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Sénégal|  LFR 2026, dix points pour comprendre ce budget quidivise le gouvernement et PASTEF

Derrière les deux votes défavorables enregistrés en commission à l’Assemblée nationale, se joue une bataille sur les chiffres, les choix de dépenses et la transparence des finances publiques. Mais que contient réellement cette loi de finances rectificative, pourquoi le gouvernement tient-il à son adoption et que risque le Sénégal si le blocage persiste ? Décryptage en dix points.

1. Qu’est-ce qu’une loi de finances rectificative ?

Une loi de finances rectificative (LFR) est un texte qui permet à l’État de modifier le budget adopté au début de l’année, lorsque les prévisions initiales ne correspondent plus à la situation économique et financière. Elle peut revoir les recettes fiscales, les dépenses publiques, les investissements, les subventions et le niveau du déficit. Elle doit être soumise au Parlement pour approbation.

Au Sénégal, l’article 47 de la loi organique n° 2020-07 relative aux lois de finances prévoit le dépôt d’un projet de LFR lorsque les équilibres budgétaires sont bouleversés, lorsque les recettes connaissent une variation importante ou lorsque de nouvelles mesures affectent substantiellement l’exécution du budget. C’est le fondement juridique du texte actuellement examiné par les députés.

2. Pourquoi le Sénégal a-t-il besoin d’un budget rectificatif en 2026 ?

Le budget initial de 2026 avait été construit sur une prévision de croissance économique de 5 %. Mais le gouvernement a revu cette projection à 2,7 %, soit une baisse de 2,3 points. Il invoque notamment les conséquences du conflit au Moyen-Orient, la hausse des cours du pétrole, les perturbations des marchés internationaux et les difficultés de mobilisation de certaines recettes attendues.

Cette nouvelle situation modifie les ressources disponibles et les dépenses à financer. Le gouvernement estime donc nécessaire de revoir les prévisions budgétaires pour tenir compte des recettes effectivement attendues et des charges supplémentaires supportées par l’État.

3. Que prévoyait le budget initial de 2026 ?

La loi de finances initiale pour 2026 avait fixé les recettes à 6 188,8 milliards de FCFA et les dépenses à 7 433,9 milliards de FCFA. Le déficit budgétaire prévisionnel était établi à 1 245,1 milliards de FCFA, soit environ 5,37 % du produit intérieur brut (PIB).

Ce budget devait notamment financer les salaires des agents publics, le fonctionnement des administrations, le service de la dette et les investissements dans les infrastructures, l’éducation, la santé, l’agriculture et les transports. Il constituait le cadre légal des dépenses et des recettes de l’État pour toute l’année 2026.

4. Quels changements le gouvernement veut-il introduire ?

Avec le projet de LFR, les recettes sont ramenées à 5 848,7 milliards de FCFA, soit une diminution de 340,1 milliards par rapport aux prévisions initiales. Dans le même temps, les dépenses sont portées à 7 583,9 milliards, en hausse de 150 milliards. Le déficit budgétaire passe ainsi à 1 735,2 milliards de FCFA, soit 7,6 % du PIB.

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En clair, l’État prévoit désormais de mobiliser moins de recettes tout en devant supporter davantage de dépenses. Ce nouvel équilibre implique des arbitrages sur les financements disponibles, les investissements publics et les charges prioritaires. Le texte ne se limite donc pas à une simple mise à jour comptable : il modifie les autorisations budgétaires de l’exercice.

5. Pourquoi les subventions à l’énergie occupent-elles une place centrale ?

L’un des changements les plus importants concerne les subventions destinées au secteur énergétique. Initialement évaluées à 250 milliards de FCFA dans le budget 2026, elles sont désormais portées à 790,3 milliards, soit une augmentation de 540,3 milliards de FCFA. Elles représentent ainsi environ 3,5 % du PIB, contre 1,1 % dans les prévisions initiales.

Ces subventions servent notamment à limiter les répercussions des coûts de l’énergie sur les prix supportés par les consommateurs. Leur augmentation constitue une charge supplémentaire pour les finances publiques. Elle explique une partie importante de la révision budgétaire et figure parmi les sujets sur lesquels les députés ont demandé des explications au gouvernement.

