EN DIRECT

Politique

Afrique| Le Mali s’est réveillé en guerre samedi — et son ministre de la Défense n’a pas survécu

On peut frapper une armée dans ses casernes. On peut frapper un État dans ses institutions. Samedi, les jihadistes du JNIM ont fait les deux en même temps — et tué au passage le ministre de la Défense dans sa propre maison. Ce que le Mali a vécu en 24 heures dépasse tout ce que le pays avait connu depuis le début de l’insurrection… Les faits !! 

Samedi 25 avril, l’aube : plusieurs villes attaquées en même temps

Tout commence dans la matinée du samedi 25 avril. Des groupes armés lancent des attaques simultanées sur plusieurs positions stratégiques à travers le territoire malien. La liste des zones touchées dit à elle seule l’ambition de l’opération : Bamako et sa périphérie, notamment aux abords de l’aéroport international de Sénou ; Kati, ville garnison à une quinzaine de kilomètres de la capitale, résidence du président de transition Assimi Goïta et domicile du ministre de la Défense ; Sévaré et Mopti au centre du pays ; Gao et Kidal au nord.

Des témoins rapportent des colonnes de fumée, des explosions, des tirs intenses et des mouvements de combattants armés dans les rues. L’ampleur géographique de l’offensive — simultanée sur plusieurs fronts distants de centaines de kilomètres — témoigne d’une coordination logistique que les observateurs n’avaient pas vue depuis des années dans ce pays. Des vidéos circulent sur les réseaux sociaux, montrant des combattants patrouillant dans certaines localités, notamment à Gao.

La revendication tombe rapidement : le JNIM — Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda — assume la responsabilité des attaques. Dans son communiqué, le groupe précise avoir visé le siège du président Goïta, le domicile du ministre de la Défense et l’aéroport de Bamako. Des sources mentionnent également une coordination avec des éléments de la rébellion touareg.

Kati : l’explosion qui a tout changé

Parmi toutes les cibles frappées ce samedi, c’est Kati qui concentre l’information la plus lourde de conséquences. Un attentat à la voiture piégée vise directement la résidence du général Sadio Camara, ministre de la Défense et l’un des piliers historiques de la junte depuis le coup d’État d’août 2020. L’explosion est d’une violence extrême — elle détruit en grande partie la maison et endommage les habitations environnantes.

Lire aussi:  BÉNIN | ???? [Portrait] • Claudine, la gardienne du secret des Talon

Le général Sadio Camara ne survit pas à l’attentat. Selon sa famille et des sources concordantes rapportées par l’AFP, son épouse — sa seconde femme — et deux de ses petits-enfants périssent également dans l’explosion. Une famille décimée en quelques secondes dans ce qui constitue l’acte le plus spectaculaire et le plus symbolique de l’offensive du 25 avril.

Sadio Camara n’était pas un ministre ordinaire. Co-auteur des coups d’État de 2020 et 2021, il était l’architecte principal du rapprochement militaire entre Bamako et Moscou — celui qui avait ouvert les portes du Mali aux forces Wagner, devenues depuis Africa Corps. Homme de confiance d’Assimi Goïta, il incarnait la stratégie sécuritaire du régime. Sa mort représente un coup dur à la fois symbolique et opérationnel pour la junte.

« situation sous contrôle »

Face à l’ampleur des événements, l’armée malienne — les FAMa — adopte une  communication de sobriété. En fin de journée du 25 avril, un communiqué affirme que la situation est « sous contrôle », que plusieurs « terroristes » ont été neutralisés et que les dégâts matériels restent limités. Le bilan officiel fait état de 16 blessés, civils et militaires confondus.

Ce bilan tranche radicalement avec les témoignages de sources locales, de médias internationaux et d’organisations de surveillance sécuritaire qui décrivent des combats bien plus intenses et prolongés. L’aéroport international de Bamako a été temporairement perturbé — des vols annulés ou retardés. Des tirs sporadiques sont encore signalés en soirée dans certaines zones du centre et du nord.

Sur la mort de Sadio Camara, le silence officiel est total. À l’heure où ces lignes sont écrites, les autorités maliennes n’ont publié aucun communiqué confirmant le décès du ministre de la Défense. Ce silence alimente la confusion et les rumeurs — dans un contexte où l’information circule principalement par les réseaux sociaux et les médias internationaux.

Ce dimanche 26 avril : tension résiduelle et silence des alliés

La nuit du 25 au 26 avril s’est passée sans nouvelle attaque majeure à Bamako. Ce dimanche matin, l’armée maintient sa position — situation maîtrisée, vigilance maximale. Des tirs sporadiques sont encore signalés dans le centre et le nord du pays, mais aucune offensive de grande ampleur n’est rapportée.

Lire aussi:  Cameroun| Grégoire OWONA : « Le Cameroun n’est pas en danger ! [..] il est debout et en marche pour un mieux-être !!! »

Du côté des alliés du gouvernement Malien au sein de l’Alliance des États du Sahel — le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré et le Niger d’Abdourahamane Tiani —, le silence est frappant. Aucun communiqué officiel, aucune déclaration publique des deux présidents de transition à ce stade. Les observateurs notent que les assaillants, via un porte-parole du Front de Libération de l’Azawad, ont explicitement demandé à ces deux pays de « rester en dehors de la situation », signe que les rebelles perçoivent l’AES comme un bloc susceptible de porter secours à Bamako.

Les réactions internationales, elles, sont venues plus rapidement. L’Union Africaine, par la voix de son président de Commission Mahmoud Ali Youssouf, a condamné fermement les attaques. La Russie — alliée stratégique de la junte — a exprimé sa condamnation « avec la plus grande fermeté » et salué la réaction des forces maliennes. Les États-Unis ont également condamné les attaques et présenté leurs condoléances aux victimes.

Au-delà du bilan humain et matériel, ce 25 avril 2026 marque une escalade qualitative dans l’insurrection jihadiste au Mali. Frapper simultanément Bamako, Kati, Gao, Kidal, Sévaré et Mopti en une seule opération coordonnée — c’est démontrer une capacité logistique et une intelligence territoriale que les FAMa cherchent à tout prix à canaliser.

Tuer le ministre de la Défense dans sa propre résidence à Kati c’est frapper le cœur du dispositif sécuritaire du régime. C’est dire, en un seul acte, que personne n’est hors de portée. Le Mali traverse depuis plus de dix ans une insurrection jihadiste chronique.

La situation reste volatile. Les prochaines heures et en particulier l’éventuelle confirmation officielle de la mort de Sadio Camara et la désignation de son successeur seront déterminantes pour mesurer la capacité du régime à absorber ce coup et à reprendre l’initiative.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Articles similaires