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Afrique| CEMAC : alerte sur les réserves, les chefs d’État convoqués en urgence à Brazzaville

Confrontés à une accumulation de tensions financières inédites depuis près d’une décennie, les dirigeants des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) sont attendus le 22 janvier 2026 à Brazzaville pour un sommet extraordinaire. En toile de fond : la montée des risques liés au service de la dette extérieure, l’affaiblissement rapide des réserves de change et les fragilités persistantes des équilibres macroéconomiques, qui font planer la menace d’un choc monétaire dès les premiers mois de l’année.

À l’initiative du président congolais Denis Sassou Nguesso, président en exercice de la Conférence des chefs d’État de la CEMAC, cette rencontre intervient moins de cinq mois après le dernier sommet ordinaire. Selon plusieurs sources proches des institutions régionales, la convocation traduit l’urgence de la situation financière de la sous-région, alors que les marges de manœuvre budgétaires et monétaires se réduisent dangereusement.

Dette extérieure et réserves sous pression

L’un des principaux points de crispation attendus à Brazzaville concerne le calendrier particulièrement chargé des remboursements de dette extérieure en 2026, concentrés pour une large part au premier trimestre. Ces échéances, vis-à-vis du Fonds monétaire international et de créanciers commerciaux, devraient exercer une pression significative sur les avoirs extérieurs de la CEMAC.

Cette inquiétude a été exprimée publiquement par le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, lors de la présentation du budget de l’État à Ngaoundéré. Selon les chiffres avancés, le Cameroun devra mobiliser près de 250 milliards de FCFA dès le mois de janvier 2026 pour honorer ses engagements extérieurs. Une situation comparable est observée dans plusieurs pays de la zone, alimentant la crainte d’une ponction massive sur les réserves communes.

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Des sources financières régionales avertissent que, si l’ensemble des États respectent leurs obligations de paiement sans soutien extérieur additionnel, le niveau des réserves de change pourrait retomber à des seuils proches de ceux observés lors de la crise de 2016. Or, ces réserves constituent un pilier central de la stabilité du franc CFA et du financement des importations essentielles de la sous-région.

FMI, BEAC et le spectre d’une vulnérabilité systémique

La fragilité actuelle est accentuée par l’absence de programmes financiers actifs avec le FMI pour la majorité des pays de la CEMAC. À l’exception du Tchad, aucun État membre ne bénéficie à ce stade d’un accord en cours avec l’institution de Bretton Woods. Le Cameroun, le Congo et le Gabon, notamment, peinent à conclure de nouveaux cadres de coopération financière, privant la zone d’un filet de sécurité crucial en cas de choc externe.

La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a déjà signalé l’ampleur de la dégradation. En fin décembre 2025, son gouverneur, Yvon Sana Bangui, faisait état d’un repli marqué des réserves de change, passées de 7 624,6 milliards de FCFA à 6 377,3 milliards de FCFA en l’espace de six mois. Le taux de couverture extérieure de la monnaie, indicateur clé de la solidité du régime de change, devrait reculer à environ 67 %, contre 75 % un an plus tôt.

Dans ce contexte tendu, les chefs d’État devront également se pencher sur le dossier sensible de la domiciliation à la BEAC des Fonds de restauration des sites (RES) des entreprises extractives, estimés à près de 6 000 milliards de FCFA. Présentée comme une piste de renforcement des réserves, cette option se heurte toutefois à l’opposition des groupes pétroliers et miniers internationaux, appuyés par des partenaires extérieurs. En mars 2025, le Congrès américain avait examiné un texte visant à conditionner l’appui du FMI à la CEMAC à l’abandon de cette réforme, jugée incompatible avec les normes financières internationales.

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À Brazzaville, les dirigeants de la sous-région devront ainsi composer avec une équation délicate, entre obligations de dette, raréfaction des financements concessionnels et impératif de préservation de la stabilité monétaire, dans un environnement économique qui rappelle, par bien des aspects, les prémices de la crise de 2016.

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