6. Pourquoi les recettes du Plan de redressement économique et social posent-elles problème ?

Le Plan de redressement économique et social (PRES), lancé par les autorités sénégalaises, devait contribuer à mobiliser des ressources supplémentaires pour financer le budget. Les recettes qui en étaient attendues en 2026 avaient été évaluées à environ 762,9 milliards de FCFA. Le gouvernement les ramène désormais à 311,5 milliards, soit une baisse de 451,4 milliards de FCFA.

Cette révision réduit les ressources que l’État espérait tirer de ce programme. Elle a des conséquences sur les possibilités de financement des investissements et oblige les autorités à revoir leurs prévisions. Pour les parlementaires de PASTEF, cette évolution soulève notamment la question de la fiabilité des projections qui avaient servi à construire le budget initial.

7. Quelles dépenses et quels secteurs sont concernés par les arbitrages ?

Le projet réorganise les dépenses publiques pour tenir compte des nouvelles contraintes. Les investissements financés sur ressources internes sont notamment revus à la baisse. Le gouvernement doit également faire face à l’augmentation des charges liées à l’énergie et aux intérêts de la dette, qui passent de 1 190,6 à 1 285,2 milliards de FCFA.

Le document budgétaire maintient toutefois les dépenses sociales à 2 276 milliards de FCFA, soit environ 30 % des dépenses totales. Il prévoit notamment une augmentation de 28,8 milliards de FCFA des crédits destinés à la santé et le passage de 35 à 70 milliards de FCFA pour les bourses de sécurité familiale. Ces arbitrages font partie des éléments discutés entre le gouvernement et les députés.

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8. Quelles nouvelles mesures fiscales sont contenues dans le projet ?

La LFR prévoit également de nouvelles dispositions fiscales pour accroître les ressources de l’État. Parmi elles figure une contribution de solidarité économique applicable aux opérateurs de monnaie électronique, avec un taux progressif de 8 % à 10 % selon le chiffre d’affaires. Le texte prévoit aussi un impôt minimum forfaitaire fixé à 0,5 % du chiffre d’affaires, selon les conditions définies dans le projet.

D’autres dispositions concernent notamment les droits de timbre sur certaines quittances et le rétablissement temporaire d’avantages fiscaux et douaniers pour les programmes de logements sociaux. Ces mesures touchent directement la fiscalité des entreprises et de certains secteurs économiques. Leur adoption donnerait au gouvernement de nouveaux instruments de mobilisation des recettes.

9. Pourquoi PASTEF bloque-t-il le projet ?

Le groupe parlementaire PASTEF-Les Patriotes formule plusieurs objections. Il conteste la sincérité des données relatives au déficit et à la dette, estime insuffisantes les mesures annoncées contre la vie chère et critique les arbitrages entre investissements publics et dépenses sociales. Les députés demandent également davantage de transparence sur les financements et les dépenses de l’État.

Dans son mémorandum du 26 octobre, le groupe réclame notamment des documents relatifs à la dette, dont les rapports de l’Inspection générale des finances et de Forvis Mazars, ainsi que le rapport d’exécution budgétaire de septembre 2026 et la liste des services non personnalisés de l’État bénéficiaires de transferts. Il demande aussi une rationalisation des agences publiques et un meilleur encadrement des fonds spéciaux. Le 30 octobre, PASTEF a jugé insuffisantes les réponses du ministre Cheikh Diba et a maintenu son refus d’adopter le texte en l’état.

10. Quelles sont les conséquences possibles du blocage ?

Le rejet en commission ne signifie pas que la LFR est définitivement rejetée. La commission prépare les travaux parlementaires, mais c’est la séance plénière qui doit se prononcer sur le texte. Après deux rejets en commission, le projet doit revenir devant les députés le 3 novembre 2026. Le gouvernement espère encore obtenir son adoption à cette étape.

Pour le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, la prolongation du blocage risque de compliquer la mobilisation des financements nécessaires à l’exercice 2026 et d’accentuer les tensions sur la trésorerie de l’État. Le Sénégal se trouve également dans une phase de négociations avec le Fonds monétaire international autour d’un programme économique et financier 2027-2029. L’adoption de la LFR constitue donc un enjeu pour l’exécution du budget, le financement des dépenses publiques et les discussions financières avec les partenaires du pays.

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