants ou de rappeler abstraitement le respect du droit international. L’organisation les appelait à soulever le sujet directement auprès des autorités russes, à réclamer la fin immédiate de ces pratiques et à demander des enquêtes ainsi que des poursuites contre les personnes impliquées. Elle attirait également leur attention sur la possible responsabilité de fonctionnaires ou d’acteurs agissant avec l’assentiment des autorités russes. Pour l’organisation, les faits documentés pouvaient, dans de nombreux cas, relever de la traite des êtres humains.

La lettre établissait un lien politique entre cette affaire et les discours régulièrement tenus par les gouvernements africains sur la souveraineté du continent. Comment, interrogeait en substance Amnesty, défendre l’autonomie des États africains face aux anciennes puissances coloniales et dénoncer l’exploitation de leurs ressources tout en laissant des citoyens être traités comme une réserve de main-d’œuvre militaire au service d’une puissance étrangère ? L’organisation avertissait que le silence des dirigeants constituerait un préjudice grave pour les populations de leurs pays. La formule était sans ambiguïté : les Africains ne devaient pas devenir une marchandise au service des objectifs politiques et militaires d’un autre État.

Cette interpellation intervenait dans un contexte où les témoignages de familles se multipliaient. Des proches recherchent des hommes partis en Russie pour travailler et dont ils ont perdu la trace. D’autres apprennent leur décès par des canaux informels, sans disposer d’informations précises sur les circonstances de leur mort, l’endroit où se trouve leur dépouille ou les conditions de son rapatriement. Dans plusieurs pays, des familles ont publiquement demandé à leurs gouvernements d’intervenir. Le problème a ainsi quitté le seul terrain des relations entre Moscou et Kiev pour devenir une question consulaire, sociale et politique dans plusieurs capitales africaines.

Lire aussi:  Monde| Delcy Rodríguez : la "tigresse" chaviste aux commandes du Venezuela

L’alerte d’Amnesty était également appuyée par un rapport publié le 10 septembre 2026, consacré au recrutement de ressortissants étrangers pour combattre en Ukraine. L’organisation y décrivait des pratiques fondées sur la tromperie, la contrainte et l’exploitation de la précarité économique. Les candidats sont parfois approchés par des agences qui leur proposent des emplois civils, notamment dans la construction, l’industrie ou les services. Les promesses de rémunérations élevées, de régularisation administrative ou d’accès à la nationalité russe contribuent à les convaincre de partir. Une fois en Russie, certains découvrent que leur destination réelle est l’armée.

Des recrutements qui ne relèvent plus de simples accusations

Le 26 octobre, deux jours avant l’ouverture du sommet, la Commission internationale indépendante d’enquête des Nations unies sur l’Ukraine avait rendu publiques de nouvelles conclusions. Elle affirme avoir recueilli des éléments probants concernant le recrutement, par tromperie ou coercition, de ressortissants de 29 pays dans les forces armées russes. Les enquêteurs ont examiné des cas concernant des personnes originaires de 48 pays. Leur rapport décrit des réseaux d’agents et d’agences opérant dans différentes régions du monde, en coordination avec les autorités russes.

Le mécanisme décrit par les enquêteurs est particulièrement préoccupant. Les recruteurs se présentent comme des intermédiaires légitimes, parfois associés à des entreprises bénéficiant d’une apparence de reconnaissance officielle. Ils organisent les démarches de visa, achètent les billets d’avion et accompagnent parfois les candidats dans leur déplacement vers la Russie. Mais une fois arrivés, les hommes sont conduits à signer des contrats militaires rédigés en russe avec le ministère de la Défense. Plusieurs ne maîtrisent pas cette langue. La Commission rapporte que certains sont soumis à des pressions, privés de leurs documents et placés dans une situation où le refus de rejoindre l’armée devient extrêmement difficile.

Les recrues sont ensuite envoyées sur le front ukrainien, où elles se voient confier des missions dangereuses. Certaines sont mortes, d’autres ont disparu. D’autres encore ont été capturées par les forces ukrainiennes ou se sont rendues. La Commission des Nations unies relève un degré élevé de coordination entre les réseaux de recrutement opérant à l’étranger et les autorités russes. Elle appelle à la libération des personnes victimes de ces pratiques et à leur décharge des obligations militaires contractées dans ces circonstances. Ce constat donne une dimension institutionnelle aux accusations : il ne s’agit plus seulement de témoignages individuels ou d’allégations formulées par Kiev, mais de conclusions d’un mécanisme international indépendant.

Une enquête de l’organisation Journalists for Justice, publiée en août 2026, apporte un autre éclairage sur l’ampleur africaine du phénomène. Intitulée « Death Contracts: How Russia Recruits Africans to Fight and Die in Ukraine » , elle recense au moins 3 066 ressortissants de 40 pays africains enrôlés dans les forces russes depuis octobre 2022. Parmi eux, 502 décès étaient confirmés à la fin du mois de juin 2026. Le sort de plus de 2 500 autres personnes restait non confirmé. Ces chiffres reposent sur un travail de collecte comprenant des entretiens avec des prisonniers de guerre, des recrues, des personnes rapatriées et des familles de morts ou de disparus. Ils ne constituent pas un bilan officiel exhaustif, mais témoignent de l’ampleur des cas documentés.

Les données disponibles montrent que plusieurs pays sont particulièrement touchés. Le Kenya compte 841 ressortissants identifiés dans cette enquête, le Ghana 337 et le Cameroun 372 enregistrements de contrats individuels. Le Nigeria et l’Ouganda figurent également parmi les pays concernés. Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence : ils ne correspondent pas tous à des bilans nationaux officiellement reconnus et les méthodes de comptabilisation peuvent différer. Ils révèlent néanmoins une réalité commune à plusieurs territoires : des ressortissants africains ont rejoint les forces russes après avoir été attirés par des offres qui ne leur présentaient pas toujours la nature militaire de leur engagement.

La question est d’autant plus sensible que la Russie mène depuis février 2022 une guerre de grande ampleur en Ukraine et doit renouveler ses effectifs militaires. Le recrutement de ressortissants étrangers constitue un moyen d’élargir son vivier de combattants. Pour des jeunes confrontés au chômage et à la faiblesse des revenus dans leur pays, les montants annoncés peuvent paraître considérables. La perspective d’une prime à la signature, d’un salaire mensuel élevé ou d’un passeport russe peut suffire à rendre crédible une proposition dont les risques réels sont dissimulés. C’est cette vulnérabilité économique que les organisations de défense des droits humains placent au cœur de leurs accusations.

Le Cameroun face à ses morts, le Kenya face à ses familles

Au Cameroun, l’affaire a pris une dimension officielle le 7 avril 2026. Ce jour-là, le ministère des Relations extérieures a annoncé que les autorités russes avaient confirmé la mort de 16 ressortissants camerounais engagés dans la guerre contre l’Ukraine. Une note diplomatique consultée par Reuters les désignait comme des « contractuels militaires de nationalité camerounaise ». Le document ne précisait cependant ni les circonstances de leur recrutement, ni les lieux et dates de leur décès. Le gouvernement invitait les familles concernées à se rapprocher des services compétents à Yaoundé.

Ce bilan officiel ne recouvre pas l’ensemble des cas identifiés par les enquêteurs indépendants. Journalists for Justice recense 372 contrats individuels de Camerounais entre septembre 2023 et décembre 2025 et fait état d’au moins 104 décès à partir des données ukrainiennes.  L’écart entre les 16 morts confirmés par Yaoundé et les 104 décès recensés par l’enquête illustre précisément les difficultés de suivi et de vérification. Il reste à établir combien de Camerounais ont effectivement été recrutés, combien sont encore engagés dans les forces russes et combien de familles attendent des nouvelles.

Le dossier camerounais présente une autre particularité : des militaires en activité auraient également rejoint les rangs russes. Reuters avait révélé l’existence d’une note interne datée de mars 2025 dans laquelle le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, exprimait son inquiétude face aux départs de soldats vers le front ukrainien et demandait aux commandants d’unités de surveiller leurs effectifs. Cette information soulève une question qui dépasse la situation individuelle des recrues : celle de la circulation de personnels appartenant aux forces armées nationales vers l’armée d’un État étranger engagé dans une guerre. Yaoundé a pourtant rappelé que le Cameroun ne déploie officiellement ses troupes à l’étranger que dans le cadre de mandats internationaux ou régionaux et a mis en garde ses citoyens contre la participation à des conflits étrangers.

Lire aussi:  Cameroun | Jour décisif : entre stabilité et soif d’alternance, huit millions d’électeurs aux urnes

Le Kenya offre un autre exemple de la pression exercée sur les gouvernements africains. Des familles de ressortissants recrutés en Russie ont manifesté et saisi les institutions nationales pour demander des informations sur leurs proches. Les autorités kényanes ont communiqué plusieurs chiffres concernant les personnes impliquées dans le conflit, notamment les morts, les disparus, les blessés et les ressortissants rapatriés. Le président William Ruto avait, avant le sommet de Moscou, demandé à la Russie de contribuer au rapatriement de Kényans enrôlés dans ses forces. L’ambassade du Kenya à Moscou avait également affirmé que son gouvernement poursuivait des démarches diplomatiques sur les recrutements irréguliers, les pertes humaines et le sort des familles.

Il serait toutefois excessif de conclure à une absence totale d’initiatives diplomatiques. Le Kenya avait notamment saisi Moscou de cette question avant le sommet. Mais cette démarche n’a pas trouvé de prolongement visible dans les prises de parole publiques de la rencontre. Malgré les alertes d’Amnesty International et les conclusions de la commission d’enquête de l’ONU, le sort des Africains recrutés dans les rangs de l’armée russe n’a pas occupé une place à la mesure de la gravité des faits documentés. Rien ne permet cependant d’affirmer que le sujet a été absent des échanges bilatéraux : le contenu de ces entretiens, en grande partie tenu à huis clos, n’a pas été rendu intégralement public.

Pour les familles, cette distinction diplomatique ne règle rien. Elles veulent savoir si leurs proches sont vivants, où ils se trouvent, dans quelles conditions ils ont été engagés et quand les corps des personnes décédées pourront être rapatriés. Ces demandes ne relèvent pas d’une posture géopolitique contre la Russie ou d’un alignement sur l’Ukraine. Elles concernent la protection des citoyens, le droit à l’information et la responsabilité consulaire des États. C’est aussi ce qui rend le dossier politiquement difficile à évacuer : les victimes et leurs familles ne sont pas des acteurs d’un affrontement entre puissances, mais les premiers concernés par les conséquences de ces recrutements.

La souveraineté à géométrie variable ?

L’absence de dénonciation publique à Moscou ne peut être dissociée des intérêts qui structurent les relations entre la Russie et plusieurs États africains. Pour le Kremlin, le continent représente un espace diplomatique stratégique, mais aussi un marché pour ses armes, ses céréales, ses engrais et ses équipements. La Russie a renforcé sa présence sécuritaire dans plusieurs pays, notamment au Sahel et en République centrafricaine, où l’Africa Corps a pris le relais du dispositif Wagner sous la tutelle du ministère russe de la Défense. Selon les données rapportées par Le Monde, l’Afrique représente environ 30 % du carnet de commandes de Rosoboronexport, l’exportateur public russe d’armements.

Cette présence donne à Moscou des leviers d’influence qui dépassent largement le commerce. Pour certains gouvernements, la Russie constitue un partenaire militaire et sécuritaire important, parfois présenté comme une alternative aux puissances occidentales. Dans un environnement international marqué par les rivalités d’influence, les gouvernements africains peuvent donc être réticents à exposer publiquement un différend susceptible de fragiliser une relation qu’ils jugent utile. La prudence diplomatique peut aussi conduire à privilégier les démarches bilatérales, loin des caméras et des déclarations de tribune. Mais cette logique a une limite : elle ne saurait dispenser les États de rendre compte à leurs populations des démarches entreprises pour protéger leurs ressortissants.

La Russie, de son côté, a tout intérêt à préserver l’image d’un partenaire respectueux de la souveraineté africaine. Le discours anti-néocolonial de Poutine vise à opposer Moscou aux anciennes puissances coloniales et à présenter la coopération russe comme une relation débarrassée des rapports de domination. Les recrutements dénoncés par les ONG et documentés par les enquêteurs internationaux viennent heurter cette narration. Si des ressortissants africains sont effectivement attirés par de fausses offres d’emploi, conduits à signer des contrats militaires qu’ils ne comprennent pas et envoyés au combat, la question de leur consentement et de leur protection devient incontournable.

Le paradoxe du sommet tient donc à cette contradiction. Les dirigeants africains ont pris part à une rencontre où la souveraineté, l’émancipation économique et la lutte contre les héritages coloniaux ont occupé une place centrale. Pourtant, le sort de citoyens de leurs pays, susceptibles d’avoir été recrutés par tromperie pour servir les intérêts militaires d’une puissance étrangère, n’a pas été publiquement porté au premier plan. Il ne s’agit pas d’exiger des chefs d’État qu’ils rompent avec Moscou ni qu’ils prennent position dans la guerre en Ukraine. Il s’agit de demander si la défense des intérêts africains peut faire l’économie de la protection des Africains eux-mêmes.

La question demeure ainsi entière au lendemain du sommet : quelles garanties les gouvernements africains ont-ils obtenues pour empêcher de nouveaux recrutements, identifier les ressortissants déjà engagés, retrouver les disparus et rapatrier les dépouilles ? Les déclarations publiques ne permettent pas, à ce stade, d’établir qu’un engagement collectif a été obtenu sur ces points. Les familles, elles, n’ont pas le luxe d’attendre que les équilibres diplomatiques se dénouent. Pour elles, le sommet de Moscou ne se mesure ni au nombre de poignées de main ni aux promesses de coopération économique. Il se mesure à une question beaucoup plus immédiate : leurs proches reviendront-ils vivants, ou au moins seront-ils retrouvés ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Articles similaires